jeudi 1 octobre 2026

CRITIQUE, danse. MONTE-CARLO, Salle Garnier, le dim 26 octobre 2025. « Herman Scherman » de W. FORSYTHE et « See you » de Paul LIGHTFOOT par les Ballets de Monte-Carlo

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Ce dimanche 26 octobre 2025, la Salle Garnier de Monte-Carlo a vibré d’une énergie créative rare, grâce aux Ballets de Monte-Carlo qui ont offert au public très chic et international de la cité Princière une soirée chorégraphique exceptionnelle, magistralement interprétée par sa célèbre compagnie monégasque, en restituant avec maestria le dialogue entre la légende établie (William Forsythe) et la création naissante (Paul Lightfoot).

 

Rendre compte de la performance de « Herman Schmerman » de William Forsythe, c’est évoquer une leçon d’histoire de la danse vivante. Créé en 1992 pour le New York City Ballet, ce ballet est un pilier de l’œuvre du chorégraphe américain qui a libéré le ballet de ses attaches classiques pour en faire une forme d’art résolument contemporaine. La pièce s’ouvre sur un quintette dynamique, où la musique électronique et minimaliste de Thom Willems installe immédiatement un univers à la fois précis et décalé. Les danseurs, avec une virtuosité qui semble presque facile, ont déconstruit la ligne néoclassique pour lui insuffler une urgence et un angle nouveaux. Puis est venu le célèbre pas de deux, ajouté ultérieurement par Forsythe pour le Ballet de Francfort. Portant les costumes audacieux de Gianni Versace, les deux interprètes ont transformé la scène en un laboratoire du mouvement, où chaque porté, chaque équilibre, chaque rupture de rythme était une redéfinition de la relation entre les corps. La scénographie et les lumières de Tanja Rühl, épurées et efficaces, ont creusé l’espace, faisant de la Salle Garnier un écrin parfait pour cette œuvre qui révolutionna durablement l’esthétique du ballet.

 

 

Après l’effervescence de Forsythe, l’entrée dans l’univers de Paul Lightfoot fut un changement d’atmosphère aussi radical qu’envoûtant. Pour cette création mondiale, le chorégraphe britannique a choisi la voie de l’intimité et de la réflexion, nous entraînant dans un ballet qu’il pressent lui-même comme un tournant dans sa carrière. La partition originale de Max Richter, interprétée en direct par six musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (Liza Kerob au 1er violon, Kati Szutz au 2nd violon, Federico Hood à l’alto, Thierry Amadi au 1er violoncelle, Thibault Leroy au 2nd violoncelle, Simon Zaoui au piano), a été l’âme de cette œuvre, et leur placement sur le plateau n’était pas anodin ; ils n’étaient pas de simples accompagnateurs mais de véritables acteurs du drame qui se jouait. Les mélodies envoûtantes et les nappes minimalistes de Max Richter, portées par les musiciens, ont tissé un lien charnel et immédiat avec les danseurs. Lightfoot, qui a également conçu les décors, les costumes et les lumières, a créé un écosystème scénique cohérent et poignant. La danse, tour à tour tendre et puissante, explorait la relation à l’autre et la dimension collective de la création. Les corps semblaient engager une conversation avec la musique, répondant aux phrases des cordes, aux accents du piano, dans un théâtre de la vie où chaque mouvement racontait une histoire de rencontre, de présence et d’adieu.

La Salle Garnier, joyau architectural témoin de la démesure et de l’audace de Monte-Carlo, n’a pas seulement accueilli le spectacle ; elle en a été un partenaire à part entière. Son acoustique exceptionnelle a permis à la fois la clarté rythmique de la composition électronique de Willems et la profondeur émotionnelle de la partition de Richter. Son décor magique a offert un contraste et un écrin parfaits pour ces deux œuvres qui, bien que différentes, célébraient le corps en mouvement. Quand les dernières notes de Richter se sont éteintes et que les danseurs de « See You » se sont figés dans la lumière tamisée, un silence lourd d’émotion a précédé les ovations. La salle, conquise, a salué par une standing-ovation méritée la performance des danseurs, la vision des chorégraphes, la sensibilité des musiciens et le travail d’une institution, Les Ballets de Monte-Carlo, qui, sous la direction de Jean-Christophe Maillot, continue inlassablement de cultiver l’excellence et d’écrire l’avenir de la danse. Bravi !

 

 

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CRITIQUE, danse. MONTE-CARLO, Salle Garnier, le 26 octobre 2025. « Herman Scherman » par W. Forsythe et « See you » de Paul Lightfoot par les Ballets de Monte-Carlo. Crédit photographique ©  Alice Blangero

 

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