Sous la direction artistique de Didier Deschamps – ancien directeur du Théâtre National de Chaillot –, le Festival de Danse Cannes-Côte d’Azur entame une ère nouvelle. Pour sa 25ème édition, qui se tient du 22 novembre au 7 décembre 2025, le Festival affirme son ambition avec une programmation d’une diversité éclatante, accueillant 24 compagnies venues de 8 pays différents. C’est dans ce contexte de renouveau que le Ballet National d’Espagne a été invité à ouvrir les festivités, présentant en première française la pièce étincelante « Afanador » du chorégraphe prodige Marcos Morau.
D’emblée, le spectacle plonge le public dans un univers esthétique radical et saisissant. Marcos Morau, en collaboration avec le collectif La Veronal, 36 danseurs danseurs issus de la célèbre compagnie madrilène rendent un homage profond et réinventé à l’œuvre du photographe brésilien Ruven Afanador. S’inspirant de ses séries photographiques Ángel Gitano et Mil besos, dédiées aux hommes et aux femmes du flamenco, Morau transfère sur scène l’univers en noir et blanc, parfois surréel et tragique, du photographe. Le parti pris scénographique est d’une audace folle : décors et costumes jouent exclusivement sur la monochromie, créant un contraste puissant mis en lumière par les éclairages de Bernat Jansà. Le résultat est d’une beauté plastique à couper le souffle, où chaque image scénique semble être un tableau vivant, une photographie qui s’anime.
La chorégraphie de Morau opère un syncrétisme génial. Elle puise avec respect dans le vocabulaire ancestral du flamenco – frappes de pieds frénétiques, torsions des corps, ondulations des bras et jeu virtuose des castagnettes – pour mieux le déconstruire et le recomposer avec une grammaire résolument contemporaine. Le mouvement, tour à tour lyrique et spasmodique, exploite une énergie brute, une sauvagerie de cette danse de transe indomptable qu’est le flamenco. La musique de Juan Cristóbal Saavedra est un personnage à est un personnage à part entière. Mêlant des bases électroniques et des percussions emphatiques à la voix vive du cante jondo et aux cordes des guitares, elle exaspère en effet l’intensité sauvage de la danse. La présence sur scène d’un chanteur et de deux guitaristes ancre le spectacle dans l’authenticité la plus vibrante, tout en participant à cette réinvention audacieuse. L’utilisation des accessoires traditionnels – le châle, l’éventail, la bata de cola – est réinterprétée dans un langage queer, brouillant les genres et les codes établis. C’est un hommage non pas figé, mais vivant, qui défie la stagnation et proclame la régénération magistrale d’un art séculaire !
Didier Deschamps lui-même, n’a pas tari d’éloges, qualifiant ce spectacle de « sans doute le plus jouisssif du Festival ! ». Cette soirée d’ouverture n’était pas seulement un spectacle, c’était un manifeste pour un Festival résolument tourné vers l’international, la jeunesse et la diversité des esthétiques. Et la célébration ne s’arrête pas là, car une annonce formidable a en effet était faite en préambule au spectacle : « Le Festival de Danse Cannes-Côte d’Azur deviendra désormais un événement annuel ! » (jusqu’à cette 25e édition, il ne se tenait que tous les deux ans….). C’est donc une immense bonne nouvelle pour tous les amoureux de la danse, qui pourront désormais se retrouver chaque année sur la Croisette – pour cette grande fête du corps en mouvement !
Et dernière bonne nouvelle, cet incontournable spectacle sera repris en mars au Théâtre du Châtelet… Courrez-y !…
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CRITIQUE, festival. 25ème Festival International de Danse de CANNES (Palais des Festivals), le 22 novembre 2025. « AFANADOR » par Marcos MORAU et le Ballet National d’Espagne. Crédit photographique (c) Droits réservés






