LIVRE événement, critique. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les Bémols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, février 2020)

rojdestvensky guennadi chef maestro bio bemols de staline livre critique classiquenews monsaingeon classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les BĂ©mols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, fĂ©vrier 2020) – Guennadi Rojdestvensky (nĂ© en 1931) appartient Ă  la colonie des grands maestros russes, succĂ©dant par un coup du sort au lĂ©gendaire Svetlanov ; il devient une figure majeure de la direction musicale sous l’ère Staline, et après, lequel est d’ailleurs Ă©voquĂ© (rapidement) assistant fugitivement Ă  quelques reprĂ©sentations au BolchoĂŻ sans avoir fait savoir vraiment si le guide du peuple Ă©tait dans la salle… A travers ses « Conversations » (dont le propos nous mène jusqu’à la fin de la carrière du chef et sa disparition en 2018), l’auteur dĂ©livre un portrait incisif de Rojdestvensky, lequel se raconte et tisse au fil des pages une autobiographie qui tĂ©moigne de l’organisation de la musique en URSS… c’est un ĂŞtre musical jusqu’au bout des doigts, dans sa chair, dont la passion de la musique et le respect des partitions lui ont Ă©tĂ© transmis par son père (bon pianiste et chef) et par sa mère (traductrice et chanteuse) qui dĂ©cida qu’il serait musicien. Rojdestvensky eut la chance de pouvoir jouer en Europe quand on pensait que les artistes russes devaient demeurer Ă  l’intĂ©rieur des frontières soviĂ©tiques.
Le chef est connu pour son absence de compromis sauf quand il devait diriger des ballets et faire quelques concessions avec les danseurs qui de toute façon, quel que soit le chef, jugent que soit « il joue trop lentement, trop rapidement ».
Les Ă©pisodes de la vie, les choix de rĂ©pertoires (dont surtout Prokofiev dont le dernier chapitre constitue une dĂ©claration d’amour), les personnalitĂ©s croisĂ©es tout au long d’une vie exceptionnellement riche sont Ă©voquĂ©s ici, oĂą la politique aussi rĂ©serve ses coups de théâtre, souvent aux confins du ridicule et du fantasque (cf sa nommination comme chef du Royal Philharmonique de Suède, finalement acceptĂ©e par les autoritĂ©s soviĂ©tiques)… dĂ©voilant les coulisses et les facettes mĂ©connues d’un maestro exceptionnellement impliquĂ©, qui comparĂ© aux Gergiev et Jansons rĂ©cents, avait cet idĂ©al de clartĂ© et de prĂ©cision, une Ă©loquence du discours musical, dĂ©pourvu de tout artifice, croisĂ© avec la conscience de l’histoire… soit un son qui a probablement disparu aujourd’hui.

C’est surtout l’interprète spĂ©cialiste des symphonies de Chostakovitch qui dĂ©voile son travail avec le compositeur russe, un ĂŞtre marquant et avenant mĂŞme par sa dĂ©licatesse aimable. Rojdestvinsky explicite ce qui faisait de Chosta un gĂ©nie dont l’ouie Ă©tait phĂ©nomĂ©nale, y compris dans les tutti, capable de distinguer les accords de la harpe ou du cor. S’il n’a pas travaillĂ© avec Prokofiev, Rojdestvinsky demeure l’interprète le plus passionnant pour Chostakovitch. Ailleurs on se dĂ©lecte des souvenirs prĂ©cisĂ©ment vĂ©cus entre Chostakovitch et Stravinsky dont les propos sur l’un et l’autre sont rapportĂ©s ; comme l’Ă©vocation des Ĺ“uvres de Schnittke, qui se prĂŞtent spĂ©cifiquement Ă  une orchestration et Ă  l’orchestre, Rojdestvinsky rĂ©alisant plusieurs transcriptions validĂ©es par le compositeur, demeure passionnante… La valeur du tĂ©moignage direct par l’intĂ©ressĂ©, comme les propos recueillis de conversations privilĂ©giĂ©es, dĂ©passe la simple Ă©vocation biographique. Le texte permet de vivre de l’intĂ©rieur l’odyssĂ©e fantastique d’un musicien de premier plan. Lecture incontournable.

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement. GUENNADI ROJDESTVENSKY : Les Bémols de Staline par Bruno Monsaingeon. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky (Editions Fayard, février 2020). EN LIRE plus sur le site de Fayard
https://www.fayard.fr/musique/les-bemols-de-staline-9782213716817

PARUTION : 26 février 2020
348 pages – FORMAT : 135 x 215 mm – Prix indicatif : 24 €
EAN :  9782213716817 – CODE HACHETTE : 3707842
PRIX NUMÉRIQUE : 16.99 € – EAN NUMÉRIQUE : 9782213718552

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VIDEO

Pour se faire une idĂ©e de la direction du maestro russe Guennadi Rojdestvensky, ÉCOUTER / VOIR ci après : 7è Symphonie de Prokofiev (opus 131), Orch symphonique de la Radio de Moscou, 1966; un tĂ©moignage unique sur le son remarquable qu’il savait façonne et obtenir des musiciens, un son fait de tension, de crĂ©pitement, d’une incandescence supĂ©rieure…

 

 

 

 

I. Moderato
II. Allegretto
III. Andante espressivo
IV. Vivace

Durée : 31 mn

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Anniversaire. Centenaire d’Emil Gilels 1916 – 2016

Gilels-Emil-02Anniversaire. Centenaire d’Emil Gilels 1916 – 2016. Emil Gilels, piano. Centenaire 2016. NĂ© Ă  Odessa (actuelle Ukraine, Ă  l’époque en Union soviĂ©tique) en octobre 1916, dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Moscou en 1985, Emil Gilels est l’enfant d’une famille de musiciens et prĂ©sente très tĂ´t des dispositions fabuleuses pour le piano, concevant des programmes ambitieux (dès 12 ans) comprenant Beethoven, Chopin, Schumann. En 1930, il rejoint le Conservatoire d’Odessa et suit les leçons de Berta Reingbald. Après avoir obtenu Ă  16 ans, le premier prix du Concours pour piano de l’Union SoviĂ©tique (1933), le jeune Gilels rejoint Moscou en 1935 (18 ans) oĂą il rejoint la classe du cĂ©lèbre Heinrich Neuhaus. Il y reste jusqu’en 1937. A 21 ans, Gilels capable d’une technique foudroyante, gagne le Concours YsaĂże Ă  Bruxelles, devant Arturo Benetto Michelangeli.
gilels emil piano jeune virtuose du pianoLE PIANISTE DE STALINE… NĂ© en Union SoviĂ©tique, Gilels fut le premier russe Ă  pouvoir voyager librement Ă  l’Ouest, malgrĂ© la guerre froide. ImpĂ©tueux, tempĂ©rament puissant, Gilels est très vite instrumentalisĂ© par le rĂ©gime de Staline, devenant l’emblème d’une excellence pianistique russe, en particulier après qu’il soit  valorisĂ© par une sĂ©rie de distinctions remises par le rĂ©gime officiel : Prix Staline (1946), Ordre de LĂ©nine (1961 et 1966), Prix LĂ©nine (1962) : Staline en fait alors un artiste politique, diffusant le prestige du rĂ©gime soviĂ©tique hors du territoire soviĂ©tique. Ses tournĂ©es occidentales sont suivies par les mĂ©dias et un public de plus en plus nombreux : Ă  31 ans, Gilels peut ainsi jouer en Europe, puis fait ses dĂ©buts en 1955 (39 ans) aux USA, jouant le Concerto de Tchaikovski Ă  Philadelphie.
Nommé professeur de piano au Conservatoire de Moscou en 1952, Gilels réduit à la fin de carrière ses engagements à l’étranger, préférant jouer en Russie.
Le centenaire Gilels 2016 (il est né le 19 octobre 1916) est l’occasion de célébrer le talent d’un interprète au jeu puissant, contrasté, capable aussi de nuances énigmatiques. Son répertoire de prédilection se concentre sur les romantiques germaniques : Beethoven, Liszt, Brahms, Schumann, comme ses explorations des Baroques tels JS Bach et Scarlatti ont marqué l’interprétation au piano de pièces originalement écrites pour le clavecin. Bartok, Debussy sont aussi parmi les compositeurs les plus récents qu’il a joué. Profil léonin, artiste peu communiquant, Gilels n’eut jamais la séduction que sut entretenir dans la catégorie du virtuose « maudit », un Richter par exemple. Or la réécoute attentive de son legs musical dévoile aujourd’hui, un interprète majeur, alliant technicité prodigieuse permettant des accélérations foudroyantes, et nuances fabuleusement articulées… soit le mariage miraculeux de la force et du velours.

gilels emil piano coffret box set complete rca columbia album collection reviex presentation critique cd classiquenews CLIC septembre 2016CD. Pour célébrer son centenaire en octobre prochain, Deutsche Grammophon réédite son fameux récital à Seattle en 1964 ; et Sony classical réédite les enregistrements complets RCA et Columbia du maître russe du clavier, celui qui avec son compatriote Sviatoslav Richter, demeure l’un des plus intéressants interprètes au XXème siècle. Comptes rendus critiques à venir sur classiquenews.

VISITER le site officiel de la Fondation Emil Gilels, qui perpétue l’héritage du pianiste né à Odessa en 1916.