BERLIN : les 200 ans du FreischĂŒtz de Weber au Konzerthaus (Eschenbach, juin 2021)

ARTE, dim 26 sept 2021, 5h. WEBER : Der FreischĂŒtz, Berlin, Fura del Baus / juin 2021. DirigĂ©e par Christoph Eschenbach, directeur musical principal du Konzerthaus Berlin depuis sept 2019, cette production du FreischĂŒtz de Weber est mise en scĂšne par La Fura Dels Baus qui propose une relecture dĂ©lirante, parfois trash.
weber carl maria von euryanthe freischutz opera critique classiquenewsD’abord, il s’agit d’un opĂ©ra romantique de premier plan qui a marquĂ© tous les esprits europĂ©ens, dont en France (crĂ©ation en 1824), Berlioz, admirateur inconditionnel de ce fantastique germanique irrĂ©sistible. AprĂšs Euryanthe dont les chƓurs d’hommes ont durablement frappĂ© l’imaginaire de Victor Hugo, Carl Maria von Weber Ă©difie avec Der FreischĂŒtz (/ le Franc-tireur), un opĂ©ra mythique qui semble concrĂ©tiser aprĂšs Mozart (La flĂ»te enchantĂ©e, 1791) et Beethoven (Fidelio, 1814) le modĂšle de l’opĂ©ra germanique, vraie alternative Ă  l’opĂ©ra français et Ă  l’opera seria italien. L’action se dĂ©roule en BohĂšme au XVIIĂš, dans le milieu des chasseurs et des forestiers.
Âmes vendues au diable (Caspar), invocation d’esprits, balles magiques fondues (fameuse scĂšne de la Gorge aux loups Ă  l’acte II, lieu des plus maudits), surtout tableaux diaboliques fantastiques terrifiants
 : en 1821, Carl Maria von Weber compose l’opĂ©ra fondateur du romantisme allemand, qui narre les mĂ©saventures du chasseur Max qui a perdu toute agilitĂ© au tir ; or pour conquĂ©rir la main de sa fiancĂ©e Agathe, il doit rĂ©ussir le fameux concours
 s’associant avec le diable par l’entremise de Caspar (vendu au dĂ©mon Samiel), Max se rendra Ă  minuit au lieu dit afin d’obtenir balles magiques
.
Exactement deux cents ans aprĂšs la premiĂšre triomphale du FreischĂŒtz de Carl Maria von Weber (juin 1821), dans un Konzerthaus de Berlin flambant neuf, la compagnie catalane La Fura Dels Baus rĂ©interprĂšte cet opĂ©ra pionnier dans les lieux de sa crĂ©ation.
Onirisme et fantastique parfois terrifiant, songe visionnaire et mĂ©lancolie enivrĂ©e (airs d’Agathe), vaillance sincĂšre (Max), esprit et Ɠuvre du Mal (Samiel susictĂ© par Caspar dans le tableau de la gorge aux loups au II), action inespĂ©rĂ©e et miraculeuse de l’ermite (incarnant le pouvoir surnaturel de la Nature protectrice), chƓur des chasseurs et des villageois, le drame offre une diversitĂ© de tableaux et de situations Ă  couper le souffle

Dans la salle – rĂ©amĂ©nagĂ©e Ă  l’occasion de la pandĂ©mie de Covid-19 – la troupe catalane a conçu un dispositif prolongeant l’espace scĂ©nique en le dĂ©doublant Ă  l’aide de camĂ©ras à l’épaule.

VOIR Der FreischĂŒtz sur ARTE : Berlin, Fura del Baus / juin 2021. DirigĂ©e par Christoph Eschenbach
https://www.arte.tv/fr/videos/098416-000-A/der-freischuetz/

FilmĂ© en juin 2021, pour les 200 ans du Konzerthaus et de la crĂ©ation du FreitschĂŒtz de Weber 


Distribution :
Benjamin Bruns (Max), ‹Anna Prohaska (Ännchen), ‹Jeanine de Bique (Agathe)‹, Christof Fischesser (Kaspar), ‹Franz Hawlata (Kuno)‹, Viktor Rud (Kilian)‹, Mikhail Timoshenko (Ottokar)‹, Tijl Favets (l’Ermite), ‹Isabelle VosskĂŒhler, Bianca Reim, Christina Bischoff, Heike Peetz (4 servantes)  -  ‹Wolfgang HĂ€ntsch (Samiel, rĂŽle parlĂ©)

Mise en scĂšne : Carlus Padrissa – La Fura dels Baus
Direction musicale : Christoph Eschenbach
Orchestre : Konzerthausorchester Berlin
Choeur : Rundfunkchor Berlin

arte_logo_2013Diffusion : ARTE (antenne) : Dim 26 sept 2021, 5h – lundi 27 sept 2021 Ă  minuit. 2h15mn. Konzerthaus Berlin, 2021.

Der FreischĂŒtz de WEBER

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberFrance Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : FreischĂŒtz. FREICHUTZ mi figue mi raisin
 que pensez de cette production parisienne ? attendue mais au final sĂ©duisante qu’à moitiĂ©. Trop de videos
 tue la mise en scĂšne. Ce freischĂŒtz prend valeur d’exemple, ou plutĂŽt de contre exemple Ă  ne pas suivre. Le TCE accueillait Ă  grands fracas Accentus, Insula Orchestra pour un spectacle qui revisitait le fantastique noir et terrifiant de Weber. Las, la compagnie 14:21 certes captive par des trouvailles visuelles parfois magiques, mais
 laisse totalement le plateau en un vide dramatique
 sidĂ©ral. Pas de direction d’acteurs, une prestation bancale qui ne prĂ©sente guĂšre de lecture scĂ©nographique pertinente sinon signifiante par son absence de jeu dramatique.
Tous les chanteurs Ă©voluent comme s’il s’agissait d’un oratorio sans enjeu spatial ni scĂ©nique. La plupart chantent face public, sans mouvement ni intention expressive d’aucune sorte. Un exemple parmi d’autres : Agathe on le sait ne peut ĂȘtre sauvĂ©e que grĂące Ă  la couronne florale donnĂ©e par l’Ermite
 les spectateurs cherchent toujours cet Ă©lĂ©ment clĂ© du salut
 Il est vrai que plus rien n’a de valeur ni d’importance pour les nouveaux metteurs en scĂšne. De la mĂȘme façon, le prĂ©sence si troublante et inquiĂ©tante de la forĂȘt, profonde, mystĂ©rieuse, lieu des apparitions et des rĂ©vĂ©lations (cf la gorge aux loups, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre et Ă©crin oĂč paraĂźt le diable) est Ă©cartĂ©e
 exit la couleur et la poĂ©sie du monde des chasseurs, dans le mĂ©pris total de l’essence mĂȘme du texte originel.
DiffusĂ©e sur les ondes radiophoniques, l’auditeur ne perd donc rien au change. Et peut donc se concentrer sur les voix et l’orchestre. Orchestralement parlant, on se dĂ©lecte de la palette dĂ©taillĂ©e, des couleurs et des timbres prĂ©cisĂ©ment portĂ©s par le collectif Insula orchestra (dont un beau solo par l’altiste Adrien La Marca, stylĂ©, racĂ©, plien d’autoritĂ© sombre et lumineuse Ă  la fois).
Le Max du tĂ©nor français Stanislas de Barbeyrac reste propre mais sans relief, avec un timbre marquĂ© par l’usure (dĂ©jĂ ), souvent terne et sans brillance ; trop galant pour se personnage ardent, tendu voire hallucinĂ©. MĂȘme prestation un peu courte et trop lĂ©gĂšre pour l’Agathe de la soprano sud-africaine Johanni van Oostrum, qui manque d’épaisseur et de chair. Il en va tout autre de l’excellente soprano Chiara Skerath qui habite le personnahe de Ännchen avec une Ă©nergie Ă©perdue, active, admirable. MĂȘme tempĂ©rament de braise pour le Kaspar de Vladimir Baykov, particuliĂšrement engagĂ© dans son fameux duo avec Max, quand il s’agit de fondre les fameuses balles
 Rien Ă  dire pour les autres solistes ; palmes spĂ©ciales pour l’Ottokar de Daniel Schumtzhard et l’Ermite de Christian Immler : voix puissantes et timbrĂ©es de rĂȘve. Sans ĂȘtre inoubliable, cette lecture du Freischutz sait parfois convaincre.

France Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : FreischĂŒtz

Carl Maria von Weber : Der FreischĂŒtz
Opéra en trois actes crée le 18 juin 1821 au Königliches Schauspielhaus de Berlin.
Concert donné le 19 octobre 2019 à 19h30 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris /
Johann-Friedrich Kind, librettiste

Stanislas de Barbeyrac, ténor, Max
Johanni Van Oostrum, soprano, Agathe
Chiara Skerath, soprano, Ännchen
Vladimir Baykov, baryton-basse, Kaspar
Christian Immler, baryton, L’Ermite, Voix de Samiel
Thorsten GrĂŒmbel, basse, Kuno
Daniel Schmutzhard, baryton, Ottokar
Anas SĂ©guin, baryton, Kilian
Clément Dazin, Samiel
Adrien La Marca, alto solo
Accentus dirigé par Frank Markowitsch
Insula Orchestra
Direction : Laurence Equilbey

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito. Der FreischĂŒtz (1821). Il faut souvent aller en Allemagne pour dĂ©couvrir la version originale avec dialogues parlĂ©s du FreischĂŒtz de Weber (voir notre prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/carl-maria-von-weber-der-freischtz-1821radio-classique-dimanche-27-janvier-2008-21h/) – notre pays prĂ©fĂ©rant le plus souvent la version de Berlioz avec rĂ©citatifs et ajout d’un ballet (notamment Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2011 ou Ă  Nice en 2013). On ne peut donc que se rĂ©jouir de dĂ©couvrir ce joyau de l’opĂ©ra romantique qui inspira autant Wagner que Berlioz, deux fervents dĂ©fenseurs de Weber.

 

 

 

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La directrice gĂ©nĂ©rale de l’OpĂ©ra national du Rhin, Eva Kleinitz, choisit de confier la mise en scĂšne de cet ouvrage aux expĂ©rimentĂ©s, mais peu connus en France, Jossi Wieler et Sergio Morabito. Ils travaillent ensemble depuis 1994, Ă  l’instar d’un autre couple cĂ©lĂšbre, Patrice Caurier et Moshe Leiser. Il s’agit de leurs dĂ©buts dans notre pays pour une nouvelle production – les deux hommes s’Ă©tant rĂ©servĂ©s ces derniĂšres annĂ©es pour l’OpĂ©ra de Stuttgart, lĂ  mĂȘme oĂč ils ont fondĂ© leur amitiĂ© avec Eva Kleinitz, et ce avant la nomination de Jossi Wieler au poste prestigieux de dramaturge de l’OpĂ©ra de Vienne. TrĂšs attendus, leurs premiers pas ne convainquent cependant qu’Ă  moitiĂ©, tant leur transposition contemporaine manque de lisibilitĂ© : il faudra ainsi lire leurs intentions afin de saisir pleinement les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es sur scĂšne.

 

 

 

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Si nos bucherons sont ici grimĂ©s en guerriers, c’est que l’action est censĂ©e se passer aprĂšs la guerre de Trente ans, d’oĂč une scĂšne initiale en forme de bizutage pour le malheureux Max, risĂ©e de ses camarades. TraumatisĂ©s par le conflit, l’ensemble des personnages est tombĂ© dans une dĂ©prime qui explique autant leurs visions (dĂ©cors dĂ©formĂ©s, couleurs bizarres, visions d’animaux) que leur dĂ©bit robotique et sans Ăąme dans les dialogues parlĂ©s : l’idĂ©e est intĂ©ressante mais trop ennuyeuse sur la durĂ©e au niveau thĂ©Ăątral. L’esthĂ©tique jeu vidĂ©o, aux beaux dĂ©cors inspirĂ©s d’Alekos Hofstetter, joue aussi sur cette distanciation utile pour quitter les rivages d’une intrigue naĂŻve : fallait-il cependant choisir des costumes aussi laids avec leurs couleurs bleu et orange criardes ? Si l’utilisation de la vidĂ©o avec deux Ă©crans en avant et en arriĂšre-scĂšne modernise l’action par ses effets de perspective saisissants dans la Gorge-aux-Loups, on est moins convaincu en revanche par l’ajout d’un drone, censĂ© nous rappeler les dangers de la banalisation du recours Ă  la robotisation Ă  outrance : le lien avec les balles diaboliques est tĂ©nu, mais Morabito et Wieler osent tout pour dĂ©noncer l’inhumanitĂ© des travers de nos sociĂ©tĂ©s modernes.

Face Ă  cette mise en scĂšne inĂ©gale, le plateau vocal rĂ©uni s’avĂšre on ne peut plus satisfaisant en comparaison. Ainsi de la lumineuse Lenneke Ruiten (Agathe), Ă  la petite voix idĂ©ale de fraicheur et de raffinement dans les nuances. Sa comparse Josefin Feiler (Aennchen) a davantage de caractĂšre, brillant avec aisance dans les changements de registres. La dĂ©ception vient du chant aux phrasĂ©s certes d’une belle noblesse de Jussi Myllys (Max), mais trop peu projetĂ© dans le mĂ©dium et l’aigu, avec un positionnement de voix instable dans les passages difficiles. Rien de tel pour David Steffens (Kaspar), le plus applaudi en fin de reprĂ©sentation, qui s’impose avec son chant vaillant Ă  la diction assurĂ©e, le tout en un impact physique percutant. Si les seconds rĂŽles sont tous parfaitement distribuĂ©s, on notera la prestation frustrante de l’Ermite de Roman Polisadov, aux graves splendides de rĂ©sonance, mais manifestement incapable d’Ă©viter quelques dĂ©calages avec la fosse. Le choeur de l’OpĂ©ra national du Rhin livre quant Ă  lui une prestation alliant engagement et prĂ©cision de tous les instants, de quoi nous rappeler qu’il figure parmi les meilleurs de l’hexagone.

A la tĂȘte d’un Orchestre symphonique de Mulhouse en grande forme (Ă  l’exception du pupitre perfectible des cors), Patrick Lange fait des dĂ©buts rĂ©ussis ici, faisant l’Ă©talage de sa grande classe dans l’Ă©tagement et la finesse des dĂ©tails rĂ©vĂ©lĂ©s, en une direction finalement trĂšs française d’esprit. Les tempi respirent harmonieusement, en des couleurs dignes d’un ancien Ă©lĂšve de Claudio Abbado, mĂȘme si on aimerait ici et lĂ  davantage d’Ă©lectricitĂ© pour oublier l’Ă©lĂ©gance et plonger Ă  plein dans le drame. C’est ce palier que doit encore franchir l’actuel chef principal de l’OpĂ©ra de Wiesbaden pour rentrer dans le cercle trĂšs fermĂ© des maestros d’exception.

 

 

 

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Lenneke Ruiten (Agathe), Josefin Feiler (Aennchen), Jussi Myllys (Max), David Steffens (Kaspar), Frank van Hove (Kuno), Jean-Christophe Fillol (Kilian), Ashley David Prewett (Ottokar), Roman Polisadov (L’Ermite). Orchestre symphonique de Mulhouse et chƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin, direction musicale, Patrick Lange / mise en scĂšne, Jossi Wieler, Sergio Morabito.
A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, Ă  Strasbourg jusqu’au 29 avril 2019 et Ă  Mulhouse les 17 et 19 mai 2019. Illustrations : © Klara Beck / OpĂ©ra National du Rhin 2019

 

 
 

 

CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015)

WEBER-concertos-symphonie-orchestre-victor-hugo-verdier--1-cd-klarthe-records-critique-cd-review-par-classiquenewsCD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015). VoilĂ  un programme passionnant en ce qu’il s’intĂ©resse Ă  l’exploration instrumentale de Weber, en particulier Ă  travers ses rencontres avec des instrumentistes d’envergure Ă  Munich en 1811
 On oublie trop souvent l’essai symphonique de l’auteur du FreischĂŒtz (1821), opĂ©ra fantastique qui doit sa puissance onirique Ă  son Ă©criture orchestrale. Ici, la verve et l’imagination dont fait preuve Carl Maria dans son premier opus symphonique, Ă©tonne et saisit l’écoute. Ce nouvel opus discographique est Ă  classer au nombre des meilleures rĂ©alisations de l’Orchestre Victor Hugo et son directeur musical Jean-François Verdier qui dĂ©ploient une implication communicative dans chaque Ă©pisode, symphonique et concertant, Ă©clairant chez Weber, cette intelligence critique, exploratrice de nouvelles sonoritĂ©s instrumentales autant que climatiques.

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberCarl Maria von Weber y gagne un nouveau visage, celui d’un apprenti sorcier, amateur de timbres associĂ©s, souvent inĂ©dits. Ainsi l’apport de cette Symphonie n°1
 L’élĂšve de l’abbĂ© Vogler Ă  Vienne s’y montre douĂ© pour les Ă©vocations frĂ©missantes, aussi dignes de Schubert que de Mendelssohn. Le futur directeur de l’OpĂ©ra allemand Ă  Dresde dĂ©montre une rĂ©elle facilitĂ© dramatique, hautement thĂ©Ăątrale mĂȘme qui innerve son Ă©criture symphonique, ce dĂšs le premier mouvement, Ă  la fois solennel et palpitant, d’une Ă©vidente grandeur, jamais dĂ©monstrative. DatĂ©e de 1807 (mais publiĂ©e en 1812, et trĂšs critiquĂ©e par son auteur, plus investi dans l’opĂ©ra), c’est Ă  dire oeuvre de jeunesse, la Symphonie n°1 rayonne d’un sentiment de conquĂȘte et de jubilation qui Ă©lectrise mĂȘme une Ă©criture brillante (en ut), dont le second mouvement indique le sens de la coloration et d’une certaine intĂ©rioritĂ© pastorale (solos instrumentaux dont le hautbois). DĂ©bridĂ©e, dĂ©cousue, la Symphonie n’a pas il est vrai l’ossature ni la cohĂ©rence architecturĂ©e de ses ouvertures d’opĂ©ras.

  
 
 

WEBER, symphoniste concertant expérimental

  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Plus mĂ»re, l’écriture du Concerto pour clarinette n°2, affirme un tempĂ©rament virtuose qui cĂ©lĂšbre alors le talent d’un clarinettiste devenu ami, rencontrĂ© en 1811 Ă  Munich, Heinrich BĂ€rmann (mort en 1847) dont l’instrument Ă  10 clĂ©s lui permettait de faire briller une technique vĂ©loce Ă  la sonoritĂ© moelleuse, y compris dans les passages les plus redoutables (suraigus / trĂšs graves). L’opus 74 crĂ©Ă© en novembre 1811, explore grĂące au soliste au jeu vertigineux autant qu’enchanteur, toutes les facettes expressives de la clarinette, qu’il associe amoureusement et sensuellement aux timbres de l’orchestre (cor et basson en particulier). L’intĂ©rioritĂ© et la profondeur du jeu de Nicolas Baldeyrou Ă©clairent la souple Ă©lĂ©gance, Ă  la fois noble et enivrĂ©e du mouvement central (Romanza) ; la couleur et le caractĂšre parfaitement Ă©noncĂ©s Ă©cartent dĂ©finitivement l’éclat viennois et son essence virtuose vers un sentiment rayonnant et intĂ©rieur, totalement
 souverainement romantique (et qui s’apparente dans le chant de plus en plus extatique de la clarinette Ă  un vaste lamento d’opĂ©ra). Le Rondo (alla Polacca) frappe lui aussi par sa forte caractĂ©risation. L’accord entre le soliste et l’orchestre est idĂ©al.

Le Concerto pour cor magnifiquement ciselĂ© et articulĂ© par le soliste David Guerrier confirme que le label Klarthe est bien celui des grandes personnalitĂ©s solistiques, capables de marquer l’écriture concertante par leur engagement et leur vision, un geste singulier et recrĂ©atif d’une grande portĂ©e poĂ©tique ; il informe aussi que Weber connaĂźt bien le caractĂšre chantant de l’instrument pour lequel il crĂ©e des modulations et des passages harmoniques d’une souple profondeur (mouvement central : Andante con moto) ; on distinguera surtout l’éloquence typĂ©e, d’un tempĂ©rament inouĂŻ du dernier mouvement lui aussi « alla Polacca », oĂč le soliste Ă©poustoufle par sa virtuositĂ© trĂšs incarnĂ©e et personnelle.

La recherche de couleur et de sonoritĂ© magicienne se dĂ©ploie dans l’Adagio et rondo pour harmonica de verre d’une noblesse suspendue grĂące au talent du soliste ici (Thomas Bloch), d’une sensibilitĂ© Ă©vanescente et iridescente mĂȘme comme l’est ce diptyque en tout point enivrant (1811). Weber fait preuve d’une curiositĂ© quasi expĂ©rimentale, jouant avec le son flĂ»tĂ© et d’orgue, comme un carillon lointain aux teintes filigranĂ©es auxquelles rĂ©pond l’orchestre lui aussi diaphane (en particulier dans les rĂ©ponses de la premiĂšre moitiĂ© du Rondo / Allegretto final). RĂ©jouissant et original programme.

  
 
 

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (cor, clarinette)
 Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction (1 cd Klarthe records, enregistrement rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2015)

Carl Maria von Weber :
Symphonie n°1 en do majeur, op.19
Concertino en mi mineur pour cor et orchestre, op.45 (David Guerrier, cor)
Adagio et rondo en fa pour glass harmonica et orchestre (Thomas Bloch, glass harmonica)
Concerto n°2 en mi bémol majeur pour clarinette et orchestre, op.74 (Nicolas Baldeyrou, clarinette)
Orchestre Victor Hugo
Jean-François Verdier, direction

  
 
 

PLUS D’INFOS : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/weber-detail

  
 
 

  
 
 

Docu et concert Mozart sur Arte

arte_logo_2013ARTE, Dimanche 4 septembre 2016, 17h30. SpĂ©ciale Mozart. Deux programmes s’intĂ©ressent Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang : le profil du compositeur stars adulĂ©, vĂ©nĂ©rĂ©, estimĂ© dĂšs son vivant
 malgrĂ© ce que l’on a avancĂ© souvent Ă  torts. Puis, nouveau concert par la nouvelle gĂ©nĂ©ration française dont la soprano coloratoure Sabine Deviehle, nouvelle ambassadrice de l’élĂ©gance tendre mozartienne (envĂ©ritĂ© elle n’est pas si seule comme en tĂ©moigne aussi la naĂźtrise de la jeune soprano coloratoure elle aussi, Julia Knecht dans un rĂ©cent programme PUR MOZART dirigĂ© par la chef Debora Waldman
). 2 RVs donc ce 4 septembre Ă  17h30 puis 18h20.

 

 

 

Dimanche 4 septembre, 17h30
Mozart Superstar
D’Elvis Presley Ă  Madonna, de John Lennon Ă  Michael Jackson, tous auraient rĂȘvĂ©mozart_portrait-300 d’afficher un tel palmarĂšs : 626 Ɠuvres, plus de 200 heures de musique, 12 000 biographies, 100 millions d’exemplaires de l’intĂ©grale de son Ɠuvre vendus Ă  travers le monde ! Plus de deux siĂšcles aprĂšs sa mort, Mozart reste en tĂȘte de tous les classements.‹Ce documentaire musical peu conventionnel dresse le portrait intime de l’artiste en relevant ses traits les plus saillants – que l’on retrouve aussi chez de nombreuses lĂ©gendes de la pop… Une quinzaine d’intervenants (de la chanteuse lyrique Patricia Petibon Ă  l’Ă©crivain Philippe Sollers) Ă©tayent ce rĂ©cit mĂȘlĂ© Ă  des extraits de fictions comme Amadeus, des publicitĂ©s, des concerts, une comĂ©die musicale et des clips. L’habillage du film, Ă  base de nĂ©on, inscrit rĂ©solument Mozart dans une lecture contemporaine.‹Avec notamment : Patricia Petibon, chanteuse lyrique, Philippe Sollers, auteur duMystĂ©rieux Mozart (Gallimard), la pianiste Vanessa Wagner, le violoniste Benjamin Schmid, Johannes Honsig-Erlenburg, prĂ©sident de l’UniversitĂ© Mozarteum de Salzbourg, et GeneviĂšve Geffray, ancienne bibliothĂ©caire de celle-ci, Isabelle Duquesnoy, biographe de Constance Mozart, Annie Paradis, auteure de Mozart : l’opĂ©ra rĂ©enchanté (Fayard), Yann Olivier, prĂ©sident d’Universal Classic et Jazz, Bertrand Dicale et Helmut Brasse, journalistes musicaux, Dove Attia, producteur et auteur de Mozart, l’opĂ©ra-rock.
Documentaire de Mathias Goudeau (France, 2012, 52mn, rediffusion)

 

 

 

L’AcadĂ©mie des sƓurs Weber
Ă  18h30

Devielhe-sabine-mozart-weber-soeurs-cd-review-critique-compte-renduEn quĂȘte de nouvelles opportunitĂ©s professionnelles, Mozart a vingt-et-un ans lorsqu’il frappe Ă  la porte des Weber vers la fin de l’annĂ©e 1777. Fridolin Weber, chef de cette humble famille de Mannheim, est copiste, souffleur de thĂ©Ăątre et chanteur (basse). Il place la musique au cƓur de l’éducation de ses quatre filles Josepha, Aloysia, Constanze et Sophie. Un coup de foudre total et immĂ©diat : Mozart s’éprend de la jeune Aloysia, Ă  peine ĂągĂ©e de dix-sept ans et dotĂ©e d’une voix aux capacitĂ©s exceptionnelles. Mais c’est Constance qu’il Ă©pousera (comme en tĂ©moigne l’opĂ©ra amoureux L’EnlĂšvement au sĂ©rail oĂč Constanze est un personnage du drame), et son destin restera intimement liĂ© Ă  cette famille.
A Vienne, le jeune compositeur organise des « AcadĂ©mies » – concerts Ă©clectiques sur invitations qui pouvaient durer plusieurs heures sont prĂ©sentĂ©s des extraits d’opĂ©ra, de symphonies ou des airs pour sopranos Ă©crits pour l’occasion. Sabine Devieilhe et RaphaĂ«l Pichon, soprano et chef, Ă©poux Ă  la ville, font revivre l’esprit de ces concerts pas comme les autres – dans ce rĂ©cital oĂč se cĂŽtoient des pages virtuoses pour la voix de Sabine Devieilhe, digne hĂ©ritiĂšre d’Aloysia, et des partitions pour orchestre du divin Mozart.

Sabine Devieilhe – W.A. Mozart, une acadĂ©mie pour les sƓurs Weber — RĂ©alisation : Colin Laurent. Avec Sabine Devieilhe et l’Ensemble Pygmalion dirigĂ© par RaphaĂ«l Pichon. EnregistrĂ© au ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial de CompiĂšgne en dĂ©cembre 2015 (44mn – 2016). Le thĂšme de ce programme a fait l’objet d’un enregistrement discographique chez ERATO, Ă©lu CLIC de classiquenews.

 

 

 

Programme
Haffner Allegro enchainé
Aria Vorrei spiegarvi K.418 +
Aria Schon lacht der holde FrĂŒhling K.58
Trio Die Schlittenfahrt Kv 605 n°3 + Deutsche Tanze kv 571 n°6, enchainés
Die Zauberflöte Kv 620 – Reine de la Nuit +
Haffner Presto
Aria Nehmt meinen Dank
Dans un bois solitaire et sombre (bis piano forte/chant)

 

 

 

Compte-rendu : Herblay. ThĂ©Ăątre Roger Barat, le 28 mai 2013. Mascagni : Zanetto ; Weber : Abu Hassan. Mariam Sarkissian, Maria Virginia Savastano… Iñaki Encina OyĂłn, direction musicale. BĂ©rĂ©nice Collet, mise en scĂšne

Poster ZANETTO ABU HASSANPour son ouvrage lyrique annuel, le ThĂ©Ăątre Roger Barat d’Herblay a vu double : le rarissime Zanetto de Mascagni mis en parallĂšle avec Abu Hassan, Ɠuvre de jeunesse de Weber.
ComposĂ© en 1896, soit six ans aprĂšs Cavalleria Rusticana, Zanetto se rĂ©vĂšle comme un petit bijou d’intimitĂ© et de tendresse, au lyrisme mĂ©lancolique et bouleversant. Deux personnages seulement font vivre cette allĂ©gorie de l’amour rĂȘvĂ© et perdu : Zanetto, jeune musicien des rues, croise la route de la belle et riche Silvia, déçue par l’amour. Le jeune homme s’enflamme pour la grande dame, mais elle prĂ©fĂšre le pousser Ă  garder sa libertĂ© plutĂŽt que s’attacher Ă  elle. Et c’est aprĂšs le dĂ©part du garçon, devant les larmes qui coulent de ses yeux, qu’elle comprend qu’elle a aimĂ© enfin, pour la premiĂšre fois.

 

 

Deux raretés à Herblay

 

BĂ©rĂ©nice Collet a choisi de dĂ©placer l’ouvrage dans le milieu de l’opĂ©ra : devant une superbe photographie du Foyer de la danse du Palais Garnier, Silvia devient une cantatrice adulĂ©e, et pourtant bien seule, et Zanetto un jeune machiniste de passage. La transposition fonctionne admirablement, magnifiĂ©e par une direction d’acteur pudique et mesurĂ©e, toute en intĂ©rioritĂ© et en dĂ©licatesse. La mezzo Mariam Sarkissian et la soprano Maria Virginia Savastano vivent chacune leur personnage avec une vĂ©ritĂ© poignante, et leurs voix se marient admirablement, unissant la finesse ambrĂ©e et veloutĂ©e de la premiĂšre Ă  l’éclat rayonnant de la seconde, toutes deux chantant superbement, dĂ©ployant les lignes mĂ©lodiques dans toute leur ampleur.
Reconnaissons qu’aprĂšs pareille dĂ©couverte et autant d’émotions contenues dans quarante minutes de musique, il Ă©tait difficile de faire mieux, sinon aussi bien.
Et ce n’est pas faire injure Ă  Weber que d’admettre que son Abu Hassan, composĂ© dix ans avant Der FreischĂŒtz, en 1811, reste un singspiel Ă  la structure convenue, et dont la musique se situe loin des chef-d’Ɠuvres postĂ©rieurs.
L’intrigue nous narre les dĂ©boires d’Abu Hassan et sa femme Fatime, criblĂ©s de dettes, qui dĂ©cident de jouer les morts pour obtenir de l’argent de la part du Calife et de sa femme, tout en bernant l’infĂąme Omar, crĂ©ancier Ă  leurs trousses.
BĂ©rĂ©nice Collet, jouant sur l’actualitĂ©, fait coĂŻncider l’histoire avec la crise amĂ©ricaine, et l’endettement des mĂ©nages. Pour parfaitement rĂ©alisĂ©e qu’elle soit, cette scĂ©nographie ne peut donner Ă  cette piĂšce l’intĂ©rĂȘt qu’elle n’a pas.
Plaisante pour l’Ɠil, bourrĂ©e de clins d’oeil – le Calife devenant un sosie de l’actuel prĂ©sident amĂ©ricain – permet aux chanteurs de se dĂ©penser sur scĂšne et d’exister dans les dialogues. Vocalement, chacun tient parfaitement sa partie, de l’Abu convainquant de Victor Dahhani, au mĂ©dium solide mais au potentiel audiblement plus aigu, Ă  la Fatime charmante et pĂ©tillante de Claudia Galli, en passant par l’Omar gouailleur et aux graves gĂ©nĂ©reux de Nika Guliashvili.
L’Orchestre-Atelier OstinaO rĂ©serve une belle surprise, faisant admirer des pupitres bien Ă©quilibrĂ©s et une homogĂ©nĂ©itĂ© qu’on ne leur a pas toujours connue, notamment dans Zanetto, musicalement plus intĂ©ressant pour eux, tous guidĂ©s semble-t-il par des musiciens d’un excellent niveau – un solo de violoncelle Ă  la sonoritĂ© admirablement ronde et charnue en donne la preuve –.
A leur tĂȘte, le chef Encina OyĂłn effectue un bon travail, plus Ă  l’aise cependant dans les Ă©panchements de Zanetto que dans la lĂ©gĂšretĂ© morcelĂ©e d’Abu Hassan.
Saluons l’audace du ThĂ©Ăątre d’Herblay, et remercions toute l’équipe d’avoir permis la redĂ©couverte d’un Mascagni rare, qu’on n’oubliera pas de sitĂŽt.

Herblay. Théùtre Roger Barat, 28 mai 2013. Pietro Mascagni : Zanetto. Livret de Giovanni Targioni-Tozzeti et Guido Menasci. Carl Maria von Weber : Abu Hassan. Livret de Franz Hiemer. Avec Zanetto : Mariam Sarkissian ; Silvia : Maria Virginia Savastano ; Abu Hassan : Victor Dahhani ; Fatima : Claudia Galli ; Omar : Nika Guliashvili ; Zobeide : Djelle Saminnadin ; Narrateur : Vincent Byrd Le Sage. Orchestre-atelier OsinatO. Iñaki Encina Oyón, direction musicale ; Mise en scÚne : Bérénice Collet. Scénographie et costumes : Christophe Ouvrard ; Chef de chant : Ernestine Bluteau.