Ce jeudi 23 octobre 2025, la vaste salle du Grand-Théâtre de Provence était comble pour la venue de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, placée sous le signe du talentueux Renaud Capuçon – à la fois chef d’orchestre et soliste – qui nous a offert une soirée d’une intensité et d’une beauté rares.
Déjà pleinement appréciée dans leurs murs de la Salle Philharmonique (à Liège) pour leur concert d’ouverture de saison en septembre dernier, la sonorité de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège est un véhicule d’émotion à part entière : une palette de couleurs incroyablement riche, des cordes d’une chaleur et d’une profondeur envoûtantes, des cuivres éclatants sans jamais être agressifs, et un pupitre de bois d’une délicatesse à couper le souffle. On sent immédiatement une cohésion, une unité de respiration qui est la marque des grandes phalanges, et qui – sous la nouvelle direction musicale du chef Français Lionel Bringuier – continuera son ascension.
Le point d’orgue de la soirée fut sans conteste la création mondiale de« La nuit n’est jamais complète »de Camille Pépin. Commandée pour l’occasion (en co-réalisation avec l’ORPL), cette vaste fresque symphonique est une œuvre magistrale. D’emblée, elle nous saisit et nous transporte, et l’on pense parfois à la puissance narrative d’un John Williams ou à la poésie aérienne d’un Joe Hisaishi – mais avec la rigueur et l’inventivité du langage contemporain. Les climats se succèdent, tantôt mystérieux et lunaires, tantôt d’une exubérance rythmique et colorée. L’orchestre, visiblement passionné par cette partition, a déployé toute sa puissance et sa subtilité sous la direction attentive et passionnée de Capuçon. Le public, conquis, a réservé à la compositrice une ovation méritée aux saluts !
Renaud Capuçon a ensuite déposé sa baguette pour se saisir de son violon et nous offrir une interprétation du Concerto pour violon n°4 de W. A. Mozart d’une pureté et d’une élégance confondantes. Son jeu, d’une clarté cristalline et d’une sensibilité extrême, dialoguait avec la finesse des musiciens de Liège. La direction, assurée depuis le pupitre par le concertmaster, était d’une complicité parfaite avec le soliste. C’était Mozart comme on l’aime : joyeux, profond, et miraculeusement léger.
Après l’entracte, le programme nous a offert un superbe contraste. Le « Siegfried Idyll » de Richard Wagner, pièce d’amour à l’origine privée, fut donné avec une tendresse et une intimité remarquables. Les cordes, particulièrement, ont fait preuve d’un legato et d’un phrasé d’une beauté à vous fendre l’âme. Capuçon, de retour au pupitre, a su insuffler à cette œuvre une douceur méditative et rayonnante. La soirée s’est achevée en apothéose avec les Quatre Interludes symphoniques extraits de l’opéra « Intermezzo » de Richard Strauss. Quel terrain de jeu pour un orchestre de cette trempe ! Du pétillement viennois à la passion déchaînée, en passant par une ironie mordante, l’orchestre a déployé toute sa virtuosité. La direction de Capuçon était précise, énergique, et a su magnifier chaque détail de cette partition géniale, conduisant l’œuvre vers une conclusion étincelante et euphorique.
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CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, Grand-Théâtre de Provence, le 23 octobre 2025. PEPIN / MOZART / WAGNER / STRAUSS. Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Renaud Capuçon (violon et direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





