CD, compte rendu. Scriabine : Le Poème de l’extase (Valery Gergiev. 1 cd LSO Live 2014)

Gergiev dirigeantCD, compte rendu. Scriabine : Symphonies 2 (Le Divin Poème) et 3 (Le Poème de l’extase). London Symphony Orchestra. Valery Gergiev. Enregistrement réalisé à Londres en mars et avril 2014. 1 cd LSO Live. Parfaitement structurée tel un vaste triptyque au souffle messianique, aux visions extatiques, le Divin Poème qui est la Symphonie n°2 de Scriabine doit sa séduction à l’étoffe riche, flamboyante, parfois péremptoire ou pompeuse (mouvements 1 et 3, respectivement intitulés “Lento-luttes” et “Jeu Divin”), mais d’une orchestration scintillante qui s’impose dans l’admirable second mouvement (“Voluptés”) aux langueurs vénéneuses idéalement équilibrées grâce à une sensibilité pour la couleur et le chromatisme d’une activité saisissante.

 

 

 

Divine extase, scintillante volupté

 

 

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CLIC D'OR macaron 200L’Opus 43 composé entre 1902 et 1904 déploie sa parure envoûtante qui combine mysticisme et sensualité en une totalité enivrante que Gerviev a parfaitement mesuré, il sait la colorer et l’habiter d’une réelle puissance organique. Son travail dans l’opulent et le charnel trouve un prolongement supérieur encore avec la Symphonie n°3 “Poème de l’extase” (opus 54 de 1908), où aux accents sardoniques et grimaçants (poison irrésistible des cuivres) répondent à l’ivresse extatique des cordes conduites par les trombones et les cors d’une lascivité croissante de plus en plus éloquente. Il semble ainsi qu’au parfait milieu de la partition de presque 21mn ici, – soit à 11mn, le parfum de l’abandon total (qui associe violon solo et harpe) se dévoile presque impudiquement (mais sans excès), explicitement mais avec une finesse sonore et une transparence de timbres que la prise magnifie encore (prise SACD idéalement maîtrisée et porteuse d’un superbe sens du détail). La réussite de Gergiev est totale et magicienne, sachant révéler ce que peu de chefs savent exprimer, au delà de l’incandescence orchestrale, la pudeur (flûte) qui suspend son vol et paraît dans un pépiement d’instruments embrasés (13mn) avant que l’ombre et la morsure là encore parfaitement calibrés des cuivres n’emportent le tout en une série de transes et de spasmes à l’irréversible ravissement (14mn14). Musique orgiaque mais chant de révélation.

scriabine_alexandre--centenaire-1915-2015Soucieux de transparence comme de clarté et de scintillement, Gergiev exprime l’intense volupté du Scriabine autant sensuel que mystique qui réalise dans sa 3ème Symphonie, conçue comme un tout ininterrompu de moins de 21 mn, la forme d’un envoûtement croissant. Complice et pilote poète des instrumentistes du London Symphony Orchestra LSO, Valery Gergiev signe un disque enchanteur, un sublime hommage à Scriabine, poète lui-même des univers invisibles et éthérés d’un mysticisme qui se révèle dans une forme riche et vénéneuse portée à incandescence. Le geste suit un itinéraire clairement jalonné, où chaque séquence est un point d’accomplissement progressif. Sublime réalisation, de surcroît enregistrée en live, au Barbican Center de Londres en mars et avril 2014. Logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2015 et une nouveauté opportune en cette année 2015, qui marque le centenaire de la mort d’Alexandre Scriabine (1872-1915). LIRE aussi notre dossier spécial Alexandre Scriabine, centenaire 1915 – 2015

 

 

 

CD, compte rendu. Scriabine : Symphonies 2 (Le Divin Poème) et 3 (Le Poème de l’extase). London Symphony Orchestra. Valery Gergiev. Enregistrement réalisé à Londres en mars et avril 2014. 1 cd LSO Live (SACD). 1h04mn.