LILLE, 3ème Symphonie de Mahler par l’Orchestre National de Lille

cycle-mahlerLILLE, ONL : MAHLER : Symph n°3, les 3 et 4 avril 2019. Suite de l’épopée des symphonies de Gustav Mahler par l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de l’impétueux et introspectif Alexandre Bloch, pilote majeur de ce cycle orchestral événement à Lille. Après les Symphonies n°1 « Titan », n°2 « Résurrection, voici la 3è, moins connue, moins jouée. C’est pourtant l’un des volets orchestralement les plus riches, expression libre d’un sentiment de communion avec la Nature…

Après avoir atteint le sentiment d’éternité et l’expérience de la Résurrection, ni plus ni moins, dans l’ultime mouvement de sa deuxième symphonie (Finale en apothéose et lévitation où le ciel s’ouvre enfin…), Mahler pour sa Troisième symphonie, conservant la nostalgie des hauteurs célestes, compose un partition qui logiquement se place à l’échelle du cosmos. L’exaltation spirituelle et mystique développée dans la Deuxième symphonie, « Résurrection », le laisse à la même altitude, un état d’ascension vertigineux, cultivée ici avec une plénitude exceptionnelle (en particulier dans le Minuetto)
MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigA 34 ans, l’homme qui se sent asphyxié par son activité comme directeur d’opéra, – à Hambourg-, ne disposant que d’un temps trop compté pour composer (l’été), la seule activité qui compte réellement, veut en se mesurant à l’échelle universelle, démontrer sa pleine maturité de compositeur. Avec lui, le cadre symphonique gagne de nouveaux horizons, des perspectives jusque là inconnues. Affirmation d’un démiurge symphonique, la Troisième approfondit davantage le rapport unissant l’homme et la nature.

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LILLE, Auditorium du Nouveau Siècleboutonreservation
Orchestre National de Lille
Mercredi 3 avril 2019, 20h

 

MAHLER
Symphonie n°3
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE  /  
CHRISTIANNE STOTIJN, mezzo soprano
ALEXANDRE BLOCH, direction

CHŒURS PHILHARMONIA CHORUS
CHEF DE CHŒUR : GAVIN CARR
CHŒUR MAÎTRISIEN DU CONSERVATOIRE DE WASQUEHAL
CHEF DE CHŒUR : PASCALE DIEVAL-WILS
CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

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Concert repris jeudi 4 avril 2019
à Amiens, Maison de la culture
Infos et réservations
au 03 22 97 79 77 ou sur maisondelaculture-amiens.com

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LA NATURE, source éternelle, apaisante…

MAHLER-gustav-et-alma-symphonie-classiquenews-Gustav-MahlerGENESE… A l’été 1895, Mahler retrouve son ermitage au bord du lac d’Attersee. La solitude recherchée, le désir de faire communion avec l’élément naturel, la contemplation de la nature lui inspirent le goût vital de l’immensité. La proche végétation entourant sa cabane de compositeur marque le climat du menuet Blumenstück (morceau de fleurs), déjà cité. La contemplation lui ouvre un univers de sensations inédites, en particulier le sentiment d’une pure jubilation suscitée par le motif naturel. A la manière des impressionnistes qui ont renouvelé la perception du plein air et transformé radicalement les modes et règles du paysage, en recherchant toujours plus loin et plus intensément la véritable perception rétinienne sur le motif naturel, Mahler emprunte des chemins similaires. Rien ne compte davantage que cette retraite au sein du cœur végétal, dans la captation directe des éléments.
Conscient de l’immensité de la tâche à venir, il couche d’abord le déroulement d’un programme : le titre en est : « songe d’un Matin d’été ». C’est l’époque où il lit Nietzsche (le Gai savoir). Ses lectures lui donne des pistes formulées dans de nouveaux titres : « l’arrivée de l’été » ou « l’éveil de Pan » (dont le sujet annonce la trame de sa future 7ème symphonie, la plus personnelle de ses œuvres et intimement liée à sa propre expérience de la Nature). Finalement son premier mouvement, s’intitulera « le Cortège de Bacchus » : l’aspect dyonisiaque de l’élément naturel le touche infiniment plus que la vision ordonnée d’une nature maîtrisée, à l’échelle humaine. L’univers mahlérien plonge dans le mystère et l’équilibre éternellement recommencé des forces en présence.
Au final, Mahler compose à l’été 1895, son premier mouvement ou partie I, de loin le plus ample et long prélude symphonique jamais écrit (plus de trente minutes), poussant plus loin le gigantisme de la Deuxième Symphonie, en son final spectaculaire et mystique.… C’est que le point de vue des deux symphonies précédentes, est totalement différent : Mahler semble se placer à la droite de Dieu, contempler, embrasser, exprimer la grandeur indicible de la Création. Il compose ensuite les quatre mouvement qui suivent et qui constituent les trois quart de la Seconde partie.
A l’été 1896, Mahler affine les ébauches de 1895…

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LIRE la suite de la genèse de la symphonie n°3 de Gustav Mahler ici
(Symphonie n°3 de Gustav MAHLER par le chef mahlérien Rafael KUBELIK)
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-3-eme-symphonie-rafael-kubelik/

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En direct sur la chaîne YOUTUBE de l’Orchestre National de Lille / ONL
à partir de 20h
https://bit.ly/2Sjlo6M

Et pendant tout le cycle, jusqu’au 30 avril 2020, l’intégralité des 9 symphonies sera accessible la chaîne You Tube ONLille:
https://bit.ly/2Sjlo6M

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APPROFONDIR
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LIRE AUSSI notre présentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Alexandre BLOCH

LIRE aussi notre critique de la Symphonie  Résurrection par Alexandre BLOCH

 

 

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

VIDEO : présentation vidéo des symphonies de Gustav Mahler par Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille

https://www.youtube.com/channel/UCDXlku0a3rJm7SV9WuQtAdw 

https://www.youtube.com/watch?v=ACFvSpBDXV0&feature=youtu.be

 

 

 

lille-orchestre-national-ONL-Alexandre-Bloch-mahler-resurrection-lille-concert-annonce-critique-classiquenews

 

 

 

Illustration : © Ugo Ponte / ONL – Orchestre National de Lille 2019

 

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9ème Symphonie de Gustav Mahler à l'Opéra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (été 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprète la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonorités étranges et familières, à la fois autobiographiques donc intérieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spécifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche très attendue des textures et étagements malhériens. A Saintes, lieu de résidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se réalise sur une partition majeure du … XXème siècle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immédiatement, ainsi au diapason d’une subjectivité à l’échelle du cosmos, établissent de nouvelles règles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernité complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXème siècle ! Concert incontournable. Grand reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM

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Symphonie n°3 “Wagner” de BRUCKNER

FRANCE MUSIQUE, Dim 3 fév 2019, 16h. BRUCKNER : Symphonie n°3. Tribune des critiques de disques. Quelle est la meilleure version et pourquoi ? Passage en revue des versions diverses enregistrées pour le disque de la 3è Symphonie de Bruckner. Marqué par Wagner qui fut son idole et une source intarissable d’inspiration, Bruckner, organiste et plutôt croyant, a bâti une cathédrale symphonique aussi impressionnante que celle de Brahms ; une gageure impressionnante pour ce solitaire, humainement discret voire effacé qui n’a cessé de réviser l’écriture de chaque opus symphonique.
Justement, en ré mineur (comme celle unique de Franck), la Symphonie n°3 dite Wagner, composée à partir de la fin 1872, est le chantier de révisions incessantes et demeura inédite jusqu’à sa publication en … 1977. Pendant longtemps, il n’en exista qu’un enregistrement, vite rattrapé par d’autres, sur instruments modernes, sur instruments d’époque (Herreweghe), et récemment par le plus convaincant, Andris Nelsons avec le GewandhausOrchester Leipzig

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dimanche 3 février 2019
16h : Symphonie n°3 de BRUCKNER
Tribune des critiques de disques
Quelle est la meilleure version et pourquoi ?

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bruckner1Dans l’ombre de Wagner… Bruckner poursuit le cycle de ses réfections en 1877, assurant lui-même la création de son opus, à Vienne le 16 déc 1877 : échec retentissant. Il révise encore son œuvre, courant 1878, raccourcissant chaque mouvement, sauf le Scherzo; augmenté d’une nouvelle coda plus développée (version Haas) ; pourtant dans sa version plus tardive, Nowak ne garde cette coda rajoutée par Bruckner… car il prit en compte de nouvelles coupes réalisées par Bruckner vieillissant et contraint à de nouvelles tailles (contre son gré) en 1888 – 1889 : le choix et la justification des versions demeurent une question ouverte probablement jamais résolue. A chaque chef et musicologue de justifier ses choix et d’en défendre la cohérence.
La 3è est une œuvre charnière : plus vaste et d’un souffle épique grandiose que les symphonies antérieures ; elle annonce le gigantisme et l’architecture du colossal des symphonies qui suivent, mais avec cette carrure instrumentale et cette alliance des timbres spécifiques au compositeur ; suractivité des cordes, opulence des cuivres… une orchestration très proche de celle de son modèle très présent dans la partition, Wagner. Peu de chefs se sont finalement intéressés en profondeur à la signification et au sens de la 3è symphonie Wagner de Bruckner, focusant plutôt sur les dernières ; pourtant la 3è pose clairement les piliers du génie orchestral de Bruckner : ceux d’une inspiration sincère malgré sa démesure ; d’une quête et d’un idéal (en liaison avec son propre mysticisme et la glorification de Dieu), qui recherche constamment les équilibres dans la matière sonore, l’une des plus riches et des plus impressionnantes.
Durée : presque 1h – 4 mouvements : Moderato con moto / Adagio quasi andante / Scherzo vivacema non troppo / Finale (Allegro).

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VOIR le teaser de la Symphonie n°3 de Bruckner par Andris Nelsons (Leipzig, printemps 2017) – le maestro nommé directeur musical en 2018 de l’orchestre, a amorcé en 2017 une intégrale des symphonies de Bruckner…

https://www.youtube.com/watch?v=n6DXK4kd79w

https://www.youtube.com/watch?v=n6DXK4kd79w

CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live)

LSO rachmaninov symphony n3 balakirev russia cd valery gergiev cd review critique cd compte rendu classiquenews novembre 2015CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live). L’opus 44 de Rachmaninov en la mineur accuse et la présence occidentale dans l’oeuvre du symphonisme, le plus ardent parmi les créateurs russes après Tchaikovski, défendant toujours une active énergie de la nostalgie dans un langage flamboyant qui l’affirme comme un immense créateur pour l’orchestre. La Symphonie n°3 combine idéalement tentation panique du repli mélancolique, voire dépressif, et esprit de conquête intérieur sur des démons personnels. Gergiev comprend parfaitement cette ambiguité inhérente à la sensibilité d’un Rachmaninov tiraillé : pulsion de vie et effondrement amer… Ecrite en 1936 aux USA, créée en novembre 1936, sous la direction de Leopold Stokowski à Philadelphie, la 3ème clame ses humeurs sombres, âpres, toujours suractive. Rachmaninov le déraciné, fait chanter avec force (particulièrement l’allegro moderato du premier mouvement) son amour pour sa patrie avec une intensité rare qui renoue avec la partition purement instrumentale antérieure (L’Île des morts de 1909), avant la grand œuvre des Danses Symphoniques de 1940.

Le raffinement de l’orchestration, incises trépidantes et toujours très actives des cordes, cors majestueux, flûtes et hautbois dansants et insinueux, scintille avec mesure sous la baguette d’un Gergiev très scrupuleux, toujours parfaitement allant et précisément dramatique. L’Adagio exprime une douceur attendrie recueillie qui se recentre dans le chant du violon solo, avec des couleurs et accents typiquement américains (sentimentalisme… que Gergiev sait tempérer en russe qu’il est, évitant le pathos démonstratif et appuyé dans lequel trop de chefs s’embourbe).

Dans le dernier mouvement, vif, dont l’énergie chorégraphique éperdue et conquérante rappelle Borodine, Gergiev se montre très attentif à mille nuances qui écarte à qui sait les percevoir, l’étoffe du clinquant Rachmaninov de la pleine maturité américaine, d’une démonstration hollywoodienne. La mise en place très précise des pupitres (déjà parfaite dans l’intervention du contrebasson et du célesta dans le second mouvement, produit les mêmes bénéfices : Rachmaninov y semble parcourir et fouiller toutes ses émotions les plus ténues, recomposant sa propre légende personnelle avec une finesse instrumentale et une cohérence dans son déroulement qui souligne la sincérité de la construction. La pâte du LSO London Symphony Orchestra évite toute lourdeur, révélant une superbe finesse instrumentale, une sensualité ardente et souple (6’27 du 3ème mouvement) tout en marquant chaque jalon de la formidable énergie finale. Tout cela va dans le sens d’une caractérisation scintillante de l’écriture instrumentale, moins, et c’est une tendance légitime et juste, vers une approche contrastée par masses. De sorte que malgré les soubresauts rythmiques, Gergiev fait souffler une langueur noble et simplement chantante, magistralement nostalgique. En définitive, ne voudrait-il pas nous confirmer ce qui demeure le caractère le plus emblématique de Rachmaninov, son romantisme éperdu, viscéral, jusqu’au boutiste qui en fait le dernier des grands symphonistes russes tendances classiques, aux côtés des Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, eux aussi bien trempés mais plus perméables à la modernité musicale.

Gergiev valery LSO maestro chef d orchestreLe patriote Balakirev exprime une passion explicite pour la Russie historique et éternelle dont Russia manifeste clairement l’orgueil, une certaine fierté enivrée. Le pilier du Groupe des Cinq y évoque l’histoire russe à travers les 3 volets représentatifs : paganisme, gouvernements populaires, empire moscovite, chacune correspondant à une mélodie populaire spécifique. Créée à Saint-Pétersbourg en 1864, révisée en 1887, la partition offre un véritable condensé d’inspiration russe noble, très inspirée par le folklore populaire. Malgré la grandeur épique, le chef sait construire l’ouverture sur l’intériorité, la suggestion, le raffinement là encore d’une orchestration fine et qui conclue la pièce dans un murmure. Une élégance rare, une subtilité de ton font toute la saveur de cette approche qui respire et s’enflamme sans contraintes ni effets superfétatoires. En somme, un chant musical qui sous la baguette du chef s’écoule et se déploie comme une seconde langue.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 opus 44, 1935-1936. Mily Balakirev (1837-1910) : Russia, seconde ouverture d’après 3 thèmes populaires russes, 1864, révision de 1907. LSO Londons SYmphony Orchestra. Valery Gergiev, direction.  Enregistrement réalisé au Barbican Center de Londre en novembre 2014. 1 cd LSO Live.

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

Foule des grands soirs à la Philharmonie de Paris (Philharmonie 2) pour la venue de l’un des « Big Five » étatsuniens – le Cleveland Orchestra – dirigé par son directeur musical, le célèbre chef autrichien Franz Welser-Möst. Dès le grand fracas inaugural des huit cors, on reste impressionné par l’homogénéité et la puissance de l’articulation.

 
 

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Débute alors un état de grâce pour l’orchestre – comme pour les spectateurs – que l’on ne quittera pas de toute la soirée (1h40 sans entracte). Chaque pupitre se hisse à son summum : élégance des cordes, sonorité expressive des instruments à vents et infaillibilité des cuivres. Les trompettes et les trombones se couvrent notamment de gloire, à commencer par le trombone solo de Massimo La Rosa, au timbre velouté et doux, à lui seul porteur d’émotion, et la trompette de Michael Sachs, d’une virtuosité à toute épreuve dans les soli du « Kräftig » initial ou ceux du « Comodo scherzando », dont la dernière note semble ne jamais finir…

Si l’on se doit de citer également les percussions, saisissants par leur exactitude rythmique et stylistique, c’est bien la qualité collective de l’orchestre – et son extraordinaire équilibre de timbres – qui suscite ce soir notre admiration et soulève notre enthousiasme. Cependant, le moment le plus magique et bouleversant de la soirée, on le doit bien à la mezzo britannique Jennifer Johnston qui offre au public le plus beau « O Mensch ! » que l’on ait pu entendre : la tenue de la voix, la couleur du timbre, l’intelligence du phrasé, la pureté du grave, et surtout l’ineffable émotion qu’elle parvient à distiller par son chant, le public présent s’en souviendra longtemps comme un pur moment d’éternité…

 
 

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

  

Gustav Mahler: 3 ème symphonie. (Rafael Kubelik)

Après avoir atteint le sentiment d’éternité et l’expérience de la résurrection, ni plus ni moins, dans l’ultime mouvement de sa deuxième symphonie, Mahler pour sa Troisième symphonie, conservant la nostalgie des hauteurs célestes, compose un partition qui logiquement se place à l’échelle du cosmos.
L’exaltation spirituelle et mystique développée dans la Deuxième symphonie, « Résurrection », le laisse à la même altitude, un état d’ascension vertigineux, cultivée ici avec une plénitude exceptionnelle (en particulier dans le Minuetto)
A 34 ans, l’homme qui se sent asphyxié par son activité comme directeur d’opéra, – à Hambourg-, ne disposant que d’un temps trop compté pour composer, la seule activité qui compte réellement, veut en se mesurant à l’échelle universelle, démontrer sa pleine maturité de compositeur. Avec lui, le cadre symphonique gagne de nouveaux horizons, des perspectives jusque là inconnues. Affirmation d’un démiurge symphonique, la Troisième approfondit davantage le rapport unissant l’homme et la nature.

Pour mieux comprendre l’enjeu et le sens de la partition, évoquons tout d’abord sa genèse.

A l’été 1895, Mahler retrouve son ermitage au bord du lac d’Attersee. La solitude recherchée, le désir de faire communion avec l’élément naturel, la contemplation de la nature lui inspire l’une des partitions les plus démesurées. La proche végétation entourant sa cabane de compositeur lui inspire le menuet Blumenstück (morceau de fleurs), déjà cité. La contemplation lui ouvre un univers de sensations inédites, en particulier le sentiment d’une pure jubilation suscitée sur le motif naturel. A la manière des impressionnistes qui ont renouvellé la perception du plein air et transformé radicalement les modes et règles du paysages, en recherchant toujours plus loin et plus intensément la véritable perception rétinienne sur le motif naturel, Mahler emprunte des chemins similaires. Rien ne compte davantage que cette retraite au sein du cœur végétal, dans la captation directe des éléments.
Conscient de l’immensité de la tâche à venir, il couche d’abord le déroulement d’un programme : le titre en est : « songe d’un Matin d’été ». C’est l’époque où il lit Nietzsche (le Gai savoir). Ses lectures lui donne des pistes formulées dans de nouveaux titres : « l’arrivée de l’été » ou « l’éveil de Pan » (dont le sujet annonce la trame de sa future 7ème symphonie, la plus personnelle de ses œuvres et intimement liée à sa propre expérience de la Nature). Finalement son premier mouvement, s’intitulera « le Cortège de Bacchus » : l’aspect dyonisiaque de l’élément naturel le touche infinement plus que la vision ordonnée d’une nature maîtrisée, à l’échelle humaine. L’univers mahlérien plonge dans le mystère et l’équilibre éternelement recommencé des forces en présence.
Au final, Mahler compose à l’été 1895, son premier mouvement ou partie I, de loin le plus ample et long prélude symphonique jamais écrit (plus de trente minutes), poussant plus loin le gigantisme de la Deuxième Symphonie, déjà fortement décriée. C’est que le point de vue des deux symphonies précédentes, est totalement différent : Mahler semble se placer à la droite de Dieu, contempler, embrasser, exprimer la grandeur indicible de la Création. Il compose ensuite les quatre mouvement qui suivent et qui constituent les trois quart de la Seconde partie.
A l’été 1896, Mahler affine les ébauches de 1895. Le premier mouvement précisera l’aspect de la nature comme assommée de Soleil, gavée et même emplombée de l’énergie de l’astre vital : c’est le temps où « toute vie est retenue et qu’aucun souffle n’agite l’air qui vibre et flamboie, ivre de soleil ». Bacchus paraît : pour incarner son essence orgiaque, libératrice des énergies fécondantes et primordiales de la nature, Mahler pense par référence à une harmonie, et cette musique de marche militaire,- tant entendue pendant sa jeunesse à Iglau-, pleine d’un panache dérisoire, désormais caractéristique de son écriture.
Sa correspondance avec son amie Nathalie Baueer-Lechner, et aussi les lettres adressées à son aventure du moment, la cantatrice Anna von Mildenburg, témoigne de l’extase créatrice qui l’habite alors : « Ma Symphonie sera quelque chose que le monde n’a encore jamais entendu! Toute la nature y trouve une voix pour narrer quelque chose de profondément mystérieux, quelque chose que l’on ne pressent peut-être qu’en rêve! Je te le dis, certains passages m’effrayent presque. Il m’arrive de me demander si réellement cela devait être écrit. »
En juillet 1896, la matrice du premier mouvement est achevée et Mahler éclaire son disciple Bruno Walter de l’importance de qe qui a été réalisé : un accomplissement qui « dépassera toutes les limites admises ».
Sans être encore pleinement croyant au sens chrétien du terme, même si l’élévation et l’aspiration dont témoigne la Deuxième symphonie, nous laisse du compositeur, un témoignage bouleversant qui pourrait être celui d’un être traversé par le sentiment christique de la compassion et du pardon, Mahler affirme dans la Troisième symphonie, son culte viscéral pour l’élément naturel, un panthéisme primitif dont les fulgurances et les déflagrations salutaires, outre l’effet cathartique qu’ils ont du produire sur le compositeur qui souffrait de devoir travailler pour vivre et « jouer » le directeur de théâtre, indiquent que le lien qu’il cultive avec les forces de la nature, embrassées dans leur sauvageries régénératrices, sont l’aliment indispensable à son identité propre, comme l’est le lien qui unit l’enfant à la mère.

L’accueil de la partition jouée par morceaux, – deuxième mouvement interprété le 9 novembre 1896 par le Berliner sous la direction d’Arthur Nikkisch-, puis le 9 mars 1897, deuxième, troisième et sixième mouvements joués par les mêmes musiciens de la Philharmonie de Berlin sous la baguette de Félix Weingartner-, suscite une horde de critiques néfastes, absolument opposées à la vulgarité de son style, à ses outrances banales. La reconnaissance se précisera six ans après sa création, le 9 juin 1902 par l’orchestre de Cologne sous la direction du compositeur de festival de Crefed en Rhénanie. En présence de Richard Strauss, Humperdinck, Willem Mengelberg, Max Von Schillings, Mahler connut son premier véritable grand triomphe publique comme compositeur.


Kubelik, une vision exemplaire
kubelikDans l’Allegro initial, « Kräftig, entschieden » (avec force et décision), Kubelik doué d’un sens épique époustouflant, exprime la démesure titanesque de la vaste fresque à l’échelle du cosmos. Nous sommes spectateurs médusés, confrontés au combat, ou plus précisément au spectacle vertigineux des forces qui régissent le cycle grandiose de l’univers. L’hymne de la marche initiale clamé par les huit cors qui sert de clé de voûte à cette évocation où résonne le souffle et le chant des planètes, permet aussi à Mahler de citer le finale de la Première symphonie de Brahms (qui lui-même s’inspirait de l’Hymne à la Joie de Beethoven !). Mais à l’élévation des images convoquées correspond aussi l’enracinement terrestre qu’attestent le Cortège de Bacchus et ses réminiscences nettement plus « populaires », si parfaitement explicites dans les marches militaires et la musique de kiosque, dont Kubelik restitue la grandeur dérisoire, comparée à celle qui la dépasse de loin. Embrasser les deux dimensions ou les deux conceptions, terrienne ou cosmique, sensuelle ou spirituelle, créent une permanente confrontation, d’éblouissantes étincelles qui se font pépites d’incandescence tragique, de flamboyant lyrisme, grâce à l’orchestre Symphonique de la Radio bavaroise.
Kubelik libère le flot musical comme le dragon souffle des tempêtes d’un feu primordial. Par le chant souverain du trombone, il semble que musicien et chef partagent une même vision de la vie : celui qui a connu l’abîme profond de la désespérance, reconnaît le chemin parcouru et rétrospectivement, la force d’un tempérament qui malgré les assauts de la fatalité, n’a jamais perdu confiance dans ses propres ressources.

Passé le sentiment plus apaisé du tempo di menuetto (grâce aérienne) puis du comodo, Scherzando, Ohne Hast (instant de pure poésie personnelle où Mahler se souvient d’un souvenir d’enfance : il y évoque le monde animal souillé par l’intrusion des hommes), Kubelik rétablit l’échelle du cosmos dans le quatrième mouvement : Sehr langsam, Misterioso, Durchaus ppp. Le texte chanté par la contralto Marjorie Thomas revêt le même écho fascinant de l’Urlicht de la deuxième symphonie : c’est un chant de lamentation, un texte que Mahler emprunte à Nietzsche (Chant de Minuit), quand Zarathoustra au comble du désespoir sur le devenir de l’humanité, appelle à méditer sur le sens de la catastrophe aux douze coups de minuit. Le chant sublime s’élève au coeur de la nuit, dans son immobilité incantatoire et hallucinée (respirations de l’orchestre) telle une révélation, un appel à l’éternité.

Ainsi pourront se réaliser la succession des deux derniers mouvements : l’innocence retrouvée du cinquième mouvement, enfin l’extase contemplative du dernier mouvement de plus de vingt minutes. Kubelik y trouve les termes justes d’une conclusion idéale : un pur sentiment de paix et d’apaisement. Mahler n’a-t-il pas jusque là exprimer ses craintes, ses peurs et ses paniques personnelles comme pour mieux, le temps venu, se délecter d’un pur moment de bonheur, comme c’est le cas ici dans cette grandiose fin de cycle.

Télé. Dudamel joue la 3è de Brahms. Arte, le 27 janvier 2013,19h15

Télé,Arte. Dudamel joue la 3è de Brahms. Le 27 janvier 2013,19h15

Paris, Philharmonique de Radio France (avril 2012)

Dudamel joue la 3è de Brahms

 

L’un des chefs d’orchestre prodiges de ces dernières années, le Vénézuélien Gustavo Dudamel, était, Salle Pleyel, à Paris en avril 2012 pour diriger l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans l’intégrale des Symphonies de Brahms. C’est la 3ème des quatre symphonies que nous retrouvons ce soir dans Maestro: le concert a été enregistré le 13 avril 2012 à Paris.

Arte, maestro
dimanche 27 janvier 2013, 19h15

dudamel_448Brahms commença la composition de sa 3ème Symphonie en 1880, mais c’est à l’été 1883 qu’il s’y consacra pleinement jusqu’à son achèvement. Elle fut créée le 2 décembre de la même année, à Vienne, par le chef d’orchestre Hans Richter, qui lui donna le surnom d’ ” Héroïque ” en référence à la 3ème de Beethoven ainsi nommée. Le succès de la Symphonie fut immédiat, à travers toute l’Europe et jusqu’aux Etats-Unis.

Élève de Rodolfo Saglimbeni et de José Antonio Abreu (fondateur de l’Orchestre Simon Bolivar des Jeunes du Venezuela), Gustavo Dudamel remporte le concours de direction d’orchestre ” Gustav Mahler ” en 2004, puis reçoit les conseils de Claudio Abbado, Daniel Barenboïm, Sir Simon Rattle.
Il est tout à la fois le Directeur musical du Los Angeles Philharmonic depuis 2009 (contrat prolongé jusqu’à la saison 2018/2019), du Gothenburg Symphony Orchestra et de l’Orchestre Symphonique du Venezuela Simon Bolivar (depuis 1999). Bien que ses engagements aux Etats-Unis, en Suède et au Venezuela occupent déjà quarante-trois semaines de son emploi du temps annuel, il trouve encore le temps de se consacrer chaque saison aux meilleurs orchestres internationaux dont le Philharmonique de Radio France.

le feu intérieur

Etrangement, ce n’est pas le lutin malicieux et déchaîné qui s’offre aux caméras mais un musicien généreux certes surtout introspectif, intérieur, d’un calme émerveillé dont la tendresse pour les musiciens de l’Orchestre français s’exprime pendant la courte évocation des répétitions en préambule au concert proprement dit. Dudamel le sage, le tendre, le pudique: voilà une facette qu’on lui connaissait moins et qui relève le défi, ou plutôt les multiples sommets et épreuves de la 3è brahmsienne. Le geste est économe, la concentration totale et la communion avec les musiciens, idéale. C’est la 3è fois que chef et orchestre jouent ensemble: une entente humaine qui porte ses fruits et s’accomplit dans les 4 mouvements de la Symphonie de Brahms: curieusement, l’Héroïque de Brahms s’achève dans le murmure, la tendresse, un acte de foi et une confession libellée à demi mots.

La tendresse et la pudeur si intensément mises à l’honneur dans les 2 mouvements centraux (l’Andante évanescent et le fameux poco allegretto), sont serties par les mouvements I et II, ce dernier s’achevant en un calme recouvré qui contraste très fortement avec l’impétuosité majestueuse et tragique du I. Dudamel s’alanguit, ralentit, respire, accusant le chant particularisé des pupitres les uns après les autres: le chant des violoncelles au cœur du III (avec leurs échos fraternels: cor, hautbois, clarinette, chacun reprenant le thème principal d’une douce nostalgie); l’alliance emblématique cor et hautbois; clarinette axiale dans l’Andante, laquelle conclue le mouvement tout baigné d’amour tendre, de secrète extase… La direction du maestro étonne par sa profondeur, sa tendresse comme sa gravité. Passionnant.

Réalisation : Isabelle Soulard (France, 2012, 43mn) Coproduction : ARTE France, Camera Lucida, Radio France