samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre, le 18 novembre 2025. TCHAÏKOVSKY : Iolanta. C. Antoine, J. Henric, A. Anger, A. Ganbaatar… Stéphane Braunschweig / Pierre Dumoussaud

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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L’Opéra National de Bordeaux vient de mettre à l’affiche du Grand-Théâtre une nouvelle production de Iolanta, le dernier opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui nous plonge dans le conte poétique d’une jeune princesse aveugle qui ignore son handicap. Si la magie a opéré, portée par des performances vocales et musicales exceptionnelles, le voyage scénique proposé par Stéphane Braunschweig laisse toutefois le spectateur sur sa faim.

 

Sous la baguette inspirée et fervente de Pierre Dumoussaud, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine a livré une performance tout simplement envoûtante. Pierre Dumoussaud, récent Lauréat aux Victoires de la Musique Classique dans la catégorie « Révélation chef d’orchestre », a démontré une maîtrise absolue de la partition. Loin des emportements grandiloquents, il a choisi une approche subtile et intime, déployant avec finesse les couleurs orchestrales foisonnantes de cette quête initiatique vers la lumière. Sa direction, à la fois ardente et délicate, a admirablement servi la véritable poétique des clairs-obscurs de Tchaïkovski, nous menant des ténèbres à la lumière avec une sensibilité remarquable. Le résultat était d’une clarté et d’une élégance rares, faisant de l’orchestre un personnage à part entière, narrateur des émotions les plus secrètes des protagonistes.

La distribution, portée par cette direction musicale amoureuse, était d’une homogénéité et d’une excellence rares. Chaque chanteur a pleinement incarné son rôle, offrant une expérience lyrique inoubliable, mais la révélation est venue sans conteste de la soprano française Claire Antoine dans le rôle-titre, qui a campé une Iolanta d’une touchante innocence. Avec sa voix chaude et virevoltante, elle a su déployer avec une justesse confondante toute la palette des sentiments du premier amour, de la mélancolie confuse à la révélation extatique. Elle a été l’héroïne vulnérable et forte que Tchaïkovski appelait de ses vœux. Face à elle, le jeune et brillant ténor français Julien Henric a incarné un Comte de Vaudémont idéal. Son timbre clair et son phrasé élégant ont apporté la fougue romantique nécessaire au réveil de l’héroïne. Son intervention, lorsqu’il tente de décrire la lumière et les couleurs à Iolanta, fut un moment de pureté vocale et d’émotion vibrante absolument captivant.

 

 

Autre révélation, le baryton mongol Ariunbaatar Ganbaatar (Ibn-Hakia) a livré une prestation magistrale en médecin maure. Son timbre puissant et charismatique, capable de projeter des lignes mélodiques aux crescendi fascinants, a littéralement captivé la salle. Sa scène, où il expose la nécessité de réconcilier le charnel et le spirituel, a été le climax somptueux de la soirée, tant par sa facture lyrique que par sa dimension métaphysique. Dans le rôle du Roi René, la basse estonienne Ain Anger a offert une profondeur remarquable au personnage complexe du père, à la fois aimant et despotique. Son interprétation a magistralement rendu le tumulte intérieur du roi, partagé entre sa culpabilité et son désir de surprotéger sa fille. De son côté, le baryton russe Vladislav Chizhov a profité de chanter dans sa langue natale pour insuffler au Duc Robert une séduisante ardeur.  Il a campé avec une fougue juvénile convaincante le jeune premier déchiré entre son devoir et son cœur. Les comprimari, aussi nombreux que tous excellents, méritent d’être mentionnés : Abel Zamora en Albéric, Lauriane Tregan-Marcuz en Martha, Ugo Rabec en Bertrand, et les Deux Suivantes de Iolanta : Franciana Nogues et Astrid Dupuis.

Malgré cette pluie de talents, la mise en scène et la scénographie de Stéphane Braunschweig ont semblé peiner à atteindre la même intensité. Le choix d’un décor abstrait, consistant en une grande boîte blanche au tapis vert, bordée de fleurs artificielles, avait certes le mérite de symboliser le paradis-prison aseptisé dans lequel vit Iolanta. Si cette boîte blanche évoquait efficacement un lieu  à la fois protecteur et oppressant, son minimalisme radical et sa froideur nous sont apparus comme un écrin trop pauvre pour la richesse émotionnelle de l’œuvre, substituant un concept froid à la poésie concrète du livret, qui se déroule pourtant dans un jardin. Toutefois, il faut saluer le travail des lumières de Marion Hewlett, qui a su devenir un véritable fil dramaturgique. Le moment où la scène s’obscurcit lorsque Vaudémont découvre la cécité de Iolanta fut une trouvaille géniale, permettant au public de partager son étonnement. La lumière éblouissante inondant la salle lors de la guérison finale a créé un effet de théâtre puissant, en abolissant la frontière entre la scène et le public.

Et par bonheur, le spectacle est à voir (ou revoir) sur la chaîne Youtube d’OperaVision !

 

 

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CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre, le 18 novembre 2025. TCHAÏKOVSKY : Iolanta. C. Antoine, J. Henric, A. Anger, A. Ganbaatar… Stéphane Braunschweig / Pierre Dumoussaud. Crédit photographique (c) Eric Bouloumié

 

 

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