CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016)

LEFEVRE-ALAIN-cesar-franck-Prelude-choral-fugue-critique-cd-review-cd-classiquenews-alain_lefevre_my_paris_years_cover~2205CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016). Né Français mais québécois de cœur, le pianiste Alain Lefèvre publie un album clé dans son journal intime et artistique, totalement dédié à PARIS et donc intitulé My Paris Years… Aux côtés de ses propres compositions (prochain album à venir sous la même étiquette Warner classics), l’interprète, défenseur depuis toujours d’André Mathieu (avec lequel jouait son propre père), choisit ici des écritures qui font sens, selon le thème parisien : Satie (Gymnopédies évidemment), Ravel, Debussy et l’immense César Franck dont on se réjouit de réécouter Prélude, Choral et fugue, morceau de choix et de fulgurance de plus de 20mn : sorte de plongée introspective postwagnérienne qui n’en finit pas d’interroger de souterraines perspectives. Fidèle à une manière qui lui est propre, Alain Lefèvre en déroule l’écriture contrapuntique avec un soin de clarté murmurée, une éloquence feutrée qui sait aussi en souligner les vertiges comme la puissante architecture, en superposition et rébus, peu à peu démêlés.

FRANCAIS ET QUEBECOIS… un album parisien en forme de rĂ©conciliation. Paris est un asile enracinĂ© dans son identitĂ© profonde, un temps malvĂ©cu en raison de l’arrogance française, surtout parisienne Ă  l’égard de sa seconde patrie, le QuĂ©bec. Mais comme toujours chez les Français qui suspectent et minimisent ce qu’ils ne voient pas immĂ©diatement, – l’éloignement les rend aveugles et crĂ©tins (il faut bien le dire), il suffit de retourner en terres quĂ©bĂ©coises pour comprendre l’amour de la nation francophone outre Atlantique pour la culture française et la langue de Baudelaire ou de Rimbaud. C’est donc dans une fluiditĂ© toute quĂ©bĂ©coise que le pianiste dĂ©ploie ses affinitĂ©s françaises. L’artiste dĂ©voile ce qui importe dans le fait d’être Français et QuĂ©bĂ©cois, un pur esprit de synthèse et de rĂ©conciliation, une fraternitĂ© musicale.
Les Satie prolongent ce goût du pianiste pour la lenteur et la suspension énigmatique. Les couleurs y sont là encore très nuancées et idéalement dessinées sans incision, dans l’épaisseur de la suggestion. Esquissées, en demi teintes (N°2, « lent et triste »). La Pavane de Ravel nous fait entendre les résonances de l’enfance réactivée par un Ravel émerveillé et comme langoureux. Tandis que ses Debussy coulent comme une onde emperlée, à l’articulation détaillée et chantante (« Arabesque »).

Voilà donc un recueil on le répète clé dans la carrière du pianiste et de l’homme : Paris, en forme de célébration, et aussi allusivement une manière d’hommage à la mémoire de son maître parisien, Pierre Sancan. Un témoignage pour la beauté fraternelle et la cristallisation d’un idéal français et québécois : belle pierre à l’édifice de la culture francophone québécoise, alors que se tourne avec débats et frictions, la question de la laïcité de l’Etat, de l’autre côté de l’Atlantique.

 

 

 

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CD, critique. Alain Lefèvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016).

LIRE aussi notre critique du CD, événement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano / Orchestre Métropolitain / Alain Trudel, direction – 1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018

 

 

 

SAINTES. RĂ©cital d’Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h

ilic-ivan-piano-cage-satie-debussy-vignette-carre-280Saintes. Récital du pianiste Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h. Dans l’église abbatiale de Saintes (Abbaye aux Dames), le pianiste Ivan Ilic propose un programme idéalement adapté à l’esprit et à l’acoustique du lieu. C’est un programme intimiste, qui s’inscrit au début de la nuit d’été, retraçant de passionnantes filiations et correspondances entre Scriabine et Debussy, Satie et Cage… Une secrète et permanente influence française que son programme originel enregistré sous le titre The Transcendentalist (CLIC de CLASSIQUENEWS, mai 2014) avait à peine exprimer de façon explicite. Or l’originalité de Satie est bien présente, indiscutable et stimulante pour nombre de compositeurs et créateurs qui l’ont ou non directement approché…

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Satie & friends …

In a Landscape et Dream de John Cage date de la fin de la première pĂ©riode de sa production, soit 1948. Cage Ă©tait alors obsĂ©dĂ© par Erik Satie, assez mĂ©connu en AmĂ©rique Ă  l’époque. Pendant l’étĂ© 1948 Cage a organisĂ© 25 concerts de la musique d’Erik Satie, et il donne une confĂ©rence qui marque l’histoire de la musique, intitulĂ©e “DĂ©fense de Satie” dans laquelle il oppose Satie Ă  Beethoven, et donne raison Ă  Satie. « Cage a Ă©tudiĂ© les carnets de brouillons de Satie, dans lesquels il trouve la structure rythmique de pièces Ă  venir. Il comprend ainsi que Satie « compose » le rythme en premier, puis « remplit » les cellules de notes, pour composer ses morceaux, et cette idĂ©e fascine Cage, qui a rĂ©alisĂ© depuis ses Ă©tudes avec Schoenberg qu’il n’avait pas de don pour l’harmonie. Cage y trouve une sortie de son impasse esthĂ©tique, et il explore cette mĂŞme idĂ©e dans ses cĂ©lèbres Sonates et Interludes pour piano prĂ©parĂ©, qui date la mĂŞme Ă©poque. Associer les pièces mythiques de Satie avec ces pièces de Cage est donc une Ă©vidence.», prĂ©cise Ivan Ilic. Outre Cage et Satie, voici tout autant Claude Debussy… un Debussy certes adulĂ© et cĂ©lĂ©brĂ© mais finalement jaloux du statut particulier, atypique d’un Satie puissant et original, dĂ©finitivement inclassable.

« Debussy admirait toujours le statut de “outsider” de Satie, son indépendance du milieu musical parisien. Avec leur ambiguïté expressive, certains préludes de Debussy sont proche de l’esprit des miniatures Satie, bien que plus riches sur le plan harmonique, et plus proche de la musique russe (Stravinsky, Scriabine) qui poussait de plus en plus loin une utilisation chromatique de la tonalité » complète Ivan Ilic. A Satie et Debussy, maîtres des tonalités suspendues, irrésolues et des formes inédites dans le sillon des Gymnopédies, Ivan Ilic associe aussi Alexandre Scriabine, le compositeur pianiste au mysticisme parfois superfétatoire dont il offre les dernières pages pour le piano : « On y trouve un mélange d’extase et de calme spirituel, comme s’il savait qu’il fallait tout donner dans la dernière année de vie, qui s’avère très productive, par ailleurs ».

Le programme d’Ivan Ilic à Saintes résonne tel un parcours intérieur, singulier et original : « On passe d’une musique modale (Cage) à une musique entièrement dénouée de drame (Satie) à une harmonie plus complexe et suggestive (Debussy) à l’abstraction de Scriabine, avec un tourbillon d’émotion dans Vers la flamme qui ne cesse de monter et de donner à l’auditeur l’impression de monter vers l’extase », conclut le pianiste.

boutonreservationRĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Saintes
Abbaye aux Dames de Saintes
Samedi 9 juillet 2016, 22h

 

 

ENTRETIEN AVEC IVAN ILIC…  question complĂ©mentaire Ă  Ivan Ilic pour mieux comprendre les enjeux esthĂ©tiques de son rĂ©cital Ă  Saintes 2016.

CLASSIQUENEWS : En quoi le programme diffère t il / reprend t-il le programme et l’esprit des pièces du cd de 2014 ?
Transcendance irrésistible d'Ivan IlicIvan Ilic : Ce programme est étroitement lié à mon disque Le Transcendantaliste / The Transcendentalist (CD élu CLIC de CLASSIQUENEWS en 2014), qui reliait Scriabine avec Cage et Morton Feldman, notamment. Le journaliste de Forbes, aux Etats-Unis a su identifier que le « saint patron du disque aurait pu être Satie », remarque très juste, car les oeuvres de Scriabine que j’avais choisies, sont presque sans tension, d’un lyrisme pure, ce qui est relativement atypique dans l’œuvre de Scriabine, qui a plus tendance a exprimé le côté tourmenté de l’existence. Le programme du disque était donc uniquement russe et américain, mais avec des influences françaises suggérées çà et là.
Dans mon programme pour Saintes, le lien avec la musique française devient explicite. En écoutant les pièces côte à côte, on réalise les correspondances fortes, notamment entre Cage et Satie d’une part, et le Debussy et le Scriabine, tardifs, de l’autre. Le mot transcendantaliste implique une démarche intuitive de la composition, sans systèmes, et tous les quatre compositeurs tombent dans cette catégorie.

Je me sens particulièrement proche de cette idĂ©e, car mĂŞme si j’ai fait des Ă©tudes de mathĂ©matiques, et je me considère quelqu’un de plutĂ´t rationnel dans mon quotidien, j’accepte depuis quelques annĂ©es que la vie comporte une grande part de mystère, et que le vrai pouvoir de la musique est justement son cĂ´tĂ© mystĂ©rieux, insaisissable, Ă©phĂ©mère, inexplicable. Le fait de ne pas comprendre ne nous empĂŞche pas de faire ; au contraire, faire en ignorant le pourquoi me semble un acte essentiel, un geste qui tend vers l’infini”.

 

Propos recueillis en juin 2016.

Illustrations : Portrait du pianiste Ivan Ilic (© B Maire)

LIRE aussi notre critique complète du cd The Transcendentalist d’Ivan Ilic, CLIC de CLASSIQUENEWS (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman), édité en mai 2014

Satie – Gnossienne n°4 (partition interactive pour PIANO)

Icône_1024x1024_SatieSatie – Gnossienne n°4 (partition interactive pour PIANO). Audacieux, expérimental, atypique et d’une personnalité totalement originale, Erik Satie invente de nouvelles formes pianistiques : ainsi nomme-t-il « gnosiennes », comme il a aussi inventé les genres inédits intitulés avec la même veine inventive : « vexations », « croquis et agaceries », « ogives »… gnose vient des courants gnostiques, tendances de la pensée auxquelles le compositeur curieux s’est un temps intéressé. Il pourrait aussi s’agir d’un lien indirect et secret avec la mythologie crétoise : gnous dérivant de Knossos, le site archéologique célèbre et aussi le siège du palais des souverains crétois comme du labyrinthe du Minotaure : ainsi les Gnossiennes de Satie pourraient s’inscrire dans le mythe de Thésée et d’Ariane, du Labyrinthe et du monstre à tête animale, mangeur de jeunes gens… Les Gnossiennes sont composées dans le sillon des trois Sarabandes de 1887 et des Gymnopédies de 1888.

Les Gnossiennes seraient ainsi des danses, réalisant une évolution formelle qui prolongent le creuset des Ogives, Sarabandes, Gymnopédies. Elles sont composées en 1890, éditées pour la plupart en 1893.

La Gnossiennes n°4 fait partie du cycle publié tardivement en … 1968. Notée « lent », elle est écrite en 1891. En la mineur, elle déroule sa lancinante mélodie comme une arcane à la fois aérienne et magique. Incantation autant que secrête immersion dans un univers énigmatique, la partition traverse les tonalités comme autant de climats de plus en plus envoûtants.

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de la Gnossienne n°4 d’Erik Satie, Ă©ditĂ©e par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire (4-5)
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 2,99 euros

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play SATIE – la Gnossienne n°4 d’Erik Satie, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

IcĂ´ne_1024x1024_SatiePrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e de la vidĂ©o : 3mn05.

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http://youtu.be/nlDyo2q3-po

Ivan Ilic, piano. Entretien. A propos de Feldman, Satie, de la vidĂ©o et de la musique…

Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicIvan Ilic, piano. Entretien. Feldman spirituel, aussi allusif et infini qu’un immense tableau de Rothko… le pianiste Ivan Ilic explique son rapport Ă  la musique de Feldman. Le compositeur est au centre d’un travail particulier rĂ©alisĂ© entre vidĂ©o et musique avec les Ă©tudiants de l’HEAD Ă  Genève… Son concert in loco, ce 12 novembre 2014 est un nouveau jalon d’une approche très investie de la musique contemporaine au piano, comme en tĂ©moigne son dernier album, CLIC de classiquenews, intitulĂ© The Transcendantalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman…). Entretien avec le pianiste hors normes Ivan Ilic.

 

Vous aimez croiser les disciplines autour de la musique. Ici l’apport des images et d’une narration vidéo renouvelle la perception des œuvres que vous jouez, mais aussi la façon de les vivre pendant le « concert ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela profite à la compréhension du style de Feldman par exemple, en particulier pour Palais de Mari ?

Pour nos oreilles habituées à la musique contemporaine, la musique tardive de Morton Feldman est relativement accessible… beaucoup plus que la plupart des morceaux de Xenakis, Nono, Stockhausen ou Boulez.  Elle est douce, lente, atmosphérique, mélancolique.  Elle fait appel à une technique instrumentale traditionnelle.  Par contre, elle est abstraite.  Pour un auditeur moins averti, l’expérience est bien éloignée de l’écoute d’une symphonie de Mozart.  Le problème qu’elle pose est celle de toute la musique contemporaine : on ne sait pas « comment » l’écouter.

En collaborant avec les jeunes artistes de la Haute école d’art et de design de Genève, en particulier Stefan Botez, j’ai réalisé que la musique de Feldman se marie exceptionnellement bien avec les images.  Elle installe immédiatement un climat particulier, et en regardant des images le spectateur se laisse plus facilement pénétrer par la musique.  C’est un mécanisme que je ne comprends pas complètement, mais dont l’efficacité est indéniable.

Paradoxalement peut-être, je reste pourtant sceptique quant aux spectacles multimédias.  Souvent l’idée est intéressante mais la réalisation me laisse sur ma faim. D’où l’idée de réaliser des petites vidéos à regarder en amont : ce « clip » familiarise l’auditeur et lui donne envie d’entendre le morceau « en vrai » dans de bonnes conditions, de préférence en concert ou éventuellement en disque avec un bon casque.

Ilic ivan video geneve feldman video baptiste-coulon-6Avec les étudiants nous avons exploré deux solutions différentes : une démarche documentaire voire pédagogique d’une part, et d’autre part, une recherche purement esthétique qui consiste à créer des images à partir de la musique.  Dans les deux cas, l’expérience visuelle ne remplace pas le concert, elle le complète. Avant le concert traditionnel, on essaie de préparer le spectateur grâce à la culture visuelle, qui est pour moi beaucoup plus développée et omniprésente aujourd’hui que la culture du son.  Sans compter que les spectateurs découvrent bien souvent la culture  chez eux, devant leur ordinateur, ou sur leurs smartphones, en cliquant sur un lien Twitter ou Facebook.  C’est le premier point d’accès.

La vidéo est une forme très efficace, même pour la musique abstraite, j’en ai eu la preuve : j’ai remarqué que lorsque je montre un clip avec le début de “Palais de Mari” de Feldman à quelqu’un qui n’est pas initié à la musique contemporaine, cette personne a beaucoup moins de mal à écouter et à “suivre” le morceau ensuite en écoutant le son sans les images.

Pour résumer, ce travail est un outil qui nourrit l’expérience musicale, mais qui reste distincte d’elle, un peu comme un texte qui enrichie la compréhension, mais qui ne se mélange pas avec la musique. C’est absolument passionnant en tout cas.

 

 

Comment relier ce nouveau travail avec les élèves vidéastes à Genève et votre propre travail sur Feldman ?

Mon travail n’a pas tellement changé.  Vous savez, le travail quotidien d’un musicien comme moi est assez modeste et « technique » finalement.  On se fait un cocktail avec la partition, l’instrument, et l’acoustique, et on mélange tout cela avec l’interprète (ou plus précisément avec son état psychologique et physique). Le goût du cocktail n’est jamais le même. Une chose est sûre : les recherches se font à huis clos.

Par contre mon regard sur la relation entre la musique et son public a énormément évolué.  Ces jeunes artistes représentent pour moi un public potentiel idéal : ils sont jeunes, curieux, et cultivés.  Ils ont chacun une pratique artistique et une identité forte.  En me confrontant à eux, ces jeunes qui sont si fins mais qui n’ont pas forcément de culture musicale, c’était comme si je devais présenter mon travail non pas aux auditeurs de France Musique, déjà initiés et mélomanes, mais à ceux de France Culture ou même France Inter.  J’ai réalisé que c’est ce public-là qui m’intéresse justement, puisque c’est à lui que je m’identifie.

Depuis des années maintenant je suis bien plus enrichi par les échanges avec les non musiciens qu’avec les musiciens.  L’une des rencontres les plus fortes fût celle de Benoît Maire, un artiste conceptuel français de ma génération.  D’ailleurs, c’est lui qui m’a invité à la HEAD à Genève.  Il m’a fait un beau cadeau.

 

 

 

Quelle expérience souhaitez-vous offrir au spectateur/auditeur le temps du concert ?

Ce concert associe Erik Satie, John Cage, et Morton Feldman.  La musique de Satie est un mélange très étonnant de modernité et d’accessibilité.  Le fait que ce mélange puisse exister m’intrigue beaucoup ; on a tendance à créer une dichotomie entre la modernité et l’accessibilité dans la musique classique, même si la culture pop a explosé ce mythe depuis des décennies.

Les œuvres de Cage comme « In a Landscape » et « Dream » datent de 1948. Cage avait 36 ans, mon âge, et il était alors obsédé par Satie.  Cela s’entend. Feldman, lui aussi, a créé une musique sans drame, il a une patience hors normes.  Pour moi, Feldman, plus que tous, évoque l’infini, c’est la musique la plus spirituelle que je connaisse.

Pour répondre à la question, écouter cette musique offre un espace unique de contemplation et d’introspection. C’est comme si l’on était devant un immense tableau de Mark Rothko pendant une heure, en silence.  Pour moi la contemplation est un acte noble, et essentiel.  Et je pense que c’est la source de la puissance de cette musique.

 

 

 

Au Musée d'Art moderne de Genève, le pianiste Ivan Ilic joue Satie et Feldman, mercredi 12 novembre 2014, 18h30...

Au MusĂ©e d’Art moderne de Genève, le pianiste Ivan Ilic joue Satie et Feldman, mercredi 12 novembre 2014, 18h30…

 

 

 

Ivan Ilic, piano. Récital au MAMCO de Genève, mercredi 12 novembre 2014, 18h30. 

Satie, Cage, Feldman… 
RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic
Mercredi, 12 novembre 2014
Genève, Musée d’art moderne et contemporain (Mamco)
rez-de-chaussée, 18h30, entrée libre

Programme :

Erik Satie
Nocturne no 1 (1919)
Gnossienne no 3 (1890)
Gnossienne no 5 (1889)
Sarabande no 1 (1887)

John Cage
In a Landscape (1948)
Dream (1948)

Morton Feldman
Palais de Mari (1986)

Illustration : Ivan Ilic, Morton Feldman, Ivan Ilic au piano © Ker Xavier