CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

C’est cependant une vue de l’esprit assez dĂ©formante et donc idĂ©alisante qui prĂ©sente un jeune couple Ă  la campagne, un rien naĂŻf et tendre
 qui bouleverse alors le public et est la proie d’un faux « devin », ou mage autoproclamé  DĂ©tente heureuse, au charme sans ambition, Le devin du village touche immĂ©diatement l’audience : l’Ɠuvre a trouvĂ© son public. En 1753, Ă  Paris, augmentĂ©e d’une ouverture et d’un divertissement final, l’opĂ©ra de Rousseau prend mĂȘme des allures de nouveau manifeste esthĂ©tique, opposĂ© dĂ©sormais au genre tragique ; car Ă  Paris, sĂ©vit la Querelle des Bouffons : les Italiens (troupe de Bambini) prĂ©sentent alors Ă  l’AcadĂ©mie royale, comme un festival, tout un cycle d’oeuvres inĂ©dites, toutes comĂ©dies en musique, dont La serva Padrona, joyau raffinĂ© et badin du gĂ©nial Pergolesi. C’est surtout l’écriture aux mĂ©lodies simples et aux usages directs (forme rondeau) et aussi le choix du français comme langue chantĂ©e
 qui surprennent le public. Alors mĂȘme que Rousseau avait dĂ©clarĂ© de façon dĂ©finitive (mais avant de dĂ©couvrir Gluck au dĂ©but des annĂ©es 1770, soit 20 ans aprĂšs), que l’Italien se prĂȘtait mieux Ă  l’opĂ©ra que la langue de Corneille. Mais Rousseau n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs : ‘le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable Ă  toute oreille non prĂ©venue’ (Lettre sur la musique française, 1753).
RĂ©alisme touchant, langue enfin rĂ©conciliĂ©e avec les dĂ©fis de sa dĂ©clamation, 
 les arguments de ce « Devin » sont Ă©vidents, indiscutables. Le triomphe que suscite rapidement la partition, la rend incontournable : claire emblĂšme opposĂ© au grand genre tragique d’un Rameau, qui fut autant admirĂ© que dĂ©testĂ© par Rousseau.

Qu’en pensez en 2018, au moment oĂč est publiĂ©e cette lecture rĂ©alisĂ©e en juillet 2017 ? On remercie enfin la direction artistique du ChĂąteau de Versailles de nous offrir dans son jus, sur instruments d’époque, et sur la scĂšne oĂč elle fut reprise et jouĂ©e par Marie-Antoinette en son Ă©crin de Trianon (le petit thĂ©Ăątre de la reine toujours d’origine), la piĂšce de Rousseau : de fait, simple, franche, d’une modestie qui touche immĂ©diatement.

La partition est d’autant plus importante dans l’histoire de la musique en France et en Europe que c’est son adaptation parodique dĂšs 1753 (par Madame Favart), intitulĂ©e « Les amours de Bastien et Bastienne » qui inspirera le premier opĂ©ra de 
 Mozart. La conception de Rousseau est donc loin de n’ĂȘtre qu’anecdotique. Aujourd’hui on goĂ»te son humilitĂ© Ă  l‘aulne de son destin spectaculaire. Voir cette partition, bluette sans ambition, mais joyau d’une esthĂ©tique qui a rĂ©volutionnĂ© l’opĂ©ra français, entre Rameau et Gluck, comble un vide important, d’autant que le dvd complĂ©mentaire, ajoute Ă  l’écoute du cd, la rĂ©vĂ©lation de ce que furent les reprises par Marie-Antoinette, jouant elle-mĂȘme Ă  la bergĂšre et chantant les airs de Colette
 A croire que effectivement, Rousseau Ă©tait moderne, 30 annĂ©es auparavant, adorĂ© par le Reine qui vint se recueillir sur son mausolĂ©e d’Ermenonville dĂšs 1780.
Le cd et le dvd de ce coffret trĂšs recommandable ajoute donc Ă  notre connaissance prĂ©cise d’un monument de la musique française propre aux annĂ©es 1750, encore adulĂ© par les souverains juste avant la RĂ©volution. Belle rĂ©alisation qui comble enfin une criante lacune.

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CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

Versailles : le petit théùtre de la Reine, 1780

versailles_Theatre_de_la_Reine_-_cĂŽtĂ©_jardinThĂ©Ăątre mythique. Le Petit ThĂ©Ăątre de la Reine Ă  Versailles. ElĂšve de Gluck Ă  Vienne, la jeune Reine de France Marie-Antoinette cultive son goĂ»t de la musique Ă  Versailles, en particulier dans le domaine privĂ© que le roi lui a offert, Trianon. Si elle hĂ©rite du Petit Trianon (Ă©tĂ© 1774), Ă©difiĂ© sous le rĂšgne de Louis XV pour sa maĂźtresse La Pompadour (en 1762 par Jacques Ange Gabriel, l’architecte de l’OpĂ©ra dans le chĂąteau), Marie-Antoinette commande Ă  Richard Mique un nouveau site, idĂ©alement discret (façade Ă  peine perceptible identifiable par un fronton simple et deux colonnes ioniques). Le thĂ©Ăątre est fabriquĂ© Ă  l’Ă©conomie (bois et plĂątre imitent le marbre et permettent le dĂ©ploiement d’un dĂ©cor abondant et cependant luxueux).
C’est une salle de plan ovale qui peut accueillir une centaine d’intimes, spectateurs proches des Souverains, prenant place dans les 2 baignoires, le parterre et le balcon (sans omettre les loges grillagĂ©es comme dans l’OpĂ©ra de Gabriel).

 

 

 

Théùtre mythique à  Versailles

le Petit Théùtre de la Reine à Trianon

1780

 

 

MalgrĂ© la fragilitĂ© et la simplicitĂ© des matĂ©riaux, le Petit ThĂ©Ăątre de la reine Ă©tonne par l’Ă©quilibre de ses proportions, le raffinement propre au rĂšgne de Marie-Antoinette, d’inspiration antique et florale (cascades et guirlandes de fleurs portĂ©es par nymphes et enfants). Mique redessine aussi les jardins du Petit Trianon, dans le style anglais avec fabriques et hameau


La scĂšne est plus importante en surface et comprend une machinerie d’Ă©poque conçue par Pierre Bouillet : c’est l’un des tĂ©moignages prĂ©servĂ©s de la technologie utilisĂ©e pour les arts du spectacle au XVIIIĂš, permettant le changement des dĂ©cors grĂące aux panneaux peints qui pivotent sur un axe ou coulissent surun rail (pour les changements de tableaux) et qui sont Ă©clairĂ©s sur la scĂšne.
Ce thĂ©Ăątre de poche, en or et bleu, est inaugurĂ© en 1780, vĂ©ritable manifeste du style nĂ©oclassique : la Reine harpiste de talent, y joue la comĂ©die (celle de Beaumarchais, parfois dĂ©guisĂ©e en bergĂšre
) et chante dans les oeuvres de GrĂ©try, Sedaine, Monsigny… GrĂ©try est apprĂ©ciĂ© par la Reine comme il Ă©tait dĂ©jĂ  depuis 1771, favorisĂ© par la du Barry (pour elle, le compositeur crĂ©e Ă  Fontainebleau, ZĂ©mir et Azor, merveille rocaille et classique d’aprĂšs La Belle et la bĂȘte de Perrault).

Petit_Trianon,_theatre_entree_portique_de_la_Reine,_entrĂ©eReine Ă  Versailles, femme intime et hĂŽtesse aimable proche de ses amis Ă  Trianon, Marie-Antoinette favorise le charme et la poĂ©sie dans son domaine. Avant l’inauguration de son thĂ©Ăątre, Marie-Antoinette produit des spectacles dans la galerie du Grand Trianon, ou dans l’ancienne orangerie du domaine ; pendant 5 ans, la jeune reine se passionne pour la comĂ©die, offrant des rĂŽles Ă  ses proches au sein de la compagnie qu’elle a crĂ©Ă© : ” la troupe des seigneurs ” (avec la complicitĂ© du frĂšre du roi, le comte d’Artois). Les reprĂ©sentations s’achĂšvent Ă  9h du soir puis sont suivies d’un diner. Au thĂ©Ăątre de la Reine, les compositeurs qu’elle aime (entre autres ceux qu’elle a fait venir Ă  Paris, allemands, italiens…), sont favorisĂ©s : Gluck (IphigĂ©nie en Tauride), Piccinni (Le dormeur Ă©veillĂ©), Sacchini (Dardanus), GrĂ©try (l’indĂ©modable ZĂ©mir et Azor), sans omettre l’auteur engagĂ© Rousseau (Le devin du village), comme aussi les piĂšces Ă  la mode dont on se demande pour certaines si les aristocrates interprĂštes avaient bien mesurĂ© la teneur sulfureuse comme c’est le cas du Barbier de SĂ©ville de Beaumarchais. Aujourd’hui le Petit ThĂ©Ăątre de la Reine n’accueille pas de spectateurs pour des raisons de sĂ©curitĂ© mais il se visite sur rĂ©servation.