La Pologne a tenu le haut de l’affiche de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon ces 5 puis 7 février derniers. Non sans de solides arguments : pour preuve, la force créatrice de deux compositeurs polonais, ainsi superbement défendus et que l’on aimerait davantage écouter en concert. Dans le cadre d’un cycle dédié à la Pologne, la cheffe née en 1988 à Varsovie, Marta Gardolinska, actuelle directrice musicale de l’Opéra national de Nancy – Lorraine (depuis janvier 2021), dirige ce soir (7 février) les forces vives de l’Orchestre national de Lyon, dans un programme hautement expressif, exigeant même (tant il s’impose aux instrumentistes des cordes mais aussi des bois, surtout des cuivres. Dans la succession des œuvres s’est déployée toutes les séductions de la grande forge orchestrale.
Le programme propose une immersion symphonique polonaise, aussi spectaculaire que profonde. S’affirment en particulier l’ivresse extatique de Szymanowski comme la radicalité expressionniste de Lutosławski : la construction de son triptyque orchestral créé a Varsovie en 1954 saisit par ses contrastes assumés, une exacerbation expressive, la magnificence sonore, l’éclatement progressif du spectre symphonique qui réussit dans des tutti incandescents, des séquences qui étirent les couleurs, osent des associations prodigieuses, une architecture sonore singulière, entre l’hédonisme d’ascendance straussienne, et un cynisme plus cru, acide et martial proche de Chostakovitch. Œuvre marquante de la seconde partie, le Concerto pour orchestre déploie tout cela dans le traitement de mélodies folkloriques [précisément de la région de Kurpie / Mazovie, et des monts Tatras].
Pour se chauffer, ouverture en beauté et dans une orchestration rutilante qui annonce la suite : la Polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaikovsky. Énergie, volupté sonore… la cheffe invitée réussit son lever de rideau, avec une attention très appréciée dans le dosage sonore du chant des violoncelles dans la partie centrale : fluide, suggestif, profond… l’émergence d’une gravité soudaine au sein du faste brillant, de la majesté exclamative.
L’opulence instrumentale se densifie et s’active chez Szymanowski, dans son Concerto n°2 opus 61 (1932 – 1933), moins joué que le n°1. Ses crépitements sonores alliant extase et volupté, engagent immédiatement, sans préliminaire, le violon dans une fusion captivante qui ne se délite jamais, entre le violon et l’Orchestre. L’écriture du polonais postromantique qui a lui-même influencé Lutosławski, questionne jusqu’à la fin le cadre du dialogue, dans le sens d’une combustion concertante ; Szymanowski subjugue comme Strauss ou Korngold par sa luxuriante sonore dans laquelle le soliste apporte son brio solistisant qui doit s’intégrer et même se fondre plutôt que se détacher et surenchérir…
Ce que comprend parfaitement le violoniste Thomas Zehetmair d’autant plus convaincant qu’il joue les deux Concertos de Szymanowsky depuis l’âge de 35 ans,- les enregistrant même avec Rattle [à l’époque où ce dernier dirigeait le Symphonique de Birmingham].
Le violoniste visionnaire, pionnier militant pour la redécouverte du Polonais, réactive ce soir ce cheminement fascinant qui fait du violon un passeur inspiré, entre révélation et hallucination. Cette mystique musicale est d’autant plus attrayante que le jeu est clair, mesuré, droit, lumineux. D’une plasticité lunaire d’autant plus juste que ses tensions et son flux servent un legato souverain, y compris dans la Cadenza où l’instrument seul se livre à cœur ouvert dans une sobriété chambriste et électrique qui rappelle l’austérité universelle de Bach.
Après la pause, le Concerto pour orchestre de Lutosławski couronne la période d’après guerre juste avant son orientation vers le sérialisme [1960]. La partition souligne la maîtrise du compositeur polonais le plus important de la second moitié du XXème, et dans la grande forme et dans l’architecture. Celui qui n’a cessé de souligner combien la compréhension de son compatriote Chopin, restait réductrice (voyant en lui un génie méconnu de la forme Sonate), expérimente dans son Concerto, une étonnante maîtrise structurelle, un format inédit pour l’orchestre, dont il sait exploiter jusqu’à leurs ultimes limites, toute la ressource expressive des pupitres… Dans le prolongement de Stravinsky et de Chosta surtout, Lutosławski sollicite tout du long les formidables cuivres [trombones, trompettes, cors] dont les saillies impressionnent, jalonnent une partition qui fourmillent d’idées sonores, de trouvailles de timbres.
Cette équation qui associe le détail et l’ampleur, la ciselure et le spectaculaire inscrit le déroulement des 3 séquences successives de ce Concerto hors normes, dans un souffle apocalyptique que la cheffe mesure, exalte, fait respirer avec l’énergie et la sensibilité idoines.
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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium, le 7 février 2026. « Danses Polonaises » : Tchaikovsky, Szymanowski : Concerto pour violon n°2 / Thomas Zehetmair, violon), Lutoslawski. Orchestre national de Lyon. Marta Gardolinska, direction.
LIRE aussi notre présentation du concert DANSES POLONAISES, à l’affiche de l’Auditorium Orchestre national de Lyon, les 5 et 7 février 2026 : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-de-lyon-saison-polonaise-jeu-5-sam-7-fev-2026-danses-polonaises-maria-gardolinska-thomas-zehetmair/
Directrice musicale de l’Opéra national de Lorraine (Nancy), Marta Gardolińska peut
contempler avant chaque concert la statue de l’ex-roi de Pologne Stanislas Leszczynski, bienfaiteur du duché de Lorraine et de sa capitale, sur la somptueuse place qui porte son nom. Distinguée en 2016 par la Fondation Teraz Polska pour son rôle dans la diffusion de la musique polonaise, la cheffe née à Varsovie dirige à Lyon plusieurs partitions qui l’inspirent particulièrement. Le concert s’inscrit dans le volet POLSKA de la saison en cours de l’Orchestre national de Lyon
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