S’il est une soirée qui a incarné l’esprit du Gstaad New Year Music Festival – l’audace, l’intimité et l’excellence – c’est bien celle du 5 janvier dans la charmante Eglise de Lauenen. Ici, entre fresques peintes et voûtes séculaires, l’ensemble vocal Les Métaboles, porté par la direction visionnaire du jeune chef Français Léo Warynski, a offert une expérience musicale d’une rare puissance, magistralement construite autour de leur album acclamé « The Angels ».
Dès les premières notes, le public a compris qu’il ne serait pas un simple spectateur, mais le voyageur au cœur d’un cosmos sonore. Le génie de la mise en scène spatiale s’est alors révélé : une stéréophonie vivante a empli l’édifice avec l’Ave Verum Corpus de William Byrd, retenu pour ouvrir la soirée (en lieu et place du Flow my tears de John Dowland délivré plus tard…). Une partie du chœur, placée dans le chœur de l’église, lançait ainsi des appels ; l’autre, répondant depuis la tribune de l’orgue, faisait de l’architecture toute entière un instrument de résonance et de mystère. Les voix ne venaient plus seulement de devant nous, mais nous enveloppaient, nous traversaient, créant un dialogue entre terre et ciel, entre humanité et divin.
Le cœur battant de la soirée fut la saisissant fut six pièces vocales de Jonathan Harvey. (1939-2012). Œuvre majeure du compositeur britannique, elle a trouvé en Les Métaboles ses interprètes idéaux. Entre chants mystiques, murmures, éclats de lumière et silences chargés, les chanteurs ont navigué avec une agilité et une précision phénoménales. Sous la conduite de Warynski, chaque pièce est devenue un univers : des « Angels » aux résonances presque électroniques à la méditation vibrante de « I Love the Lord », la magie opérait. Harvey n’a jamais semblé aussi proche, aussi tangible, sa spiritualité exploratoire magnifiée par cette lecture d’une clarté et d’une engagement rares.
Autre ouvrage d’importance, le Stabat Mater de Giovanni Pierluigi da Palestrina a révélé toute la pureté et l’équilibre de la polyphonie renaissante. Les lignes s’entrelaçaient avec une limpidité parfaite, une sérénité arquée qui préparait l’âme aux explorations à venir. Le magnifique The Lamb de John Tavener a offert un autre moment de simplicité sublime. La mélodie cristalline, exposée avec une tendresse et une justesse absolues, a suspendu le temps dans l’église, résumant à elle seule la quête de paix et de transcendance de toute la soirée.
Léo Warynski et ses Métaboles ont sculpté le silence et la pierre avec leurs voix, offrant une méditation d’une beauté à la fois fragile et monumentale sur l’invisible : une performance enthousiasmante, virtuose et profondément émouvante, qui restera comme l’un des joyaux de cette 20e édition du festival !
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CRITIQUE, festival. 20e GSTAAD NEW YEAR MUSIC FESTIVAL (Eglise de Lauenen), le 5 janvier 2026. Ensemble vocal « Les Métaboles », Léo Warinsky (direction). Crédit photographique (c) Patricia Dietzi





