CD, critique. DEBUSSY : MĂ©lodies, Sonates… Syntonia (2 cd KARTHE records 2018)

Debussy thon that tiet cd klarthe cd review critique cd par classiquenews couv_low1CD, critique. DEBUSSY par Syntonia (2 cd KARTHE records 2018). Les musiciens du quintette Syntonia explorent le DEBUSSY, poète impressionniste, grand orfèvre des mondes intérieurs… Somptueux récital conçu pour le salon plutôt que la salle de concert : l’intimité que convoque, l’écoute particularisée qu’exige la collection de perles musicales ici réunies, alternant mélodies et partitions instrumentales, montrent et l’élargissement du répertoire de l’ensemble SYNTONIA, mais aussi… sa maturité. Dans l’éloquence et la complicité, les instrumentistes et chanteuse célèbrent le génie d’un Debussy poète.

 

 

 

Debussy poète
Au cœur du poème musical

 

 

 

Pour nous la pièce maĂ®tresse demeure la transcription très rĂ©ussie de PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un Faune, belle expĂ©rience de conversation instrumentale (arrangement pour quintette de BenoĂ®t Menut) oĂą compte surtout l’écoute des autres et donc l’équilibre sonore comme l’articulation de chaque timbre, selon ce souci d’équilibre des dynamiques simultanĂ©es. Un vrai travail d’ajustement qui captive. La lecture sans les vents, souligne en rĂ©alitĂ© l’effusion suave qui excite le dĂ©sir du jeune fauve… L’articulation est scrupuleuse mais naturelle. PrĂ©cise et d’un fini… globalement coloriste.
Benoît Menut, compositeur qui a écrit par ailleurs pour Syntonia en particulier pour le violoncelle solo Patrick Langot (prochain cd à venir : intitulé « Praeludio », annoncé en mai 2019) respecte le format concentré et la texture vibratile du poème musical d’après Mallarmé. La défi ici est de soigner la clarté de l’articulation de chaque partie sans rompre l’effet orchestral (originel), cette brume indéfinissable, matelas suspendu du climat ouaté et sensuel du poète symboliste : de ce point de vue l’écoute entre chacun des musiciens de Syntonia est idéale : allusive, elle aussi suspendue, semblant chercher au delà et dernière les notes. Cette couleur sensuelle, d’enlacement permanent, profonde, immatérielle mais présente et continue que Debussy a su déployer en respectant le climat de Mallarmé, se déploie avec une grande musicalité.

Ce Debussy, allusif et Ă©rotique, entre en dialogue lui-mĂŞme avec la pièce contemporaine de TĂ´n-Thât TiĂŞt qui en serait comme la rĂ©sonance en un effet de miroir, Ă  la fois rĂ©flexif et critique… (ultime sĂ©quence du cd 2).  ” Regards dans la brume ” (2014) pour quatuor Ă  cordes et piano… regarde avec distance sa source debussyste. La pièce contemporaine tisse un Ă©cho lointain, brumeux et a perdu tout idĂ©e du signe moelleux et rassurant. L’écriture exprime un Ă©tat de veille inquiète voire d’urgence panique oĂą la lente mĂ©lopĂ©e au piano redessine encore le climat tendu, fait suspendre le tableau initial. La brĂŞve accalmie (IIème Ă©pisode oĂą les cordes Ă©tirent l’air comme au dĂ©but du PrĂ©lude de Debussy), n’est que de (trop) courte durĂ©e : en une sirène murmurĂ©e affolĂ©e, aux Ă©clats lancinants, tendus, les instruments se crispent. Le mouvement le plus dĂ©veloppĂ© (plus de 8 mn) : Ă©paissit la clameur hallucinĂ©e, en une interrogation qui cible le repli, exprime presque l’élucidation de l’énigme angoissĂ©e qui a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment Ă©noncĂ©, sans vĂ©ritablement Ă©claircir ni rĂ©soudre la question. Le III, creuse encore ce climat d’incertitude et d’intranquillitĂ© qui scintille entre anxiĂ©tĂ©, agitation et … folie. Ces « regards » dans la brume nourrissent autant de questions laissĂ©es sans rĂ©ponse, en une nuĂ©e Ă  la fois immatĂ©rielle et Ă©paisse presque insupportable ; ils sont proches d’un cauchemar Ă©veillĂ©.

De son côté, très engagée à peindre chaque nuance du verbe musical, le doux soprano de Maya Villanueva (déjà remarquée dans un cd précédent Ginastera également édité chez KLARTHE) cultive une émission feutrée, et même suave comme millimétrée. Les Mélodies sont autant de pièces personnelles voire intimes qui témoignent de la vie amoureuse de Debussy ; certaines étant de fait, des offrandes hommages à l’être aimée : Marie Vasnier et Emma Bardac ; toutes deux étaient chanteuses et ont interprété les mélodies de leur compagnon très épris.
Dans ce recueil double, la cantatrice sait trouver les inflexions justes et parfois enivrĂ©es dans une succession de perles mĂ©lodiques, d’un Debussy, jeune (Nuits d’étoiles, l’offrande d’unadolescent de quasi… 18 ans en 1880) ; l’idĂ©e de suivre chronologiquement l’inspiration du Debussy mĂ©lodiste est claire, parfaitement explicitĂ©e, musicalement s’entend, quoique aussi musicologique, comme le rĂ©alise le texte très dĂ©veloppĂ© du livret.
L’attention aux mots, l’évidente curiosité pour exprimer chaque situation du poème offrent une éloquente vision sur l’écriture debussyste : coloriste, atmosphérique même, sans aucun maniérisme ni affèterie académique.

Créées en 1904 chez madame Edouard Colonne, les mélodies de Fêtes galantes sur des poèmes de Verlaine (1869) racontent cette intimité qui fusionne les deux cœurs (Emma pour le Livre II… qui n’est pas abordé ici). En poète musicien, Debussy cultive ce goût de l’étuve emperlée, des images enivrées énigmatiques ou plus dramatiques. Ainsi le triptyque des Fêtes Galantes (Livre I) : « Fantoches » est expressif, narratif, furtif et percutant quand « Clair de lune » (ses « masques et bergamasques ») diffuse un scintillement plus langoureux et évanescent, son énonciation portée par une candeur blessée et tendre. « Le jet d’eau » d’après Baudelaire (arrangement pour soprano et quintette par Benoît Menut) intéresse par ce miroitement instrumental qui enveloppe le chant ; et les interprètes réalisent et réussissent l’énigme et le climat de secret enchanté des Poèmes d’après Mallarmé, parfois incertains et sombres même en leurs harmonies raffinées et tendues (« Soupir ») ; ou pures invitations à l’extase (dernier poème du triptyque,  « Eventail »). La fragilité du timbre bien articulé ressuscite la chair diaphane, sensuelle, souvent murmurée de la poétique debussyste.

CLIC D'OR macaron 200Même grande sincérité pour le pianisme réglé sur le même mode intimiste et intérieur de Romain David (Images) ; auquel le violoncelle souple et très nuancé de Patrick Langot apporte une résonance spécifiquement grave (Sonate pour violoncelle et piano) propre à la partition conçue pendant la guerre (comme la Sonate pour violon avec la violoniste Stéphanie Moraly). Double cd enivrant.

 

 

 

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debussy melodies prelude après midi faune ensemble syntonie ton that tient cd klarthe records critiqueCD, DEBUSSY / TĂ´n-that TiĂŞt : MĂ©lodies, Sonate, PrĂ©lude Ă  l’après midi d’un Faune (2 cd Klarthe records) – Claude Debussy (1862-1918) : MĂ©lodies, Sonates pour violon et piano, pour violoncelle et piano. PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune (arrangement pour quintette avec piano par Benoit Menut). TĂ´n-Thât TiĂŞt (nĂ© en 1933) : Regards dans la brume pour quatuor Ă  cordes et piano (Trois regards sur le PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune). Maya Villanueva, soprano. Quintette Syntonia. 2 CD Klarthe records. EnregistrĂ© en janvier 2018. DurĂ©e totale : 1h56mn – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

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CD 1    > Claude DEBUSSY (1862-1918)

    1 :   Nuit d’Ă©toiles (1880)
2  :  La belle au bois dormant (1890)

        Images [oubliées] (1894)
3  :  III. Quelques aspects de «Nous n’irons plus au bois» parce qu’il fait un temps insupportable
4  :  Les angélus (1892)

        Images (Deuxième Série, 1907)
5  :  I. Cloches à travers les feuille
6  :  Minstrels pour violon et piano* (1914)
7  :  Pantomime (1883)
8  :  Scherzo pour violoncelle et piano du «Nocturne et Scherzo» (1882)
9  :  Voici que le printemps (1884)

        Images (Deuxième Série, 1907)
10  :  II. Et la lune descend sur le temple qui fut
11   : Les papillons (1881) – Images (Deuxième SĂ©rie, 1907)
12  :  III. Poissons d’or
13  :  Romance  «Silence ineffable de l’heure» (1883)
14   : Apparition (1884)

        Sonate pour violon et piano* (1916-17)
15   : I. Allegro vivo
16   : II. Intermède. Fantasque et léger
17    :III. Finale. Très animé

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    CD 2    > Claude DEBUSSY 

    1  :  PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune (1894) – arr. pour quintette avec piano de BenoĂ®t Menut

        Fêtes galantes (Premier livre, 1892)
2  : I. En sourdine
3  : II. Fantoches
4  : III. Clair de lune
5  : NoĂ«l des enfants qui n’ont plus de maison (1915) – arr. pour soprano et quintette avec piano de BenoĂ®t Menut

        Sonate pour violoncelle et piano (1915)
6  :  I. Prologue. Lent, sostenuto e molto risoluto
7  :  II. Sérénade. Modérément animé
8  :  III. Final. Animé, léger et nerveux

        Cinq poèmes de Charles Baudelaire (1889) – arr. pour soprano et quintette avec piano de
Benoît Menut
9  :  II. Le jet d’eau

        Trois poèmes de Stéphane Mallarmé (1913)
10  :  I. Soupir
11  :  II. Placet futile
12  :  III. Éventail

        > TÔN-THÂT Tiêt (né en 1933)
Regards dans la brume  pour quatuor à cordes et piano (2013-2014)
Trois regards sur le «PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune»

 

 

 

Maya VILLANUEVA,  soprano  /  QUINTETTE SYNTONIA
Stéphanie MORALY* et Thibault NOALLY,  violons / Caroline DONIN,  alto /
Patrick LANGOT,  violoncelle / Romain DAVID,  piano

Couverture  du cd : Vaslav Nijinski dans l’Après-midi d’un faune. Aquarelle (1912) de LĂ©on Bakst