jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Salle Cortot, le 19 octobre 2025. Concert de clôture du festival BERLINSKY 100

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Rémi Monti
Rémi Monti
Auditeur compulsif de concerts dont l’amour pour la musique classique s’est développé à Toulouse, Paris mais surtout à Moscou, par le chatoiement des pianistes et des orchestres se succédant dans la Grande Salle du Conservatoire, Rémi travaille depuis plusieurs années entre journalisme et production (Radio Classique, Pianiste Magazine, Philippe Maillard Productions, Festival Tons Voisins d’Albi…).
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À Paris, la Salle Cortot consacre quatre jours au centenaire de Valentin Berlinsky, violoncelliste d’exception et fondateur du Quatuor Borodine. Pour le concert de clôture, sa fille, la pianiste Ludmila Berlinskaïa, rejoint plusieurs chambristes de premier plan dans un programme dédié à Schubert et Glinka. 

 

Arthur Ancelle, meilleur pianiste que régisseur, bidouille les câbles du rétroprojecteur. Il est prévu qu’un enregistrement d’époque du Quatuor Borodine serve d’introduction au concert. Projetés sur le fond de scène de la Salle Cortot, l’image des quatres musiciens est figée dans l’attente que le son revienne. Le court extrait finit par se lancer. Le film impose alors l’échelle de l’hommage : la perfection sonore d’un ensemble devenu monument de la musique russe, la sévérité du regard de Mikhaïl Kopelman, le violoncelle solaire de Valentin Berlinsky, les mythiques murs jaunes de la Grande Salle du Conservatoire de Moscou et ses immenses portraits de compositeurs.

« Dur de passer après ce moment musical si abouti », dit Elisabeth Leonskaja, invitée de marque dans le Quintette de Schubert, qui ouvre réellement le concert. Mikhaïl Kopelman, une présence émouvante, tient la place qui fut la sienne pendant vingt ans au sein des Borodine, premier violon. Son visage est adouci par les années, l’intensité musicale est intacte. Pour compléter un effectif chambriste, il est toujours bon d’avoir quelques Modigliani sous la main. Laurent Marfaing, Loïc Rio et François Kieffer tiennent le rang de leur ensemble, avec cette neutralité qui n’en est pas une, mais une pure intelligence musicale au service du texte et de la chaleur de timbre. Le violoncelliste fait merveille : éloquence simple, phrasés tenus pianissimo. François Kieffer semble avoir lu attentivement le programme de salle, et l’anecdote de Berlinsky racontant qu’il jouait ses solos très doucement dans la Truite devant un Richter d’abord surpris, « au début, j’ai pensé que vous aviez tort », avant de céder à la nuance du violoncelliste : « Non, vous avez raison. Nous jouons tous trop fort. Il faut vous donner la possibilité de jouer très doucement. » À la contrebasse, la voix de stentor de Grigori Kovalevsky tient tout ce beau monde.

On a l’oreille attentive à Leonskaja au piano, où tout respire d’une immédiateté absolue, où tout sonne ample, où tout est bonté, évidence. Nous avons face à nous la plus grande guide du monde dans Schubert. On retrouvera cette grande dame en janvier pour deux récitals à la Philharmonie : le point culminant de la saison pianistique parisienne

En seconde partie, l’« Amoroso » du diptyque pour violon seul de Rodion Shchedrin, joué par son dédicataire, Dimitry Sitkovetsky. Puis le Grand Sextuor de Glinka. Ludmila Berlinskaïa, fille de Valentin Berlinsky, occupe la partie piano. Elle offre, dans l’ouverture de l’Andante, un moment de lévitation pianistique : une merveille de legato et de charme, un de ces instants de pure décontraction qu’on voudrait voir durer. Dans le Finale, les quelques mesures visionnaires d’introduction laissent apparaître tout ce qui fera la musique russe : une sauvagerie sous-jacente, une fragilité, une ambivalence, un trait aristocrate.

Qu’est-ce qu’on célèbre ? Un grand musicien, une idée de la musique, et un rapport aux souvenirs. Des souvenirs omniprésents lors des petites interviews sur scène, où les musiciens racontent ceux qu’ils ont avec Berlinsky, comme dans l’émouvant programme de salle. Durant les quatre jours où l’on jouera Beethoven, Brahms, Schubert, mais aussi bien sûr Glinka, Chostakovitch, Prokofiev et Shchedrin. On joue de la musique à la Salle Cortot comme dans un salon russe. Les sièges grinçants deviennent des lourds fauteuils capitonnés, le samovar chante du premier au quatrième concert, les verres à thé reposent dans leurs podstakanniks en métal.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Salle Cortot, le 19 octobre 2025. Concert de clôture du festival BERLINSKY 100. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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