CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)

sviatoslav richter pianoCD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994). Un géant venu de l’Est… A 45 ans, Sviatoslav Richter (1915-1997), déjà annoncé par Gilels lui-même passé à l’ouest, fait entendre à l’Europe médusée sa formidable expressivité. Un colosse russe à la conquête de l’Europe et des States. Autodidacte, Richter s’est formé, avant son passage à l’ouest, dans la classe de Heinrich Neuhaus au Conservatoire Tchaikovski de Moscou. Âpre, puissant, profond, jamais démonstratif, le jeu de Richter évoque l’improvisation tellurique d’un Furtwängler, une vision qui fouille en profondeur le sens des œuvres et dont l’engagement presque austère donne l’illusion de l’improvisation. Scriabine, Stravinsky, Prokofiev, Rachma, Chostakovitch, Poulenc puis Berg et surtout Britten dont il devient proche : les deux vivait une homosexualité, source d’ostracisme et de soupçons de la part des autorités plus ou moins complaisantes. Les français paraissent aussi en bon nombre et essentiels même par le volume des pièces enregistrées : Debussy, Ravel… Richter est un soliste solide, mais aussi un partenaire chambriste vénéré (il crée ainsi en Union soviétique le Concerto pour piano de Britten). Pour chaque récital, Richter qui connaît pourtant les œuvres par cœur, joue avec la partition : antisèche et remède contre le trou de mémoire, surtout proximité directe sans affèterie ni maquillage avec les notes : la garantie d’un approfondissement supérieur ? Longtemps le cas Richer incarna ce provincialisme crasse propre à la Russie soviétique ; d’autant plus minoré qu’alors, l’américain Van Cliburn, héros américain du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958 imposait la supériorité artistique de l’Ouest sur l’Est, outrage médiatisé à l’époque de la guerre froide et jusque derrière le rideau de fer. Richter / Cliburn régénérait l’antagonisme Orient / Occident, charriant les pires raccourcis abjects que l’on peut évidemment imaginer.

CLIC D'OR macaron 200L’artiste aima la France : il y fonda le festival près de Tours dans un grange où il accueillit les plus grands instrumentistes de 1960 à 1980. Insaisissable, l’homme Richter cultivait la contradiction, la provocation parfois grossière : le propre d’une insatisfaction existentielle qui appliquée à l’exercice musical, produisit comme en témoigne ce coffret indispensable, un génie de l’interprétation.

sviatoslav richter piano piano coffret complete recordingsPour le centenaire de Sviatoslav Richter, Decca ressort les joyaux de son inestimable fonds.   Parmi une diversité jubilatoire, ses Bach de 1991 (soit enregistrés 4 ans avant sa disparition), sont carrés structurés, austères et profonds ; ses Haydn (1986,1966) regorgent de saine facétie et d’humour classique ; ses Mozart (1989) se montrent caressants, étonnamment tendres et nostalgiques. Des années 1990 aussi, les Beethoven prolongent la recherche de clarté et de profondeur des Bach contemporains : les Variations Diabelli (1986) captivent par leur sagacité poétique ; notons les perles : la Sonate en si de Liszt de 1966, les Schubert de 1966 (D575), 1989 (D894) ; l’intégrale des Sonates de Brahms de 1986-1988 ; suave, ondoyant, insaisissable : son Schumann palpitant des années 1950 : scènes de la forêt et Fantasiestücke… Après les programmes monographiques, le coffret présente les récitals conçus comme des totalités éclectiques : celui de 1961 pour DG regroupant Haydn, Debussy, Prokofiev, puis le récital de Sofia (1958 : dédié surtout à Moussorgski) attestent de la carrure du soliste, dragon aux mains agiles. Il y aurait tant à dire et exprimer face à une telle somme interprétative : tout le « cas » Richter est là : énigmatique et fascinant, ambivalent et profond, généreux mais mystérieux ; divers et multiple mais finalement insaisissable. Coffret incontournable.

CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)