CD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings)

RATTLE-Simon-berliner-philharmoniker-portrait-adieux-critique-annonce-par-classiquenewsCD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings). Le Philharmonique de Berlin (Berliner Philharmoniker) poursuit ses Ă©ditions majeures, d’autant bienvenues pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©e 2018. Après les très bons coffrets dĂ©diĂ©s Ă  la tournĂ©e asiatique (ASIAN TOUR, avec deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration – deux poulains de l’écurie DG Deutsche Grammophon, la chinoise : technique et mĂ©canique Yuja Wang, le corĂ©en plus profond et nuancĂ©, Seong-Jin Cho) ; après l’excellente et lumineuse confrontation de la 6è de Mahler – celle de 1987, et celle de l’étĂ© 2018, l’adieu de Rattle au Philharmonique…, voici une somme attendue car très apprĂ©ciĂ©e lors de sa rĂ©alisation en… fĂ©vrier 2010 dĂ©jĂ . A la barre, Rattle, en complicitĂ© avec la pianiste Mitsuko Uchida dans l’intĂ©grale des 5 Concertos pour piano de Ludwig van Beethoven.

 
 

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Ici 3 cd, 1 audio Blu ray (24 bit / 48 khz high resolution, et 1 blu ray disc comprenant les vidéos des concerts mais aussi un bonus video (12 mn) où Mitsuko Uchida explique sa vision des Concertos de Beethoven et son témoignage sur l’expérience musicale qu’elle a vécu aux côtés des instrumentistes du Berliner Philharmoniker et de Simon Rattle…
Uchida a débuté son travail avec le Philharmonique de Berlin dès 1984, fut en résidence au sein de l’orchestre pendant la saison 2008 / 2009. Le cycle des 5 Concertos pour piano de Beethoven reste le volet le plus important de sa coopération avec l’orchestre. La qualité qui se distingue immédiatement de cette intégrale concertante est la vitalité, et aussi la puissance du geste interprétatif, auquel Mitsuko Uchida qui sait aussi être une étonnante diseuse au piano chez Schubert, donc affirmer tout en douceur, une éloquence intérieure très séduisante. L’enregistrement live sur le vif de ces 5 concerts ajoute aussi à leur relief et leur étonnante activité. Parution le 30 novembre 2018.

 
 

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Plus d’infos sur le site des Berliner Philharmoniker / page boutique / shopping :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/audio.html  
 

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Approfondir  
 
CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, versions de 1987 puis 2018 /1 blu ray – éditions Berliner Philharmoniker recordings)
http://www.classiquenews.com/cd-coffret-berliner-philharmoniker-simon-rattle-mahler-symphonie-n6-2-cd-1-blu-ray-editions-berliner-philharmoniker-recordings/

 
 
 
 

CD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6è Symphonie

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6è Symphonie. En guise d’adieux, comme directeur musical du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle enregistre ici la 6è de Mahler, en juin 2018 (mise en regard de leur enregistrement précédent en 1987). Evidemment la comparaison laisse se préciser plusieurs points esthétiques d’importance. Dont surtout une prise de son moins compacte et uniforme en 2018, avec un travail remarquable sur le détail et la ciselure de chaque mesure, révélant l’évolution du chef, d’architecture parfois dur à ses « débuts », quoique très engagé, vers un souffle intérieur filigrané, qui en 2018 montre une vive attention à l’énergie et l’activité de l’ombre qui sous-tend l’ensemble de la cathédrale orchestrale.
Pour un dernier enregistrement entre Rattle et l’Orchestre berlinois, le choix de la 6è peut se rĂ©vĂ©ler curieux : pas d’ample Ă©lan vocal et choral, pas de conclusion triomphale, dans la lumière ; plutĂ´t l’emprise du doute, de l’ombre, de l’inquiĂ©tude ; lesquels concluent le Finale, vif, acĂ©rĂ©, tranchant mĂŞme comme un coup du destin plus assĂ©nĂ© et subi… qui laisse interrogatif. Rattle s’est appropriĂ© le sens du dĂ©veloppement Ă  travers les 4 mouvements : il fait des questionnements de Mahler lui-mĂŞme sur sa vie et sur l’écriture symphonique, un terreau riche en idĂ©es, un fourmillement de sentiments mĂŞlĂ©s et contradictoire d’oĂą l’issue salvatrice ne surgit rĂ©ellement jamais. Pour Ă©clairer ce magma de forces sombres voire lugubres (coup de hache du marteau au cri sourd et froid, voire glacial), le chef Ă©tage et Ă©quilibre idĂ©alement les pupitres surdimensionnĂ©s des cuivres, des percussions… qui creusent davantage l’âpretĂ© et la tension constante du dĂ©veloppement. Les couleurs du destin (cors, trombones, tuba mais aussi vents dont les bassons…) sont magnifiques, leur dĂ©finition dans la totalitĂ© sonore, remarquable de prĂ©cision et de relief. De ce vortex Ă  la fois amer et majestueux, se dĂ©tache Ă©videmment le mouvement lent, – le seul vĂ©ritable avec celui de la 4è prĂ©cĂ©dente-, une pause oĂą s’alanguit et s’affirme l’idĂ©e du songe, suspendu, attendri avec Ă©videmment la citation de la nature (cloches des vaches) : le prĂ© Ă  vaches Ă©tant l’élĂ©ment central de ce ressourcement auquel aspire l’âme du poète compositeur, fuyant ce chaos de fin du monde, tel qu’il se prĂ©cise et s’enfle au dĂ©but du Finale justement. Rattle plus dĂ©taillĂ© que jamais, sans aucune duretĂ©, rĂ©tablit la morsure du destin, impitoyable machine Ă  broyer et soumettre. L’engagement du chef et sa complicitĂ© avec les instrumentistes du Berliner, en ce mois de juin 2018, atteignent un sommet d’expressivitĂ© incisive, aux Ă©lans Ă©perdus, fouillĂ©s, …assassinĂ©s, idĂ©alement bouleversants. Il fallait du courage pour conclure sur cette note lugubre et tendue, dĂ©pressive et presque maladive. Rattle y apporte toute son expĂ©rience et sa sensibilitĂ©, rĂ©alisant du maestrum mahlĂ©rien, un bain aux remous souterrains entre angoisse et impuissance mĂŞlĂ©es (de la part du hĂ©ros) qui convoquent le cosmos et laisse finalement dĂ©muni, dans le dĂ©pouillement quasi spectral de la fin. Somptueuse et courageuse fin de mandat.

 

 

 

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Le Berliner Philharmoniker n’a pas lésiné sur les moyens, réalisant une luxueuse édition discographique : le coffret à l’italienne, s’ouvre à gauche avec un boîtier très sobre contenant les 2 cd, soit les 2 versions de la 6è, celle de 2018, celle de 1987; le disc blu ray contenant les deux ; un double bonus video qui apporte les éclairages du chef sur l’oeuvre choisie et sur sa proximité et son travail avec les Berliner Philharmoniker, le temps de son mandat, de 2002 à juin 2018.
A droite, c’est un « an extensive companion book », un livre magnifiquement illustré récapitulant les temps forts de la direction de Rattle à Berlin, comme un journal de bord, avec le souvenir photographique des années de complicité et d’accomplissement musical.

 

 

 

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2 CDs + 1 Blu-ray Disc + Audio Download
Edition de luxe – 44,90 € (prix indicatif)

CLIC_macaron_2014Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction
Gustav Mahler : Symphonie n°6
CD 1: Recorded in June 2018 at the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 at the Philharmonie Berlin

Bonus videos
2 documentaires: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 

 

 
 

 

 

CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri (Rattle, LSO live, 2015).

CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri (Rattle, LSO live, 2015). Miroir d’un concert donnĂ© au Barbican Ă  Londres en janvier 2015, voici le cas Ă©difiant d’une prise qui aurait du s’abstenir tant la tenue des interprètes déçoit de bout en bout, confinant Ă  l’exĂ©cution scrupuleuse et sans risques.Perdant malgrĂ© son sursaut final, le fil avec ce Schumann rĂŞveur et languissant dĂ©finitivement absent.

 

 

schumann peri paradis un der peri rattle lso cd live critique review classiquenewsComme extĂ©nuĂ© avant mĂŞme de dĂ©buter l’ouvrage, le chef vedette, aujourd’hui ex primus du Berliner, Sir Simon Rattle dirige le LSO London Symphony Orchestra avec une attention qui confine souvent Ă  l’extĂ©nuation de toute expressivitĂ© ; un Schumann plus que dĂ©pressif : exsangue. Direction molle, qui rĂ©ussit certains passages pianissimi et murmurĂ©s, comme la langueur indicible du CD1, plage 14 : Im WaldesgrĂĽn am stillen See, rĂ©vĂ©lant aussi chez les solistes des timbres fatiguĂ©s, au grain usĂ© qui glisse sur le texte sans en restituer l’âpretĂ© linguistique ni les vertiges poĂ©tiques (l’alto Bernarda Finck dont le timbre et le chant sont l’ombre de ce qu’ils ont Ă©tĂ©) : le cas de Mark Padmore (le narrateur) et de Sally Matthews (PĂ©ri) se confirme en cours de soirĂ©e : ligne heurtĂ©e et alĂ©atoire, texte articulĂ© du bout des lèvres (en style shamalow pour le chanteur), et vibrato envahissant pour compenser un manque manifeste d’Ă©clat comme de prĂ©cision avec Ă©videmment pour la chanteuse britannique, une justesse parfois limite (son Verstossen! Verschlossen aufs neu dans la IIIème partie, confine mĂŞme Ă  la minauderie : le texte est gâchĂ© par un style contournĂ© et voilĂ© trop fortement vibrĂ©. Et mĂŞme le choeur dans le dernier morceau de la Partie II (Schalf nun und ruhe in Träumen voll Duft) dialoguant avec la PĂ©ri manque de nerf, de vivacitĂ© : problème Ă©vident de projection et d’articulation du texte. Faille absente chez la basse autrichienne Florian Boesch, mais Ă  nouveau c’est la tenue globale, ralentie qui finit par se diluer Ă  l’orchestre mĂŞme si le chanteur, fin diseur, garde le fil linguistique. Les passages les plus forts de cette fresque lyrique inclassable entre opĂ©ra et oratorio, selon le voeu de Schumann, restent les deux dernières sĂ©quences : oĂą l’Ă©prouvĂ©e connaĂ®t la rĂ©mission et le salut tant recherchĂ©s, accomplissement d’une quĂŞte harassante mais conduite coĂ»te que coĂ»te au delĂ  de la souffrance et du sacrifice. Aux couleurs onctueuses de l’orchestre, rĂ©pond la voix Ă©reintĂ©e des deux voix dĂ©fraĂ®chies et sans nerf de Matthews et Padmore, de toute Ă©vidence les maillons faibles de cette lecture bancale. Et curieusement, Rattle semble se rĂ©veiller dans les dernières mesures, pilotant avec nervositĂ© choeur, soprano, orchestre. C’est un peu tard.

Triste PĂ©ri

Au début de la partie III, avec les voix plus caractérisées et nerveuses du Quatuor de la Guildhall School, soudain la tension reprend de la vigueur. Mais retombe vite par la direction étrangement désincarnée du chef.

Hors des exigences de la pratique historiquement informĂ©e, souvent imprĂ©cise et donc molle, la lecture peine Ă  conserver un semblant de tension. C’est essentiellement un problème avec l’allemand qui pĂ©nalise l’expressivitĂ© globale, et aussi une vision continument molle dans la direction. On a connu l’Orchestre londonien plus mordant et a contrario dĂ©finitivement expressif et clair… (avec Gergiev par exemple : Elektra de Strauss. Goerne, Gergiev LOS Live, 2012). Casting perfectible, protagonistes en difficultĂ©s et dĂ©passĂ©s, orchestre grisâtre… Quel dommage. EnegistrĂ© avec les dernières avancĂ©es de la technologie (en DSD 128fs), le prĂ©sent enregistrement, artistiquement, reste faible et bien peu reprĂ©sentatif des capacitĂ©s de l’illustre phalange londonienne. AnnoncĂ© et prĂ©sentĂ© comme un Ă©vĂ©nement, le coffret est source de dĂ©ception. A Ă©viter.

 

 

CD, compte rendu critique. Schumann: Das Paradies und die Peri. Sally Matthews, Mark Padmore, Kate Royal, Bernarda Fink, Andrew Staples, Florian Boesch. London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus, Quatuor vocal Guildhall School. Sir Simon Rattle. 1 cd LSO Live LSO0782. Enregistrement live au Barbican Center de Londre en janvier 2015.

 

Cinéma. Direct de Berlin : le Concert du Réveillon 2014 par le Philharmonique de Berlin, Simon Rattle

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Cinéma, live de Berlin : concert de réveillon du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle, mercredi 31 décembre 2014, 17h30. En direct de Berlin, l’Orchestre Philharmonique de Berlin fête le réveillon de 17h30 à 19h sous la direction de Simon Rattle, dans les salles de cinéma. Le Gala from Berlin propose un programme éclectique comprenant la Suite des Indes Galantes de Rameau (pour commémorer les 250 ans de la mort du génie baroque né à Dijon), puis après la pause : la Suite tiré de l’opéra Hary Janos de Zoltan Kodaly, et le Concerto pour piano n°23 de Mozart en la majeur avec Menahem Pressler K 488. Outre l’excellence stylistique et esthétique de l’orchestre berlinois, le programme révèle la prise de risque des instrumentistes de Berlin en particulier dans le choix de jouer une œuvre baroque de surcroit française : Rameau reste l’un des compositeurs les plus difficiles à aborder à l’orchestre, d’autant plus sur les instruments modernes : tenue d’archet, jeu de cordes, attaques, ornements doivent nécessairement être repris du tout au tout : un défi pour les instrumentistes plutôt familiers du répertoire classique et romantique. C’est le même défi orchestral que défend aujourd’hui le jeune maestro Bruno Procopio, qui a récemment dirigé le Simon Bolivar Symphony orchestra et l’Orchestre philharmonique royal de Liège dans un programme entièrement dédié à Rameau. Le concert à Berlin pour ce 31 décembre devrait de ce point de vue être passionnant. D’autant que les musiciens du Philharmonique de Berlin ont déjà jouer Rameau… dont Les Boréades. Approche déjà audacieuse et porteuse de prouesse reconnue.

 

 

Gala from Berlin, en direct de Berlin, dans les salles de cinéma, mercredi 31 décembre 2014 à 17h30. Réservations sur www.akuentic.com

 

 

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon)

berliner philharmoniker abbado karajan great recordings cd deutsche grammophonCD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon). Le coffret est d’autant plus intĂ©ressant que concernant un seul et mĂŞme orchestre,  il permet de distinguer les qualitĂ©s ou certaines limites des chefs divers ici choisis pour illustrer le cycle d’enregistrements. De Klemperer Ă  Abbado,  sans omettre Boehm ou Kubelik en dehors des spĂ©cificitĂ©s de chacun, on reste saisi par les capacitĂ©s d’engagement expressif comme par l’Ă©quilibre plein et tendu de la sonoritĂ© qui se dĂ©tache, la capacitĂ© d’engagement de la part des instrumentistes est Ă©vidente, quelque soit l’Ă©poque et tout au long de la durĂ©e investie : des annĂ©es 1950 avec le mythique Furt jusqu’au dĂ©but 2000 avec l’incroyable et passionnant humaniste Abbado. Relevons les documents sonores qui restent les bandes les plus significatives.

Le cd Wagner fait valoir l’exceptionnelle tension du grand Furtwängler expert en grandeurs brĂ»lĂ©e jusqu’Ă  l’incandescence dans des temps ralentis trop peut ĂŞtre pour l’extase puis le prĂ©lude et la mort d’Isolde. Mais son Parsifal atteint des vagues habitĂ©es et mystiques de haute volĂ©e, et la formidable ouverture des Maitres chanteurs impose une fièvre dramatique rarement Ă©coutĂ©e jusque lĂ  …. si Parsifal est la flamme qui s’Ă©lève jusqu Ă  l’esprit le mieux distillĂ© Ă©vanescent, se rĂ©alisant dans le mystère le plus Ă©nigmatique,  le feu de ces MaĂ®tres chanteurs est le brasier primitif d’oĂą coule l’armure qui libère l’art et glorifie la culture. Cette maĂ®trise du temps oĂą l’instant se fait gouffre, abyme, Ă©ternitĂ©,  Furt en est habitĂ© jusque lĂ  moelle. Des crĂ©pitements de titan sauvage et visionnaire …

Curieusement dans ce jeu inĂ©vitable de la comparaison des baguettes pour un mĂŞme orchestre et quel orchestre! – c’est Boehm qui s’en sort le mois bien. Serviteur d’un Schubert puissamment symphonique dans les n°8 “InachevĂ©e” et N°9, sa baguette certes onctueuse et riche manque parfois d’activitĂ©,  de diversitĂ© agogique. .. l’Ă©quilibre et la beautĂ© très introspective du son sont louables mais on finit par s’ennuyer ferme dans une 8 ème trop … classicisĂ©e, …comme lointaine  dont le maestro très estimable cependant aurait comme gommĂ© toutes les secousses. C’est comme  si l’excellent dramaturge lyrique s’ammolissait lui-mĂŞme sans chanteurs. Mais en 1966 dĂ©fendre Schubert Ă  l’orchestre relève du mĂŞme dĂ©fi que celui de Bernstein ou Kubelik lorsqu’ ils dĂ©fendent de façon aussi originale qu’audacieuse le cycle Mahler tout entier tel que nous ne le contestons plus dĂ©sormais dans son intĂ©gralitĂ© comme une totalitĂ© organique. Boehm aura permis ici d’ouvrir des perspectives dont les phalanges sur instruments d’Ă©poque savent aujourd’hui tirer tout le bĂ©nĂ©fice. Donc pas si mal si on replace Boehm dans le contexte du goĂ»t des sixties.

D’un fini millimĂ©trĂ©, Ă  la fois analyste et architecte, solennel dans la grande forme comme d’une subtilitĂ© arachnĂ©enne, l’immense Karajan amorce la formidable machine cosmique et climatique d’Une Symphonie Alpestre : maĂ®tre Ă  vie du Berliner, Karajan fait tout entendre… depuis l’ascension des cimes, le maestro dĂ©miurge brosse l’immensitĂ© du paysage, exprime le colossal et l’organique, fait souffler un vrai grand vent, une houle organique (la tempĂŞte sur les reliefs pendant la descente) dans cette fresque qui sait palpiter instrumentalement malgrĂ© l’ampleur et la dĂ©mesure de son sujet.  Avec Ainsi parla Zarathoustra, Don Juan ou Don Quixotte, la symphonie alpestre reste l’une des partitions straussiennes les plus abouties de Karajan. Les amateurs sĂ©duits par l’Ă©quation Karajan Strauss se re porteront avec bĂ©nĂ©fice Ă  l’excellent coffret spĂ©cial Strauss par Karajan Ă©ditĂ© par Deux schĂ©ma Gramophone pour les 25 ans de la mort du chef salzbourgeois.

Schumann … Symphonies n°2 et n°4. Dans le flux orchestral se dĂ©tache une nette et vive activitĂ©,  des arĂŞtes très nerveusement sculptĂ©es qui portent peu Ă  peu tout le discours vers la lumière et l’exaltation annoncĂ©e. .. rĂ©alisĂ©e telle une inextinguible et irrĂ©pressible Ă©nergie.  Kubelik creuse l’Ă©lan et le vertige des seconds plans superbement ciselĂ©s aux cordes (I de la 2). D’une matière sonore primordiale dont il fait un maelström bouillonnant, il fait jaillir la pure volontĂ© qui organise peu Ă  peu le dĂ©roulement Ă  coups d’Ă©clairs,  de passionnantes prĂ©cipitations,  accĂ©lĂ©rations prĂ©monitions,  toute une palette d’Ă©lans divers,  frĂ©nĂ©tiques  et bruts puis injectĂ©s tels des ferments prometteurs rĂ©alisent peu Ă  peu la moisson orchestrale finale d’un puissant et de plus en plus irrĂ©pressible sentiment de conquĂŞte. Le Scherzo est une affirmation rĂ©pĂ©tĂ©e crĂ©pitante, exaltĂ©e mĂŞme : Kubelik s’appuie sur le relief très dĂ©taillĂ© des instruments le tout emportĂ© dans un feu de plus en plus dansant qui n’empĂŞche pas la tendresse nostalgique.

La surprise vient de la 9ème de Beethoven portĂ©e par un Giulini au sommet de son art en 1990… la puissance mesurĂ©e, l’Ă©nergie des contrastes surtout la vision humaniste et fraternelle globale Ă©difient une lecture passionnante de bout en bout. Le chef fait sortir du chaos avec dĂ©flagration superbement ciselĂ© aux tutti des cuivres, le flux de la pensĂ©e et tout l’allant de la symphonie vers cet ordre nouveau, source d’espĂ©rance et d’abandon lyrique et fraternel (adagio) et de nouveau monde (le final) …. la vitalitĂ© immense qui semble jaillir de l’instant oĂą elle s’accomplit place Giulini Ă  l’exact opposĂ© d’un Karajan si contrĂ´lĂ©, si disciplinĂ© et maĂ®tre absolu de tout : son Concerto pour violon avec Muter trop lisse, trop artificiel nous ennuie quand la sincĂ©ritĂ© et la finesse de Giulini font sortir la musique de toute solennitĂ© trop esthĂ©tique (dĂ©sincarnĂ©e). En lettrĂ© fin et subtil, Giulini rĂ©ussit avec une clartĂ© exemplaire le passage de l’Ă©quilibre des Lumières Ă  la vitalitĂ© romantique, cette ardeur et cette foi pour le renouveau qui soutend la gĂ©nĂ©ration de Beethoven.

Adieu, renoncement et geste d’une Ă©loquente sĂ©rĂ©nitĂ© au monde, la 9è de Mahler revĂŞt la forme d’un adieu personnel, intimement partagĂ© par le chef Claudio Abbado, un chef qui en 2002, dans ce live irrĂ©sistible, par sa tendresse Ă©lĂ©giaque et la gravitĂ© visionnaire annonciatrice de la fin proche, est affectĂ© par une maladie longue, certes remis, mais qui porte en lui les sĂ©quelles d’une lutte terrible et viscĂ©rale. Tout cela s’entend ici tant dans l’activitĂ© opulente de l’orchestre, tous les courants contradictoires et mĂŞlĂ©s du tissu mahlĂ©rien se dĂ©ploient avec une sincĂ©ritĂ© et une clartĂ© absolue. Le geste est millimĂ©trĂ©, les intentions serties de finesse et de profondeur. La conscience de la mort croise constamment une ardeur pour la vie chevillĂ©e au corps et Ă  l’âme qui font de ce tĂ©moignage enregistrĂ© sur le vif, une expĂ©rience musicale mĂ©morable. Un must absolu Ă©videmment.

Brahms (2005) : Concerto pour piano et orchestre. Piano extrĂŞmement alerte de Zimmerman parfois trop lisse sans guère de caractĂ©risation alors que de son cĂ´tĂ© Simon Rattle, d’une invention prodigieuse,ne cesse d’affiner une partition qui exprime au delĂ  de sa seule Ă©locution  pure, les gouffres et les vertiges des tempĂŞtes sentimentales qui sont en jeu.  Mais la limpiditĂ© du jeu, son dĂ©liĂ© impĂ©rial qui toujours prĂ©serve l’articulation et l’extrĂŞme Ă©lĂ©gance de ton, dĂ©livre  certes un message intense, violent, passionnĂ©, Ă©ruptif mĂŞme mais un Brahms olympien : oĂą a t on Ă©coutĂ© un final aussi JupitĂ©rien et d’une absolue confiance? La construction dramatique de l’orchestre sous la vision puissante et profonde du chef est un sommet. Toute la science du chef lyrique et conteur fait jour ici dans la finesse des climats enchaĂ®nĂ©s : elle confère Ă  la lecture une humanitĂ© hĂ©roĂŻque que l’enchaĂ®nement sans discontinuitĂ© des morceaux souligne. C’est organique, noble, Ă©lĂ©gant. .. un must Ă©videment sur le plan orchestral.

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle I Kubelik I Giulini I Boehm I Karajan  (8 cd Deutsche Grammophon).

Le Stravinsky un peu lisse de Simon Rattle (Emi classics)

CD.Stravinsky: Le Sacre du printemps, Apollon Musagète (Rattle, 2012)

Les Berliner et Simon Rattle fĂŞtent eux aussi les 100 ans du Sacre du printemps de Stravinsky, oeuvre scandaleuse crĂ©Ă© Ă  Paris en mai 2013. Quoiqu’on en dise, il reste difficile d’obtenir un son plus fusionnel et lisse qu’ici. Les orchestres sur instruments modernes ont depuis longtemps fait la dĂ©monstration des qualitĂ©s de brillance comme d’expressivitĂ© que personne aujourd hui ne saurait leur contester ni refuser. Les Berliner soignent en particulier la chaleur puissante et carrĂ©e de la sonoritĂ© globale. Voici donc une nouvelle version du Sacre, en une superbe ivresse instrumentale et d’une rondeur berlinoise idĂ©ale mais peut-ĂŞtre ce trop plein d’Ă©lĂ©gance hĂ©doniste dans Rondes printanières (cuivres lissĂ©s et presque dĂ©goulinants, ralentis des cordes un rien diluĂ©s) ou dans Jeux des citĂ©s rivales manquent justement de nerf, de cris, de transe, d’aspĂ©ritĂ©s contrastĂ©es.

Stravinsky un peu lisse

Stravinksy_sacre_printemps_apollon_musagete_emi_classics_rattle_berliner_cdLes amateurs de rugositĂ©s et d’incandescente expressivitĂ© sonore regretteront cette unification de l’orchestre, oĂą tout fusionne, tout se gorge d’un Ă©quilibre parfois artificiel, d’une motricitĂ© mĂ©canique, d’une puissance surdimensionnĂ©e au mĂ©pris des ciselures dynamiques… Reconnaissons cependant l’allant et la beautĂ© du son… bref, une version Ă  l’opposĂ© de l’approche historiquement plus juste des Siècles et François-Xavier Roth, sur instruments de la crĂ©ation soit de 1913 oĂą brille la facture française… lecture rĂ©volutionnaire s’il en est, dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e et convaincante au concert (pour le centenaire du Sacre en avril 2013), d’une magistrale Ă©lectricitĂ©. La tournĂ©e des Siècles se poursuit en mai et tout au long de l’annĂ©e 2013.

Dans les mouvements de pur abandon, comme Cercles mystĂ©rieux des adolescentes, le Philharmonique est capable de tisser une tendresse Ă  pleurer par ses accents d’une mĂ©lancolie languissante (a contrario de ce qu’on peut lire ici et lĂ , le Sacre est bien une partition de compassion, pour l’Elue finalement sacrifiĂ©e et Stravinsky, grand conteur et poète, chante ici la dĂ©sespĂ©rante et vaine prière voire la supplication des adolescentes contre le rite barbare qui les afflige… Oui donc pour la justesse, l’extrĂŞme musicalitĂ© du son et de l’approche, c’est une rolls pour une transe qui tarde rĂ©ellement Ă  venir…

En revanche, dans Apollon musagète, fresque et tableau d’une puretĂ© voire Ă©pure strictement nĂ©oclassique, le jeu des Ă©quilibre et l’extrĂŞme mesure des Berliner manque Ă  l’inverse de lumineuse transparence. Tout cela n”est rien que lisse et presque fade. Curieuse asthĂ©nie pour un collectif d’instrumentistes pourtant virtuose et qui aurait gagnĂ© Ă  jouer des mĂ©caniques dans une partition de musique pure.

Stravinsky: Le Sacre du printemps (1913, version de 1947), Symphonie d’instruments Ă  vent (1920), Apollon Musagète (version 1947). Berliner Philharmoniker. Sir Simon Rattle, direction. 1 cd Emi classics. Enregistrement live rĂ©alisĂ© en 2012.