Sous la carapace futuriste de la Casa da Música, conçue par l’architecte star Rem Koolhaas, un vent nouveau a soufflé ce samedi soir 10 janvier. Car ce concert inaugural de la Saison 2026 (au Portugal, les « saisons » vont de janvier à décembre, a contrario de celles en France ou en Espagne qui courent de septembre à juin…) était en fait un triple événement ! Il a marqué le lever de rideau de la saison « Racines/Résonances » (titre et profession de foi de la saison 2026), le concert-prélude du Festival « Résonances » (qui dure tout le mois de janvier), et surtout, l’entrée officielle en fonction du nouveau directeur artistique de l’institution musicale lusitanienne, le Français François Bou. Devant une Salle Suggia archicomble, l’Orquestra Sinfónica do Porto-Casa da Musica – dirigée par le chef britannique (d’origine portugaise) Martin André – a relevé le défi avec brio, en offrant un programme superbement équilibré qui a incarné d’emblée la vision « à la fois enracinée et universelle », « respectueuse du passé et tournée vers l’avenir » du nouveau patron des lieux.
Une nuit de départ à Porto : un triomphe musical pour le festival Résonances – et l’ére Bou !
L’atmosphère était électrique avant même le premier accord. François Bou, dont la nomination a été saluée pour sa vision claire, innovante et audacieuse a pris ses fonctions avec l’ambition de faire de la Casa da Musica « la maison de tous les peuples et de toutes les musiques ». Sa première programmation annuelle, qui court donc jusqu’en décembre – comme l’atteste le volumineux programme de la saison 2026 ! – est un manifeste en actes. Le thème « Racines/Résonances » explore avec intelligence comment les traditions populaires nourrissent la création contemporaine. Ce concert inaugural parcourant la Catalogne (dont Bou est originaire par sa famille), le Brésil et l’Andalousie, en a été la démonstration parfaite.
Première Résonance : l’exploration intérieure d’Hèctor Parra
Le programme a commencé par un saut dans le contemporain avec « L’Absència » du Catalan Hèctor Parra, actuel compositeur en résidence à la Casa (2026-2027). Présent dans la salle, le compositeur a pu entendre l’interprétation saisissante de cette œuvre inspirée par l’univers littéraire de l’écrivaine Française Marie NDiaye. Créée en 2013, la pièce plonge l’auditeur dans les tourments et conflits intérieurs de personnages en quête d’identité. L’orchestre, sous la direction millimétrée de Martin André, a déployé une palette sonore à la fois minutieuse et évocatrice, tissant des textures où chaque instrument semblait porter le poids d’une émotion indicible. Une entrée en matière audacieuse et profonde, qui a immédiatement placé le concert sous le signe de la création vivante.
Deuxième Résonance : le génie syncrétique de Villa-Lobos
Le voyage s’est ensuite poursuivi vers le Brésil avec la Deuxième Suite des célèbres « Bachianas Brasileiras » d’Heitor Villa-Lobos. Cette œuvre illustre magnifiquement le concept de la saison, fusionnant la rigueur architecturale de Jean-Sébastien Bach avec les paysages sonores et rythmiques brésiliens. L’orchestre a brillamment fait ressortir ce dialogue fascinant, passant de la gravité d’un prélude baroque revisité aux couleurs vives du folklore. Le moment d’anthème fut bien sûr « O Trenzinho do Caipira » (« Le Petit Train du Campagnard« ). Les musiciens ont magistralement restitué le halètement rythmique de la locomotive, ses sifflets et son trajet à travers la campagne, emportant la salle dans un tourbillon joyeux et nostalgique. Ce fut une démonstration éclatante de la manière dont une racine culturelle profonde peut résonner à l’échelle universelle.
Troisième Résonance et Apothéose : La Fête Andalouse de Manuel de Falla
La soirée a trouvé son point d’orgue flamboyant avec « Le Tricorne » de Manuel de Falla. Chef-d’œuvre trop rarement joué à nos yeux, ce ballet est une explosion de couleurs andalouses, de rythmes enlevés et d’humour savoureux. L’orchestre, galvanisé, a déployé une énergie communicative. La mezzo-soprano espagnole Marta Infante, en soliste et dans une robe rouge étincelante de paillettes couleur « passion », a apporté la touche vocale indispensable, incarnant avec verve la séduction espiègle de la meunière. L’interprétation a restitué toute la saveur de l’histoire, inspirée d’un roman de Pedro Antonio de Alarcón, où un magistrat ridicule tente de séduire une meunière farouchement fidèle. Des danses envoûtantes – la séguedille des voisins, la farruca virile du meunier, la jota finale endiablée – se sont succédé dans un tourbillon irrésistible. C’était la célébration parfaite d’une musique « enracinée » dans le folklore espagnol, mais portée au rang de chef-d’œuvre universel par le génie de Falla et la collaboration légendaire qu’il a nouée avec le chorégraphe Léonide Massine et le peintre Pablo Picasso pour les Ballets Russes de Diaghilev.
Conclusion : un retentissant succès public !
À l’issue de ce « Tricorne » triomphal, les applaudissements ont été longs et nourris, avec un public portaun debout, saluant à la fois les artistes et le succès de ce premier rendez-vous. François Bou, visiblement ému par cet accueil enthousiaste, a pu mesurer l’enthousiasme du public portuan. Ce concert inaugural a tenu toutes ses promesses : il a été un prélude vibrant au festival de janvier, un début de saison en fanfare, et surtout, un coup de maître pour lancer un mandat artistique prometteur. En traçant avec une si belle clarté un chemin « entre tradition et modernité », la Casa da Música a prouvé, s’il en était besoin, qu’elle entamait sous la houlette de François Bou un nouveau chapitre passionnant de son histoire, résolument tourné vers l’avenir et plus vivant que jamais !
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CRITIQUE, concert. PORTO, Casa da Musica, le 10 janvier 2026. CONCERT INAUGURAL de la saison 2026. H. PARA, H. VILLA-LOBOS, M. DE FALLA. Orchestre Symphonique de Porto-Casa da Musica, Marta Infante (mezzo), Martin André (direction) Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





