mardi 13 octobre 2026

ENTRETIEN avec Olivier LALANE, directeur artistique du label Voilà! records… à propos du livre cd dédié à la redécouverte d’Oskar Posa (automne 2025)

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Un nom sur une affiche d’un concert de 1905 déclenche la plus captivante enquête débouchant à l’automne 2025 sur la redécouverte d’un compositeur viennois majeur, excellent auteur dans les genres chambriste et du lied : OSKAR POSA (1873 – 1951). Tout un travail d’interprétation respectant l’écriture propre de l’auteur ainsi révélé s’est peu à peu précisé… en particulier dans les lieder où la place du piano (comme c’est le cas de la Sonate) est aussi raffinée et complexe voire plus importante même que la ligne vocale, spécificité remarquable… Olivier Lalane évoque le parcours improbable qui se concrétise à l’automne 2025 sous la forme d’un objet discographique d’une grande valeur éditoriale, une réalisation exemplaire qui sous le nom du nouveau label « Voilà! records », réunit en première mondiale, la Sonate pour violon et piano, le Quatuor, un choix de lieder parmi les plus emblématiques du « style Posa »…

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Portrait d’Olivier Lalane © Marc de Pierrefeu

 

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez-vous choisi les pièces de ce premier enregistrement ? Comment les avez-vous découverts, permettant la résurrection actuelle de leur auteur ?

Olivier Lalane : La redécouverte d’Oskar Posa est née d’un hasard ; son nom figurait sur l’affiche d’un concert de 1905 au Musikverein, entre Schoenberg et Zemlinsky. De cette curiosité initiale, « qui est ce type au milieu des deux géants du postromantisme ? », est née une enquête de quatre ans, qui a peu à peu ressuscité un compositeur totalement oublié. Avec Juliette Journaux, nous avons lu et déchiffré l’intégralité des partitions accessibles, et retenu celles qui nous ont littéralement séduits : les plus marquantes par leur mélodie, leur harmonie, ou leur audace d’écriture. Certaines frappent par leur beauté immédiate, d’autres par leur modernité presque troublante, comme « Die gelbe Blume Eifersucht », un lied sur la jalousie où les ruminations d’un amant se terminent par un véritable coup de poignard.
La plupart des œuvres que nous avons enregistrées existaient sous forme éditée, conservées à la Bibliothèque de Vienne, mais d’autres n’étaient disponibles qu’à l’état de manuscrits, parfois contradictoires, comme le Quatuor à cordes, qu’il a fallu patiemment reconstituer. Ce travail de fouille, entre musicologie et intuition musicale, a guidé toute la construction du programme.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels ont été les défis pour les réaliser et pour leur interprétation ?

Olivier Lalane : Le principal défi tenait à l’absence totale de tradition d’interprétation. On pouvait être tenté de jouer ces œuvres « façon Brahms » ou « façon Mahler », mais très vite, le travail collectif des musiciens a fait émerger une identité propre. Tous sont d’ailleurs de fins connaisseurs de ces répertoires : Juliette Journaux et Edwin Fardini, lauréats de l’Académie de Royaumont, grands amoureux du postromantisme, ou encore Eva Zavaro, dont j’avais admiré la ferveur dans les Sonates de Brahms, et le Quatuor Métamorphoses, formé à Vienne.

La difficulté, c’était de ne pas tirer la musique vers un modèle connu jusqu’à la dénaturer, de ne pas trahir Posa en enfermant sa musique dans un cadre esthétique préexistant. D’un même lied, on n’obtient pas du tout la même chose selon qu’on l’interprète en pensant à Strauss, à Zemlinsky, à Schumann ou à Mahler. Mais la solution s’est imposée d’elle-même grâce à l’intelligence musicale phénoménale de Juliette Journaux, qui a fini par identifier tous les secrets d’un véritable « style Posa » : un langage où le piano assume une place prépondérante, à la fois architecte et moteur du discours, que ce soit dans la Sonate pour violon ou dans les lieder où il domine souvent, tissant de savants contrechants entrelacés autour de la voix.

L’autre difficulté, c’était bien sûr celle des œuvres elles-mêmes, redoutables pour les interprètes. La Sonate pour violon et piano, en particulier, avait donné des sueurs froides au pianiste Julius Röntgen, pourtant un virtuose du XXe siècle, qui écrivait à Posa : « c’est l’œuvre de musique de chambre la plus dure que j’aie jamais jouée ». Cette exigence technique explique sans doute en partie l’oubli dans lequel ces partitions sont tombées. En écoutant le disque, pensez aux artistes qui souffrent pour faire naître cette musique qui coule si naturellement dans nos oreilles de mélomanes du XXIe siècle !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Parmi les nombreux Lieder ainsi révélés, quels seraient vos 2 / 3 pièces préférées et pourquoi ?

Olivier Lalane : J’aime profondément cette sélection de vingt-quatre lieder, car chacun d’eux crée son propre petit monde. Mais si je devais jouer au jeu cruel d’en choisir trois — disons, ceux du moment — je citerais d’abord « Mondlicht », pour sa beauté pure, son harmonie wagnérienne, ses audaces harmoniques, et cette façon qu’a Posa de peindre les scintillements de la lune au piano.

Ensuite « In einer grossen Stadt », qui évoque la solitude dans la grande ville, l’indifférence de la foule, et dont le piano imite l’inlassable ritournelle d’un orgue de barbarie : c’est à la fois glaçant et d’une tendresse immense.

Et enfin « Beschwichtigung », sans doute le plus grandiose de tous : un lied sur la transfiguration du chagrin amoureux dans la mort de toute chose — rien que ça — où Posa fait littéralement entendre les vagues de la mer dans un crescendo final éblouissant.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Tout au long de vos recherches sur le compositeur qu’est ce qui vous a le plus saisi et encouragé à poursuivre ?

D’abord cette fameuse affiche de 1905. J’avais du mal à comprendre comment un nom placé entre Schoenberg et Zemlinsky au Musikverein n’avait pas déjà suscité des enregistrements. Comment pouvait sonner l’œuvre de ce Posa ? Quel était son style ? Puis, au fil des recherches, chaque découverte biographique rendait son oubli plus incompréhensible encore : son rôle dans la vie musicale viennoise de la fin de siècle, ses liens avec les plus grands compositeurs de son temps, son engagement pour la modernité…
Posa était cité comme « l’espoir du lied viennois » dans une anthologie de 1900, on trouve des dizaines d’articles de presse sur lui, et son nom figure fièrement sur les programmes de concerts où ses lieder côtoient ceux de Schubert, Brahms ou Schumann, interprétés par les plus grands chanteurs de son temps, en Europe — et même aux États-Unis. Tout cela, et pourtant, plus aucune trace, aucun souvenir de lui. Cette disproportion entre la place qu’il occupait et le silence qui l’a englouti m’a littéralement obsédé, et donné l’énergie de le faire revivre.

 

 

CLASSIQUENEWS : Une anecdote sur cet enregistrement, le studio, les conditions techniques et humaines / un souvenir qui est emblématique de l’enregistrement / de cette aventure en général ?

Olivier Lalane : Je me souviens de l’émotion un peu enfantine d’avoir acheté sur Internet, à un antiquaire autrichien, un manuscrit sans être sûr de ce que j’allais recevoir. Pour une bouchée de pain, je me suis finalement retrouvé avec l’original d’un lied absolument génial, « Unwetter », que nous avons bien sûr enregistré.

Et puis il y a eu cette impression tenace que Posa était poursuivi par une sorte de malédiction. Lors de la toute première exécution publique de sa musique après nos recherches — pendant un colloque « Vienne 1900 » à Royaumont —, une corde du piano a littéralement cassé sur le premier accord de « Beschwichtigung ». C’était à la fois absurde, drôle et bouleversant.
Enfin, il y a eu ce moment très fort où Juliette Journaux et moi avons déposé des fleurs sur sa tombe au cimetière central de Vienne… une tombe qui n’existe plus vraiment, détruite par un arbre dont les racines ont pris la place. Symboliquement, c’était presque trop beau : la nature elle-même avait repris le dessus, comme si Posa se dissolvait à nouveau dans le silence du monde.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est la suite de ce premier opus ? Un prochain album, des concerts ?

Olivier Lalane : Des concerts, il y en a déjà eu, et de beaux : à la Bibliothèque La Grange Fleuret, à l’ECUJE, aux Flâneries musicales de Reims, ou plus récemment au Festival Terraqué. Cette musique commence aussi à voyager : la Sonate pour violon et piano sera bientôt jouée à Berlin. Mais la véritable suite logique, et notre souhait le plus cher, c’est que d’autres interprètes s’emparent de ce corpus, le jouent, le chantent, le défendent. Il faudrait aussi désormais que le nom de Posa figure parmi les compositeurs « acceptés » dans les concours de lied à travers le monde.

Quant au label Voilà Records, né de ce projet, il poursuivra sa vocation de redécouvrir d’autres compositeurs oubliés. Deux suivront dès l’an prochain : le Français Alfred Bachelet, auteur de la célèbre Chère nuit, et Paul Dupin, un autodidacte cheminot soutenu par Romain Rolland. Deux figures très différentes, mais tout aussi fascinantes, et des angles morts de la musique française.

 

Et pour Posa lui-même, l’histoire ne s’arrête pas là : des chefs sont intéressés pour remonter le concert orchestral de 1905 par lequel tout a commencé, et j’espère aussi enregistrer d’ici 2027 son Thème, Variations et Fugue pour piano, une œuvre d’une ambition formidable et d’une difficulté redoutée. Mais il se trouve justement que je connais une pianiste qui maîtrise ce langage sur le bout des doigts…

 

Propos recueillis en octobre 2025

 

 

 

 

visitez le site du label Voilà! records : https://voila-records.com/

 

 

 

 

cd

CD événement, annonce. OSKAR C. POSA (1873 – 1951) – Lieder, Sonate pour violon et piano, Quatuor à cordes… premier enregistrement mondial. Juliette Journaux, piano ; Edwin Fardini, baryton ; Eva Zavaro, violon ; Quatuor Métamorphoses ; Simon Dechambre, violoncelle (2 cd Voilà records V001) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-oskar-c-posa-1873-1951-lieder-sonate-pour-violon-et-piano-quatuor-a-cordes-premier-enregistrement-mondial-juliette-journaux-pianiste-edwin-fardini-baryton/

 

 

CD événement, annonce. OSKAR C. POSA (1873 – 1951) – Lieder, Sonate pour violon et piano, Quatuor à cordes… premier enregistrement mondial. Juliette Journaux, piano ; Edwin Fardini, baryton ; Eva Zavaro, violon ; Quatuor Métamorphoses ; Simon Dechambre, violoncelle (2 cd Voilà records V001)

 

A l’automne 2025, le nouveau label Voilà records édite un cd exemplaire qui en plus d’être un témoignage artistique de première valeur, permet la résurrection d’un compositeur viennois majeur. Le post romantique jusque là inconnu, Oskar C. Posa (1873 – 1951) fonde en 1904 avec Schoenberg et Zemlinsky, l’Association des compositeurs viennois, et crée avec eux ses Soldatenlieder au Musikverein en 1905. POSA très estimé de son vivant, affirme un authentique génie dans ses lieder entre autres (80 pièces chantées en Europe et aux États-Unis), offrande puissante et originale entre Brahms et Wagner, dont la « sensualité harmonique et la densité pianistique » exercent un charme spécifique.
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