CD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014)

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014). Outre la promesse et l’Ă©lan irrĂ©sistibles portĂ©s par une voix unique au monde aujourd’hui, Jonas Kaufmann nous montre quel puccinnien il est (après ses Verdi, Wagner, Schubert, et son rĂ©cent programme de chansons berlinoises des annĂ©es 1920 : “Du bist die Welt fĂĽr mich…”) : dans ce nouveau rĂ©cital romain de septembre 2014, sa force expressive et sa subtilitĂ© Ă©motionnelle fusionnent ici et font le miracle de son Nessun dorma et aussi, surtout, de son Dick Johnson, rĂ´le souvent caricatural Ă  la scène (comme l’est le baron Ochs, cousin pourtant profond de la MarĂ©chale, dans le Chevalier Ă  la rose de Strauss, sublime contemporain de Puccinien). La richesse du jeu d’acteur fait de chaque prise de rĂ´le un profil vocal et dramatique abouti souvent captivant. Heureuse sĂ©lection d’un couplage qui met en avant la capacitĂ© exceptionnelle du tĂ©nor pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle : puccinnien il l’est, et il le montre avec quelle finesse, et dans la puissance et dans la subtilitĂ© linguistique.

Le rĂ©cital dĂ©bute dans les affres et les vertiges extatiques de Des Grieux (sa sublime prière amoureuse vraie confession irrĂ©sistible) et de Manon Lescaut (en duo) premier vrai succès lyrique qui rĂ©vĂ©la le jeune Puccini sur la scène europĂ©enne.. on peut ĂŞtre gĂŞner par le timbre Ă©pais charnel de la soprano qui lui donne la rĂ©plique pour leur Ă©treinte sensuelle qui conclut l’air conquĂ©rant, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (oh saro  la più  bella…).
Plus convaincant sait ĂŞtre le tĂ©nor aux aigus dĂ©chirants et mordants (dĂ©sespĂ©rĂ©s) dans les deux dernières  scènes sombres et tragiques (pour Manon) : ah Manon, mi tradisce puis quand expire la jeune femme et la dĂ©ploration du pauvre chevalier impuissant et dĂ©muni  (Presto in fila)…
Les deux airs  qui suivent sont davantage captivants car ils ne cèdent pas Ă  la dĂ©clamation lyrique parfois aux Ă©panchements thĂ©atralisĂ©s de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Airs des opĂ©ras de jeunesse, si peu connus et Ă  torts. Tous deux d’après un livret de Ferdinand Fontana, ils montrent certes encore le compositeur dĂ©butant sous l’emprise du Verdi Symphonique (celui d’Aida) mais dĂ©jĂ  dans l’air de Roberto au II de Villi, perce une intensitĂ© brĂ»lĂ©e qui dans le rĂ´le du protagoniste fait l’Ă©paisseur d’un hĂ©ros terrassĂ©, Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ© et embrasĂ© par un sentiment tragique entre terreur et tristesse en lien avec l’atmosphère fantastique du sujet (l’air dĂ©bute avec les sanglots des femmes mortes dĂ©laissĂ©es ou trahies par leur amant ; une alerte pour Roberto qui a quittĂ© sa fiancĂ©e pour une courtisane et qui apprend alors qu’il a provoquĂ© la mort de son premier amour… ): ce que le diseur rĂ©alise sur les derniers vers “que tristezza”, -vertige de la raucitĂ© d’une voix capable tout autant d’aigus filĂ©s-, renforce au-delĂ  de la justesse stylistique de l’intonation, la sincĂ©ritĂ© et la puissance du texte. RemarquĂ© par l’Ă©diteur Riccordi, grâce Ă  Le Villi, Puccini se voit commander un nouvel opĂ©ra : Edgar. Les deux ouvrages mènent au triomphe de Manon Lescaut et sa couleur printanière, d’une ardeur juvĂ©nile qui semble couler tout au long de la partition tel un romantisme juvĂ©nile revivifiĂ©. Ce Roberto annonce l’Ă©toffe du Pinkerton, l’officier amĂ©ricain qui se rend compte mais trop tard lui aussi du mal qu’il a causĂ©…

L’ivresse et l’extase paraissent dans le seul souffle du tĂ©nor qui comme nul autre soigne et la beautĂ© de ses phrasĂ©s et la tenue colorĂ©e de ses aigus, offrant toujours une parfaite lisibilitĂ© et de ses propres sentiments et des enjeux de la situation : son Rodolfo laisse pantois par sa fluiditĂ© caressante, sa facilitĂ© Ă  la langueur, une dĂ©termination pour la suavitĂ© hallucinĂ©e, capable d’exprimer dans le murmure et les pianissimi lĂ  aussi embrasĂ©s, les Ă©motions les plus intimes (superbe duo Rodolfo et Mimi terminĂ© en coulisses, plage 8).

 

 

 

Jonas Kaufmann en puccinien fauve

Calaf, Rodolfo, Mario, Jonas Kaufmann sublime surtout le rĂ´le de Dick…

 

CLIC D'OR macaron 200GravitĂ© et juvĂ©nilitĂ©, ardeur (fĂ©line) et intensitĂ© radicale (comme s’il donnait tout car demain Ă©tant un autre jour, sa vie pouvait en dĂ©couler), le tĂ©nor fait de Mario Cavaradossi, peintre libertaire bonapartiste, rebelle dans l’Italie monarchiste et rĂ©pressive, une autre âme terrassĂ©e d’une force romantique irrĂ©sistible. Le travail sur Dick Johnson, voyou aventurier, prend une autre dimension en concertation / dialogue avec le tissu foisonnant et subtil de l’orchestre (l’un des plus riches selon le tĂ©nor visiblement inspirĂ© par l’ouvrage) : Kaufmann en fait un hĂ©ros tragique bouleversant exactement comme le voit l’hĂ©roĂŻne, la Fanciulla del West, Minnie ; le second air Risparmiate lo scherno… (celui d’un rouĂ© condamnĂ©, vilipendĂ© par la foule menaçante et sussurrant comme un serpent justicier) devient le dernier chant d’un condamnĂ© pour lequel orchestre et tĂ©nor trouvent et cisèlent des couleurs inĂ©dites, d’une force inouĂŻes… tragique, salvateur, voici le grand air d’exhortation Ă  l’Ă©lan cathartique, le plus beau de l’album : un Dick sublimĂ©, dĂ©voilĂ©, rĂ©vĂ©lĂ©… qu’on aimerait Ă©couter sur la scène tant cette incarnation discographique est saisissante.

TaillĂ© Ă  prĂ©sent pour les hĂ©ros militant nourri d’une revanche et d’une haine mais aussi capable d’une tendresse Ă  fleur de peau, Kaufmann fait un somptueux Rinuccio dans Il Tabarro, puis dans Gianni Schichi, capable d’un hymne fraternel qui semble exprimer toute la douleur des opprimĂ©s puis l’Ă©lan le plus facĂ©tieux : l’abattage linguistique et la pĂ©tillence du chanteur Ă©poustouflent dans les deux registres.

Tout oeuvre et tend vers son Nessun dorma : un hymne pour une aube nouvelle (“que personne ne dorme”… audelĂ  de la situation de terreur dans la continuitĂ© de l’opĂ©ra, c’est dans la voix du chanteur fraternel, la prière Ă©noncĂ©e Ă  l’humanitĂ© entière pour renouveler l’espoir d’une existence nouvelle). L’air le plus cĂ©lèbre qui a fait la gloire de son prĂ©dĂ©cesseur Pavarotti, est incarnĂ© avec une noblesse fauve par un tĂ©nor diseur au chant voluptueux et rugueux : oĂą a-t-on Ă©coutĂ© ailleurs une telle suavitĂ© Ă©perdue, une telle richesse harmonique du timbre, Ă  la fois cuivrĂ© et caressant ? D’autant que l’orchestre de Pappano rĂ©alise un travail d’orfèvre, rĂ©vĂ©lant des facettes instrumentales et des couleurs d’une finesse elle aussi envoĂ»tante (malgrĂ© quelques tutti assez ronflants que le chef aurait pu Ă©viter). Sublime puccinien : dommage que ses duos avec l’impossible soprano Kristine Opolais (timbre Ă©pais, imprĂ©cis, terreux) dont on ne saisit toujours pas l’utilitĂ© de sa prĂ©sence dans le prĂ©sent rĂ©cital.

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCd Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Jonas Kaufmann, tĂ©nor. Nessun Dorma, The Puccini Album : Manon Lescaut (DesGrieux), Le Villi (Roberto), Edgar, La Bohème (Rodolfo), Tosca (Mario) Madama Butterfly (Pinkerton), La Fanciulla del West (Dick Johnson), La Rondine (Roggero), Il Tabarro (Luigi), Gianni Schichi (Rinuccio). (1 cd Sony classical, enregistrement rĂ©lisĂ© en septembre 2014). Orchestre et chĹ“ur de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia. Antonio Pappano, direction.

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LIRE aussi notre annonce du cd Du bist die Welt fĂĽr mich… 

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Actualités de Jonas Kaufmann
Après avoir chantĂ© Don JosĂ© aux ChorĂ©gies d’Orange en juillet 2015, le tĂ©nor est Ă  Paris :
Le 12 octobre 2015, Paris, TCE : Ariadne auf Naxos (Bacchus), version de concert
Le 29 octobre 2015, Paris, TCE : RĂ©cital Puccini (programme de son album Sony)

Le 19 novembre au cinéma : Récital Puccini filmé à la Scala de Milan en juin 2015

Du 8 au au 20 décembre 2015 : Paris, Opéra Bastille : La Damnation de Faust (Faust, 6 représentations)