mercredi 7 octobre 2026

CRITIQUE, ballet. TOULOUSE, Théâtre du Capitole (du 13 au 19 mars 2026). « 3 CYGNES ». BLANC / GALLOIS / ANSA & BACOVICH par le Ballet du Capitole

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Jusqu’à ce jeudi 19 mars, le Théâtre du Capitole vibre au rythme d’une expérience chorégraphique rare. Avec Trois Cygnes, la directrice de la danse de l’institution Occitane – Beate Vollack – a eu une idée aussi simple que lumineuse : inviter trois regards contemporains à se pencher sur le berceau du plus célèbre des ballets classiques, Le Lac des cygnes. Loin de la simple revisite, le résultat est un triptyque audacieux, où chaque pièce explore une facette du mythe avec une liberté et une inventivité confondantes. Le pari esthétique est relevé haut la main, porté par la troupe étincelante du Ballet de l’Opéra national du Capitole.

 

Avec les premières images du Cantus Cygnus de Nicolas Blanc, le ton est donné. Le chorégraphe montalbanais, de retour en France pour la première fois avec une création, ancre sa vision dans un néoclassicisme d’une élégance rare. Il conserve les pointes, ce « chausson qui permet légèreté, envol et grâce« , pour s’interroger sur la puissance, le rapport de force et la métamorphose. Sur la musique planante et mélancolique de Rautavaara, où le chant des oiseaux se mêle à l’orchestre, les danseurs évoluent sous une constellation de cygnes. C’est une pièce stellaire, qui transcende la douleur pour tendre vers une forme de paix et de liberté. On est saisi par la beauté plastique des corps et la force symbolique d’une chorégraphie qui, sans jamais raconter l’histoire originelle, en capture l’essence la plus pure.

Puis, tel un écrin au cœur de la soirée, vient l’Incantation de Jann Gallois. Une véritable perle ! Issue des danses urbaines et co-directrice de l’Agora de Montpellier, la chorégraphe signe ici sa première pièce pour un ballet classique, et c’est un choc. Loin des grands effectifs, elle choisit quatre interprètes, deux femmes, deux hommes, pour explorer la dimension ésotérique et mystique du Lac. Sur une musique envoûtante du clarinettiste Yom, les corps, vêtus de longues jupes aux reflets noir et blanc, se font toupies, se lient, se délient, ne formant plus qu’un seul organisme vivant, tantôt monstrueux, tantôt gracieux. C’est une danse-contact d’une fluidité hypnotique, une méditation sur la métamorphose qui agit comme une véritable incantation. La salle retient son souffle, captivée par cette grâce organique et bouleversante.

Enfin, le duo formé par Iratxe Ansa et Igor Bacovich clôt la soirée avec Black Bird, une déflagration d’énergie. Fidèles à leur écriture explosive et physique, ils plongent du côté de l’ombre, non pas celle d’un mal absolu, mais d’un obscur fascinant. C’est le règne d’Odile, du cygne noir, exploré à travers la musique électro-acoustique d’Owen Belton. La scène devient le théâtre d’une magie noire envoûtante, où les danseurs semblent en état de transe. La puissance dégagée par l’ensemble du corps de ballet est impressionnante, portée par des costumes légers et mobiles qui épousent chaque mouvement. C’est une conclusion magistrale et viscérale qui contraste superbement avec la pureté des deux premières pièces.

L’unité de ce triptyque, au-delà du thème commun, doit beaucoup au travail remarquable de la scénographe Silke Fischer et du créateur lumières Johannes Schadl. Ils offrent aux trois ballets une harmonie visuelle et une identité forte, chaque pièce possédant sa couleur propre tout en s’inscrivant dans un même écrin esthétique. Au final, Trois Cygnes est une preuve éclatante de la vitalité d’un répertoire qui n’en finit pas de se réinventer. Entre la grâce néoclassique de Blanc, l’introspection mystique de Gallois et la fougue tellurique d’Ansa & Bacovich, le Ballet de l’Opéra national du Capitole signe un triomphe. Une question de plumes, peut-être, mais assurément une œuvre d’art totale.

 

 

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CRITIQUE, ballet. TOULOUSE, Théâtre du Capitole (du 13 au 19 mars 2026). BLANC / GALLOIS / ANSA & BACOVICH. Ballet de l’Opéra national du Capitole. Crédit photographique © David Herrero

 

 

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