Connu et justement applaudi pour ses nombreuses participations aux programmes et productions de Château de Versailles Spectacles (entre autres dans des joutes vocales pyrotechniques mémorables), le sopraniste vénézuélien né à Caracas en 1993, SAMUEL MARIÑO, trentenaire, ose ici un cd particulièrement intime et personnel (intitulé « LUMINA« ) qui est jalonné d’airs choisis par goût moins par affinité à sa voix. DECCA classics lui permet ainsi de réaliser (pour son 2è album sous sa marque) une carte de visite totalement spécifique qui met en avant la douceur d’un timbre taillé pour les aigus angéliques et célestes… avec une couleur plus lyrique.
Jouant sur la confusion des genres, assumant sa féminité naturelle, le sopraniste chante les rôles féminins de l’opéra et du répertoire romantiques : le traitement esthétique du visuel de couverture souligne cette approche particulièrement fouillée ; l’artiste paraissant dans le style des figures icônes de Pierre et Gilles, dans un aspect colorimétrique et une texture entre la peinture et la photographie, un entre deux, plastic / charnel, qui aurait pu être généré par l’IA générative. La fond et la forme fusionnent ici avec une rare pertinence.
Ainsi, la romance à la lune de Russalka de Dvořák, la mélodie envoûtante « Oh quand je dors » de Liszt d’après Hugo, ou l’Ave maria de Gounod… Y paraissent aussi « Morgen » de Richard Strauss, ou l’impressionnant « Baïlèro » des Chants d’Auvergne de Canteloube. L’éclectisme des époques le dispute à la diversité des styles.
Évidemment, la performance en soi saisit en relevant un défi bien ancré dans la vague du mélange des genres : chanter des airs féminins par un soprano mâle. Naturellement, comme des évidences, les airs baroques coulent de source : « Lascia ch’io pianga » de Rinaldo, et « Ombra mai fu » de Serse, de Haendel, comme ceux qui exigent longueur de souffle, legato, volutes aériennes (Dvorak, Canteloube, sans omettre Vocalise de Rachmaninoff…)
Le côté éthéré est d’autant plus accentué dans une prise de son souvent distanciée, aux équilibres voix / orchestre que ne permettrait pas les conditions habituelles d’un concert en salle. Voilà qui accrédite davantage le programme de ce disque à part. Enregistré avec le chef d’orchestre Ben Palmer, le Covent Garden Sinfonia et le pianiste Jonathan Ware (R. Strauss), l’album cultive essentiellement les séquences extatiques voire languissantes, avec côté orchestre et piano, une efficacité expressive, indiscutable.
Pour autant jouant plus sur la ligne éthérée que l’expressivité du texte, pourtant primordial dans les lieder (Schubert, R Strauss) comme les airs français (Hahn, Liszt) ; c’est surtout dans l’Hymne à l’amour que le sopraniste montre ses limites dans un texte inexistant, un français inaudible et un style trop sophistiqué, qui sonne artificiel.
Le dernier épisode donne le ton juste de l’album : Vocalise de Rachmaninoff ; sans texte, le chant déploie une ligne vocale d’essence instrumentale qui accordée avec l’équilibre sonore des cordes mesurées, ouvre réellement une perspective surprenante, d’autant plus troublante que le genre de ce chant angélique pour le coup, reste indéterminé, d’un bout à l’autre des 5 mn.
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CRITIQUE CD. Samuel Mariño : LUMINA. Haendel, Hahn, Liszt, Gounod, Schubert, Canteloube, Dvorak, R. Strauss… Covent Garden Sinfonia / Ben Palmer, direction – 1 cd Decca classics – enregistré en oct et déc 2024. PLUS D’INFOS : https://www.deccaclassics.com/en/artists/samuel-marino/news/decca-classics-announces-lumina-the-new-album-from-male-soprano-samuel-mario-275945
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