Versailles : Gardiner dirige les Vêpres de la Vierge de Monteverdi

Gardiner john eliot sir bach rameau Versailles, Chapelle royale. Monteverdi : Vespro della Beata vergine. Gardiner, 6, 7 novembre 2015. Au château de Versailles, Sir John Eliot Gardiner est invité à jouer Monteverdi, le profane (Orfeo) et le sacré (le Vespro)… en un cycle de 4 dates incontournables. Les Vêpres sont l’aboutissement d’une maîtrise. Monteverdi en homme qui connaît sa dramaturgie – il l’a magistralement démontré avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opéra naissant-, déploie avec un sens non moins sûr et même somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette année 1610. La pluralité des effets, la diversité des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dédié à la Vierge, impose un tempérament exceptionnel, autant mûr pour le théâtre que pour l’église. Au cours de courte résidence à Versailles, le chef britannique John Eliot Gardiner aborde le sommet de l’écriture du Monteverdi mûr, bientôt appelé à Venise à inventer l’opéra baroque qu’il avait déjà fixé avec Orfeo à Mantoue en 1607… mais trente ans ont passé et l’expérience du maître crémonais grâce à son laboratoire madrigalesque lui a permis d’atteindre l’excellence expressive et musicale au seul service du verbe dramatique. Lors de son cycle de concert à Versailles, Gardiner joue aussi Orfeo de Monteverdi à l’Opéra royal cette fois, les 8 et 9 novembre 2015 à 20h.

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsLe désir de démontrer ses compétences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien à la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaites, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimé, Monteverdi doit supplier pour être payé. Les Vêpres sont bien l’acte accompli et mesuré d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agréables. Déjà avant Mozart, le Monteverdi des Vêpres est un homme peu reconnu, du moins pas à la mesure de son génie, une figure « gâchée » de la musique de son temps.

Genèse. Avant d’être le Vespro que nous connaissons aujourd’hui, l’oeuvre religieuse qui nous concerne a vécu sous une première forme, non liée au culte virginal. Monteverdi après la mort du maître de la chapelle de la Basilique Palatine de Santa Barbara à Mantoue, – Gastoldi, décédé en 1610-, se met sur les rangs pour offrir ses services. Il souhaite diriger officiellement l’activité d’une institution musicale sacrée digne de sa qualité. Mais là encore les autorités mantouanes en décidèrent autrement et le musicien dépité, transforma son œuvre qui faisait initialement les louanges de Sainte-Barbe à laquelle par exemple le motet Duo Seraphin – absolument étranger au culte de la dévotion mariale-, renvoie immanquablement.

monteverdi claudio portrait classiquenewsAutour du premier axe développé sur le thème de la Sainte locale, Monteverdi ambitionne une œuvre plus spectaculaire dédiée à la Vierge pour saisir l’attention d’autres possibles mécènes et patrons.  Maître de chœur du Duc Vincenzo de Gonzague, depuis 1595, Monteverdi a le sentiment de piétiner à Mantoue. C’est pourquoi, il reprend totalement son œuvre première, y combine tout ce qu’il lui semble témoigner à cette date, de son éblouissante maestrià. Selon son assistant à Mantoue, Bassano Cassola, le compositeur ambitionnait d’aller lui-même apporter un exemplaire au Pape Paul V à Rome, à qui d’ailleurs, le recueil des Vêpres est dédié. Au final pas de poste nouveau au sein d’une église prestigieuse. Il lui faudra encore attendre trois années, quand il sera pressenti pour diriger la chapelle du Doge à Venise, au sein de la Basilique San Marco. Pour le concours et l’audition de principe, le matériel éclectique et foisonnant de ses Vêpres lui sera très probablement utile.

La qualité et la fascination de la partition, qui n’a peut-être jamais été jouée d’un seul tenant comme les interprètes baroques ont coutume de le faire aujourd’hui du vivant de l’auteur, apparaissent clairement dans l’alliance de l’ancien et du moderne dont Monteverdi fait une arche entre deux mondes. Le compositeur offre une synthèse quasi encyclopédique de toutes les formes possibles à son époque. Les Vêpres de ce point de vue, dessinent une superbe passerelle édifiée pour la réconciliation de deux tentations ou deux directions esthétiques et musicales, apparemment antinomiques.

Le passé et l’avant-garde ici dialoguent. Cette facilité est à la fois troublante et totalement convaincante. Tradition ancestrale héritée du Grégorien avec son cantus firmus, avec le plain-chant aussi (Sonata sopra sancta Maria), d’un côté ; liberté du geste vocal, en solo (Nigram sum pour ténor), ou en duo (Pulchra es pour deux sopranos), par exemple, de l’autre, dont les hymnes incantatoires, la projection dramatique du texte (l’écho de l’Audi Caelem sur le nom de Maria, répété comme une incantation obsessionnelle et tendre à deux voix…) désigne en pleine fresque paraliturgique, le dramaturge dont la magie fut capable d’infléchir les âmes les plus insensibles, par le chant de
son Orfeo de 1607. L’opéra n’est pas loin de la ferveur virginale. Disons même qu’il s’invite à l’église. Le Vespro est bien l’archétype des grandes messes et célébrations religieuses baroque à venir, préludant à Bach, Haendel, Vivaldi.

Monteverdi_claudio_portrait_claudio_monteverdi_1_hiA 43 ans, Claudio le Grand affirme son art de la synthèse, son intuition innovatrice, une vision grandiose qui confine à un langage universel. Avec le Vespro, le musicien se révèle comme le penseur le plus génial de son époque. Mais la partition n’était qu’une étape qui le mènera vers les deux ouvrages de la pleine maturité. Une contradiction ou une singularité qui lui est spécifique, entre le profane et le sacré, se précise. Musicien des divertissements et du théâtre pour la Cour ducale de Mantoue, il écrit le chef-d’oeuvre des grandes célébrations sacrées. Maître de chapelle à partir de 1613 pour le Doge de Venise , il composera pour la scène lyrique, le Couronnement de Poppée puis le Retour d’Ulisse dans sa patrie deux sommets lyriques propres aux débuts des années 1640, qui marquent sur le plan profane cette fois, un nouvel accomplissement après les Vêpres. Sous la voûte de San Marco, sur la scène des théâtres d’opéra de Venise, l’homme transmet un même témoignage, saisissant d’émotion et de vérité.

 

 

Versailles, Chapelle royale
boutonreservationMonteverdi : Vespro della Beata vergine.
John Eliot Gardiner. Les  6, 7 novembre 2015. 20h

 

 

Programme également présenté par Jordi Savall, le 18 novembre 2015 à Paris, Philharmonie 1, Grande salle. Kiehr, Piccinini, Galli, Serafini, Tiso, Sagastume, Auvity, zanassi, Carnovich…

Les Vêpres de Rachmaninov

Rachmaninov, jeune génie lyrique !France Musique : le 9 janvier, 14h. Rachmaninov : Les Vêpres. Début 1915, il y a un siècle, en pleine guerre, Rachmaninov compose entre janvier et février 2015, les Vêpres opus 36 : 15 Cantiques pour chœur et solistes a cappella (six pages de vêpres et neuf de matines). Il utilise les mélodies du rituel orthodoxe comme il l’avait fait pour la Liturgie. Refus du brio, absence de virtuosité, le cycle exprime une nouvelle intériorité, une profondeur qui est liée aux derniers événements de la vie personnelle et amicale : simplicité et sincérité éblouissent ici, nuançant l’image du Rachmaninov, prodige au piano et concertiste célébré dans les plus grandes salles de concert. L’œuvre est celle d’un homme atteint, hanté par la mort : depuis la déclaration de la première guerre, Rachmaninov a réduit son activité de compositeur ; il perd aussi quelques temps après la création des Vêpres, plusieurs de ses amis et proches : Scriabine, leur ancien professeur Taneïev, puis surtout son père. Rachmaninov confirme à ses proches : « il est impossible de vivre quand on sait que l’on doit de toute manière finir par mourir ».

 

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique. Rachmaninov : Les Vêpres. Vendredi 9 décembre 2014, 14h. Chœur de Radio France. Celso Antunes, direction.

 

 

Gardiner : Les Vêpres de Monteverdi en direct de Versailles

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Direct internet. Claudio Monteverdi : Les Vêpres de la Vierge, le 9 mars 2014, 18h. En direct depuis la chapelle royale du château de Versailles, Culturebox diffuse le concert des Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (Pages du CMBV, English Baroque Soloists. John Eliot Gardiner, direction), œuvre sacrée, surtout expérimentale et inventive de 1610, véritable performance chorale et solistique inventée par le père de l’opéra vénitien au XVIIème siècle. Pour cette captation, les équipes techniques utilisent de nouvelles techniques audio vidéo (ultra HD et audio 3D) assurant au moment du visionage un réalisme spectaculaire. Le dispositif du concert se prête à la captation et son modèle spatialisé car dès l’origine Monteverdi a conçu plusieurs chœurs qui se répondent, la polychoralité étant l’emblème de l’esthétique baroque à l’église (un phénomène utilisé sous la voûte depuis la fin de la Renaissance)… Le concert après le direct du 9 mars 2014, reste disponible au visionnage sur le site de cuturebox et à l’adresse : http://francetv.in/1g0ceBh (http://francetv.in/1g0ceBh )

Les Vêpres sont l’aboutissement d’une maîtrise. Monteverdi en homme qui connaît sa dramaturgie – il l’a magistralement démontré avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opéra naissant-, déploie avec un sens non moins sûr et même somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette année 1610. La pluralité des effets, la diversité des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dédié à la Vierge impose un tempérament exceptionnel, autant mûr pour le théâtre que pour l’église.

Le désir de démontrer ses compétences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien à la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaits, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimé, Monteverdi doit supplier pour être payé. Les Vêpres sont bien l’acte accompli et mesuré d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agréables. Déjà avant Mozart, le Monteverdi des Vêpres est un homme peu reconnu, du moins pas à la mesure de son génie, une figure « gâchée » de la musique de son temps… En lire +