CD, Ă©vĂ©nement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mĂšre l’Oye / ShĂ©hĂ©razade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les SiĂšcles, FX Roth – (1 CD – Harmoni mundi / – Avril 2018)

ravel mamere loye oye critique cd review cd les siecles fx roth maestro clic de classiquenews compte rendu critique cd classqiue news musique classique newsCD, Ă©vĂ©nement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mĂšre l’Oye / ShĂ©hĂ©razade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les SiĂšcles, FX Roth – (1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018). Ma MĂšre L’Oye, ici, dans sa version complĂšte est ce ballet fĂ©erique dont chef et instrumentistes soulignent la richesse inouĂŻe, appelant le rĂȘve, l’innocence et l’émerveillement total ; les interprĂštes montrent combien Ravel inscrit la fable instrumentale dans l’intimitĂ© et la pudeur les plus ciselĂ©es, dans cette sensibilitĂ© active dont il a le secret. Rien n’est dit : tout est suggĂ©rĂ© et nuancĂ© avec le goĂ»t le plus discret mais le plus prĂ©cis.
La partition de 1912 marque une rĂ©volution dans l’esthĂ©tique symphonique française, – marquante par la cohĂ©rence et l’ambition du langage instrumental, marquante surtout par l’extrĂȘme raffinement de l’écriture qui explore et rĂ©invente, aprĂšs Rameau, Berlioz, les notions de couleurs, de nuances, de phrasĂ©s. Ravel est un peintre, d’une Ă©loquence vive, soucieux de drame comme de sensualitĂ© dans la forme. Il veille aussi Ă  la spatialitĂ© des pupitres, imagine de nouveaux rapports instrumentaux : c’est tout cela que l’étonnante lecture des SiĂšcles et de leur chef fondateur François-Xavier Roth nous invite Ă  mesurer et comprendre.

Ravel enchante les contes de Perrault
Magie des instruments historiques

 

ravel-maurice-portrait-compositeur-dossier-ravel-classiquenewsDĂšs le dĂ©but, l’orchestre chante l’onirisme par ses couleurs dĂ©taillĂ©s, la pudeur des secrets par des nuances infimes et murmurĂ©es ; cette Ă©lĂ©gance dans l’intonation qui fait de Maurice Ravel, le souverain français du rĂ©cit et du conte. La douceur magicienne se dĂ©voile avec une puissance d’évocation irrĂ©sistible (par la seule magie des bois : Pavane puis Entretiens de la Belle et de la BĂȘte) ; ainsi se prĂ©cise cette Ă©nigme poĂ©tique qui est au coeur de la musique, dans les plis et replis d’une Valse, claire et immĂ©diate Ă©vocation d’un passĂ© harmonique rĂ©volu ?, en sa voluptĂ© languissante et dansante.
Le geste du chef, les attaques des instrumentistes cultivent la transparence, la clartĂ©, un nouvel Ă©quilibre sonore qui transforment le flux en musical en respirations, Ă©lans, dĂ©sirs caressĂ©s, pensĂ©es, souvenirs
 FX Roth sur le sillon tracĂ© par Ravel fait surgir l’activitĂ© des choses enfouies qui ne demandaient qu’à ressusciter sous un feu aussi amoureusement sculptĂ©. MĂȘme tendresse et mystĂšre ineffable de « Petit Poucet » (hautbois puis cor anglais nostalgiques, prĂ©cĂ©dant les bruits de la nature la nuit,
 trĂšs court tableau qui prĂ©figure ce que Ravel dĂ©veloppera dans L’Enfant et les sortilĂšges). MĂȘme climat du rĂȘve pour « Laideronnette, impĂ©ratrice des Pagodes », autre songe enivrĂ© dont la matiĂšre annonce la texture de Daphnis et Chloé 
Voici assurĂ©ment une page emblĂ©matique de cet Ăąge d’or des la facture française des instruments Ă  vents (Roussel Ă©crit Ă  la mĂȘme pĂ©riode Le Festin de l’AraignĂ©e ; et Stravinksyn bientĂŽt son Sacre printanier, lui aussi si riche en couleurs et rythmes mais dans un caractĂšre tout opposĂ© Ă  la pudeur ravĂ©lienne).

La direction de François-Xavier Roth Ă©blouit par sa constance dĂ©taillĂ©e, murmurĂ©e, enveloppante et caressante : un idĂ©al de couleurs sensuelles et de nuances tĂ©nues, d’une pudeur enivrante.
D’un tempĂ©rament suggestif et allusif, Ravel atteint dans la version pour orchestre et dans le finale « ApothĂ©ose / le jardin fĂ©erique », un autre climat idĂ©al, berceau d’interprĂ©tations multiples, entre plĂ©nitude et ravissement. La concrĂ©tisation d’un rĂȘve oĂč l’innocence et l’enfance s’incarnent dans le solo du violon
 cĂ©leste, d’une tendresse enfouie (avant l’explosion de timbres en une conclusion orgiaque).

Magistral apport des instruments d’époque. A tel point dĂ©sormais que l’on ne peut guĂšre imaginer Ă©couter ce chef d’Ɠuvre absolu, sans le concours d’un orchestre avec cordes en boyau, bois et cuivres historiques.

Plus onctueuse encore et d’une lĂ©gĂšretĂ© badine qui enchante par la finesse de son intonation, la suite d’orchestre « Le Tombeau de Couperin », saisit elle aussi par la justesse du geste comme de la conception globale. L’orchestre se fait aussi arachnĂ©en et prĂ©cis qu’un
 clavecin du XVIIIĂš français, mais avec ce supplĂ©ment de couleurs et d’harmonies qui sont propres Ă  un orchestre raffinĂ©, d’autant plus suggestif sur instruments historiques. Le caractĂšre de chaque danse hĂ©ritĂ©e du siĂšcle de Rameau (Forlane, Menuet, surtout le Rigaudon final qui est rĂ©vĂ©rence Ă  Charbier et sa Danse villageoise
) s’inscrit dans une Ă©toffe filigranĂ©, intensifiant le timbre et l’élĂ©gance dans la suggestion. LĂ  encore, exigence esthĂ©tique de Ravel, le retour aux danses baroques s’accompagnent aussi d’une rĂ©vĂ©rence aux amis dĂ©cĂ©dĂ©s, comme un portrait musical et cachĂ© : Ă  chaque danse, l’ĂȘtre auquel pense Ravel. D’oĂč l’orthodoxie musicale du compositeur vis Ă  vis du genre : le Tombeau est bien cet hommage posthume au dĂ©funt estimĂ© (« tombĂ© sur le champs de bataille »). On peine Ă  croire que ces piĂšces initialement pour piano, trouve ainsi dans la parure orchestrale, une nouvelle vie. Leur identitĂ© propre, magnifiĂ©e par le chatoiement nuancĂ© des instruments historiques. Magistrale rĂ©alisation. Avec le cd Daphnis et ChloĂ©, l’un des meilleurs (Ă©galement saluĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS).

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mĂšre l’Oye / ShĂ©hĂ©razade / Le Tombeau de Couperin. 1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018 – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de mars 2019.

________________________________________________________________________________________________

tracklisting :

Ma mĂšre l’Oye
Ballet (1911-12)
1 – PrĂ©lude. TrĂšs lent / 3’05
2 – Premier tableau : Danse du rouet et scĂšne. Allegro / 1’58
3 – Interlude. Un peu moins animĂ© / 1’15
4 – DeuxiĂšme tableau : Pavane de la Belle au bois dormant. Lent / 1’38
5 – Interlude. Plus lent / 0’50
6 – TroisiĂšme tableau : Les Entretiens de la Belle et de la BĂȘte. Mouvement de valse modĂ©rĂ© / 4’00
7 – Interlude. Lent / 0’40
8 – QuatriĂšme tableau : Petit Poucet. TrĂšs modĂ©rĂ© / 3’32
9 – Interlude. Lent / 1’20
10 – CinquiĂšme tableau : Laideronnette, impĂ©ratrice des pagodes. Mouvement de marche / 3’24
11 – Interlude. Allegro / 1’07
12 – ApothĂ©ose : le jardin fĂ©erique. Lent et grave / 3’35

13 – ShĂ©hĂ©razade : Ouverture de fĂ©erie (1898) / 13’13

Le Tombeau de Couperin
Suite d’orchestre (1914-1917)
14 – I. PrĂ©lude. Vif : 3’00
15 – II. Forlane. Allegretto : 5’39
16 – III. Menuet. Allegro moderato : 4’42
17 – IV. Rigaudon. Assez vif : 3’16