Salzbourg. Jonas Kaufmann chante Florestan

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Salzbourg. Beethoven : Fidelio, les 4,7,10,13, 16, 19 aoĂ»t 2015. Alors que Cecilia Bartoli chante Norma et IphigĂ©nie, Jonas Kaufmann crĂ©e aussi l’Ă©vĂ©nement Ă  Salzbourg 2015, en incarnant un rĂŽle qui lui va comme un gant : le prisonnier Florestan, hĂ©ros moderne prĂȘt Ă  quitter l’ombre pour la lumiĂšre. Leonore, Ă©pouse de Florestan, est dĂ©terminĂ©e Ă  sauver son mari. DĂ©guisĂ©e en garçon, sous le nom de Fidelio, elle parvient Ă  s’introduire auprĂšs du geĂŽlier Rocco, Ă  gagner sa confiance et Ă  libĂ©rer Florestan, aidĂ©e par l’arrivĂ©e providentielle du ministre venu mettre fin Ă  l’arbitraire tyrannique de Don Pizarro
 Fidelio, opĂ©ra romantique, recueille les fruits solaire des LumiĂšres, soulignent la vertu d’une Ă©pouse fidĂšle et loyale prĂȘte Ă  sauver jusqu’à la mort celui qu’elle aime : telle Alceste de Gluck, c’est une figure de femme droite et dĂ©terminĂ©e que l’amour conduit jusqu’au sublime exemplaire. Livret Josef Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke.
Hymne Ă  l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la fidĂ©litĂ© conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’épouse, sa dĂ©termination exemplaire contre l’autoritĂ© du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son Ă©poux AdmĂšte, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son Ă©poux Florestan dans la prison pour l’en libĂ©rer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est crĂ©Ă© dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne, en 1814. La partition met en lumiĂšre le long processus d’écriture dont tĂ©moigne aussi les diffĂ©rentes versions de l’ouverture notĂ©es Leonore I, II, III, selon les temps de rĂ©vision et de rĂ©Ă©criture. L’énergie et l’espĂ©rance de Beethoven sont portĂ©es Ă  leur plus haut degrĂ© d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il Ă©crit pour la fraternitĂ© Ă  bĂątir, l’humanitĂ© Ă  sauver d’elle mĂȘme.
Un sujet Ă©difiant qui fait l’apothĂ©ose de la fidĂ©litĂ© d’une Ă©pouse.Tout d’abord inspirĂ© par le livret hĂ©roĂŻque d’Emmanuel Shikaneder, « Vestas Feuer » (Le feu de Vesta), le compositeur se dĂ©cida finalement pour la piĂšce en trois actes du secrĂ©taire du thĂ©Ăątre impĂ©rial de Vienne, Joseph Ferdinand von Sonnleithner, lui-mĂȘme s’inspirant de LĂ©onore ou l’amour conjugal du français Jean Nicolas Bouilly.‹L’histoire s’inspire d’un fait avĂ©rĂ©. Bouilly alors procureur du Tribunal rĂ©volutionnaire avait notĂ© le dĂ©vouement de la comtesse de Semblançay qui avait permis la libĂ©ration de son mari en pĂ©nĂ©trant dans la prison jacobine oĂč Ă©tait sequestrĂ© son Ă©poux, le Comte RenĂ©. Le texte de Bouilly fut ensuite portĂ© Ă  la scĂšne et mis en musique dans le style de Cherubini, par Pierre Gaveaux, au ThĂ©Ăątre Feydeau, le 19 fĂ©vrier 1798. L’heure Ă©tait au culte des hĂ©ros, du moins aux manifestations d’un idĂ©alisme exemplaire.

De 1805 Ă  1806: les deux premiĂšre versions

Fidelio de BeethovenBeethoven couche ses premiĂšre mesures fin 1803. Il faudra attendre encore deux annĂ©es avant la premiĂšre, le 20 novembre 1805. Entre temps, deux autres ouvrages lyriques furent crĂ©Ă©s sur le sujet, composĂ©s Ă  Dresde par PaĂ«r (3 octobre 1804), Ă  Padoue par Mayr (1805). Il est probable que Beethoven connut parfaitement la version de PaĂ«r. L’accueil dans une Vienne alors occupĂ©e par les français, – NapolĂ©on rĂšgne sur l’Europe-, ne fut pas des plus chaleureux. Les raisons de cette Ă©chec restent conjectures. Beethoven sourd qui avait imposĂ© sa dĂ©cision de diriger « sa Leonore », fut-il un Ă©lĂ©ment fragilisant la crĂ©ation ? L’orchestre Ă©tait-il Ă  la hauteur de ses exigences?‹Ainsi qu’il en est pour les Ɠuvres des gĂ©nies insatisfaits, Beethoven meurtri, demanda dĂšs le lendemain de la premiĂšre, Ă  Stephan von Breuning, de remanier le texte initial, de passer de trois Ă  deux actes, selon une formule efficace qui avait dĂ©jĂ  montrer ses avantages pour la Clemenza di tito de Mozart en 1791. Beethoven remanie aussi la partition, compose une nouvelle ouverture, aujourd’hui connue sous le nom d’ « ouverture Leonore III ». La premiĂšre n’ayant jamais Ă©tĂ© jouĂ©e du vivant du compositeur, c’est la seconde version qui fut abordĂ©e lors de la crĂ©ation de 1805.‹Avec l’ouverture Leonore III, son dĂ©coupage nouveau en deux actes, la nouvelle Leonore de Beethoven fut prĂ©sentĂ©e au public le 29 mars 1806. SuccĂšs immĂ©diat mais, obstacles ourdis par un destin contaire, Beethoven en brouille avec l’intendant du thĂ©Ăątre an der Wien qui affichait l’opĂ©ra, retira illico son Ɠuvre.

Version finale de 1814
Pour autant, le destin de Leonore n’était pas terminĂ©. Georg Friedrich Treitschke, sous-directeur du mĂȘme thĂ©Ăątre an der Wien en 1814, proposa Ă  Beethoven de remonter l’ouvrage. Et le compositeur de bonne volontĂ©, accepta de reprendre sa partition pour une troisiĂšme nouvelle version. “Cet opĂ©ra me vaudra la couronne des martyrs”, Ă©crit-il alors. RĂ©duction du texte de Sonnleithner, nouvelle ouverture en mi majeur, dite « Fidelio », nouvelle fin plus Ă©clatante, puisque les protagoniste chantent leur libĂ©ration non plus dans le cachot mais sur la place du chĂąteau. L’hymne Ă  la lumiĂšre y est d’autant plus explicite que Beethoven rĂ©utilise pour l’air final une mĂ©lodie tirĂ©e de sa cantate composĂ©e en 1790 pour la mort de Joseph II. Un style oratoire clame la libĂ©ration du couple, et au delĂ , la libertĂ© des hommes tournĂ©s vers l’idĂ©al des LumiĂšres.‹Si la fidĂ©litĂ© est la valeur premiĂšre cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’Ɠuvre, il en est de mĂȘme pour la chanteuse crĂ©atrice de la premiĂšre Leonore en 1805 : Anna Midler chanta, presque dix ans plus tard, le rĂŽle-titre, lors de la recrĂ©ation de l’Ɠuvre, le 23 mai 1814. L’opĂ©ra suscita enfin un vĂ©ritable triomphe.
Ludwig van Beethoven, Fidelio (1805-1814)‹OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg Friedrich Treischke d’aprĂšs le mĂ©lodrame de Jean-Nicolas Bouilly « LĂ©onore ou l’amour conjugual »

Salzbourg. Beethoven : Fidelio, les 4,7,10,13, 16, 19 août 2015. Avec Jonas Kaufmann, Pieczonka, Bezsmertna, König, Tézier. Welser-Möst, direction. Guth, mise en scÚne.