jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium Maurice Ravel, les 28 et 29 nov 2025. HAYDN / TCHAÏKOVSKY. Kian SOLTANI (violoncelle), Orchestre national de Lyon, Vasily PETRENKO (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Pour sa nouvelle saison 2025/26, l’Auditorium-Orchestre national de Lyon s’estplacée sous le signe de l’exploration des grandes fresques symphoniques et des partenariats artistiques d’exception. Les 28 et 29 novembre, le public lyonnais a été comblé par une affiche à la fois raffinée et puissante, réunissant la grâce classique de Josef Haydn et le tourbillon dramatique de Piotr Iliitch Tchaïkovski, portés par deux des talents les plus en vue de leur génération.

 

 

Premier acte : la pureté chantante de Kian Soltani dans Haydn

Dès les premières notes du Concerto pour violoncelle n°1 en do majeur de Joseph Haydn, le violoncelliste Autrichien (d’origine Iranienne) Kian Soltani a affirmé une maîtrise qui transcende la simple technique. L’œuvre, connue pour être un « petit joyau de grâce et de bonne humeur » (dixit le programme de salle), a trouvé en lui un interprète idéal. Son approche a été caractérisée par une profondeur d’expression et une pureté de ton remarquables, en font un violoncelliste remarquable, à l’intonation parfaitement pure. Accompagné avec une complicité évidente par l’Orchestre national de Lyon sous la battue attentive de Vasily Petrenko, Soltani a déployé un chant d’une sérénité souveraine. Le dialogue entre le soliste et l’orchestre, notamment avec les bois, était d’une transparence et d’une délicatesse constantes. L’Adagio s’est élevé en un cantabile d’une émotion retenue et poignante, où chaque phrasé respirait la noblesse. Le Finale a ensuite irradié une joie communicative et virtuose, clôturant une interprétation qui alliait l’intelligence musicale à une beauté sonore absolue. Le bis qu’il a interprété ensuite, un chant d’amour perse, a offert un moment de pure magie. Dans cette pièce nostalgique et profonde, Soltani a fait résonner son héritage avec une sensibilité déchirante. La sonorité chaude et enveloppante de son Stradivarius « The London » s’est faite voix intime, transformant la grande salle en un espace de recueillement absolu. Ce fut une parenthèse émouvante qui a révélé, au-delà du grand soliste international, l’âme d’un musicien profondément connecté à ses racines.

Second acte : l’épopée démoniaque de Petrenko dans le « Manfred » de Tchaïkovski

Après l’entracte, l’atmosphère a basculé du classicisme élégant aux abîmes du romantisme le plus tourmenté. Vasily Petrenko, en véritable architecte du son, a pris les rênes d’un Orchestre national de Lyon au sommet de sa forme pour s’attaquer à la vaste Symphonie « Manfred » de Tchaïkovski. Dès les premières mesures, l’intention était claire : nous plonger sans concession dans l’épopée fantastique du héros byronien, cette aventure sonore saisissante évoquant tour à tour des paysages alpestres, des antres infernaux et des bacchanales. Petrenko a déployé une lecture d’une maîtrise impressionnante, sculptant les vastes arcs dramatiques avec une patience et une clarté visionnaires. Il a évité tout affaissement dans le pathos, préférant une narration tendue, implacable, qui maintenait l’auditeur en haleine pendant les soixante minutes de cette partition rare. Les pupitres de l’orchestre ont répondu avec une engagement total. Les cordes, portées par un vibrato subtil et une puissance contenue, ont tissé la trame mélancolique du personnage. Les cuivres, solennels et éclatants, ont irradié lors des apparitions du motif du Dies iræ, sans jamais écraser l’ensemble. Les bois ont apporté couleurs pastorales et touches féeriques, tandis que les percussions ont scandé les moments de crise avec une force titanesque. Le célèbre Scherzo (la « Fée des Alpes« ) a été d’une vivacité étincelante, véritable tourbillon aérien, contrastant avec la gravité cosmique de l’Adagio et la fureur destructrice du finale.

Cette soirée incarnait parfaitement les ambitions de la saison lyonnaise : réunir un orchestre d’excellence (et pour cette fois « le sien » !), un chef d’envergure internationale et un soliste de la nouvelle génération pour explorer le répertoire avec à la fois rigueur et passion. L’Auditorium Orchestre national de Lyon a une fois de plus prouvé qu’il est une scène où la musique, dans toute son expressivité, peut atteindre à la transcendance. Une grande soirée, assurément !

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium Maurice Ravel, les 28 et 29 nov 2025. HAYDN / TCHAÏKOVSKY. Kian SOLTANI (violoncelle), Orchestre national de Lyon, Vasily PETRENKO (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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