L’Opéra de Marseille réalise la création marseillaise d’un opéra de Giuseppe Verdi jamais joué à ce jour. : I Masnadieri. La maison lyrique massilienne poursuit son exploration des opéras du jeune Verdi, rarement donnés sur scène, alors qu’ils dévoilent déjà les prodiges d’un génie accompli, taillé pour le théâtre. Après Macbeth à Florence, Verdi répond à l’invitation du Théâtre de Sa Majesté à Londres, et la création a lieu en présence de la reine Victoria. Verdi s’inspire de la pièce Les Brigands de Schiller, auteur qui lui fourni de nombreuses autres sujets (dont Jeanne d’Arc de 1845, avant I Masnadieri (1847), puis Luisa Miller (1849), et Don Carlos (1867). La force souterraine, l’énergie spectaculaire de la musique indiqueraient-ils dans le cas de Verdi et Schiller, une équation miraculeuse ?
I Masnadieri développe une sombre histoire de jalousie fraternelle et de trahison qui se termine par l’assassinat de l’héroïne et le suicide d’un des deux frères. Le romantisme noir, tragique saisit immédiatement, suscitant toutes les forces créatives et poétiques du jeune Verdi, alors stimulé par un théâtre aussi radical. Les chœurs, le quatuor du 1er acte, le cauchemar de Francesco et le final sont quelques-uns des grands moments d’un ouvrage révélé au public par un fabuleux enregistrement de Montserrat Caballe, Carlo Bergonzi, Piero Cappuccilli et Ruggiero Raimondi. Les amateurs de beau chant devraient être à la fête lors de cette soirée en version de concert qui promet de vivre un accomplissement lyrique, digne des plus illustres heures marseillaises.
Opéra de Marseille
_______________________
Dim 8 février 2026, 14h30
VERDI : I Masnadieri
version de concert
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site l’Opéra de Marseille : https://opera-odeon.marseille.fr/programmation/i-masnadieri
OPÉRA EN 4 ACTES
Livret de Andrea MAFFEI d’après le drame de Friedrich von SCHILLER
– Création à Londres, Her Majesty’s Theatre, le 22 juillet 1847 –
Création à Marseille
VERSION CONCERTANTE
Amalia : Nino MACHAIDZE
Carlo : Antonio POLI
Francesco : Nicola ALAIMO
Massimiliano : Giorgi MANOSHVILI
Arminio : Carl GHAZAROSSIAN
Moser : Thomas DEAR
Rolla : Raphaël BRÉMARD
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale : Paolo ARRIVABENI
L’œuvre au noir / Verdi à l’école de Schiller
Il semble que Verdi n’a jamais été mieux inspiré qu’en adaptant la force tragique et
ténébreuse des drames de l’immense Schiller (1759-1805). I Masnadieri / les Brigands sont applaudis jusqu’au triomphe à Londres (grâce entre autres à l’engagement du « rossignol suédois », Jenny Lind, dans le rôle bouleversant d’Amalia (création au Her Majesty’s Theatre, 1847, en présence de la Reine Victoria). L’ouvrage disparaît ensuite pour être « redécouvert » en 1951 (pour les 50 ans de la mort de Verdi).
Le livret porte aussi, outre les éléments de la lyre tragique schillérienne, les idéaux des partisans indépendantistes italiens : il est rédigé par le mari de la Comtesse Maffei (Andrea Maffei), figure admirable, proche des patriotes italiens et de Verdi. Le romantisme noir de l’action se colore aussi de sentiments nationaux, contre l’autorité imposée, contre les lois liberticides. Le grand Verdi s’y montre digne de la barbarie poétique du sujet : le Prélude en ré mineur (avec solo de violoncelle, dédié au soliste de l’Orchestre, Alfredo Piatti, proche de Verdi), le quatuor vocal de l’acte I, le duo Moser / Francesco préfigurent déjà le Verdi shakespearien de la maturité. Comme dans les autres opéras inspirés de Schiller (Luisa Miller, Don Carlos,…), I Masnadieri expose le chemin de mort des héros sacrifiés : dans l’Allemagne du XVIIIè, au centre de l’action, Carlo Moor a tout perdu : l’amour de son père et celui de son aimée, Amalia à cause de l’œuvre destructrice de son propre frère Francesco. Ce dernier n’a cessé de le dénigrer. Devenu chef des brigands, Carlo peine à se libérer de l’ostracisme dont il est victime (il a été chassé du château paternel par son père Massimiliano). Écrasé par la tragédie, les héros sont broyés, victimes et maudits, destinés à un destin peu à peu destructeur. Illustration : portrait de Friedrich Schiller (1759 – 1805) DR.
SYNOPSIS
ACTE I. Carlo est banni du foyer paternel. Son frère cadet Francesco n’a cessé de le dénigrer : après avoir fait chasser son frère, il entend épouser Amalia, la fiancé du banni.
ACTE II. Faisant croire à la mort de son frère Carlo et de leur père Massimiliano, Francesco séduit Amalia qui cependant résiste à ses avances, d’autant plus qu’Arminio lui dévoile le plan haineux du manipulateur …
ACTE III. Amalia retrouve Carlo qui lui cache être devenu un brigand (« Qual mare, qual terra »). Celui ci libère le père Massimiliano, retenu captif par Francesco. Ses brigands accueillent le vénérable.
ACTE IV. Préfigurant le fameux duo de Don Carlos, entre l’Inquisiteur et Philippe II, Francesco, pris de remords, se confesse au père Moser qui refuse de lui accorder l’absolution pour ses deux crimes impardonnables : le parricide et le fratricide. De son côté, aussi torturé et tiraillé que son frère cadet, Carlo rongé par la honte, finit par poignarder Amalia, la sacrifiant à ses brigands (ses » démons « ), puis il se destine à mourir (« Ora, al patibolo ! / maintenant, au gibet ! »). Propre au théâtre de Schiller, pas de rémission ni aucune issue pour les héros maudits. Seule la mort les libère en cessant leur souffrance.
____________________________________________






