Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, CathĂ©drale Saint-Pierre, Histoires sacrĂ©es, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  Rennes. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebaptisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en musique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du programme Carissimi / Charpentier par le ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Stradivaria et Christian Gangneron, Ă  Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrĂ©es de Charpentier par Angers Nantes OpĂ©ra 2015 © Jef Rabillon

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scÚne.

Que donne une troupe lyrique en itinĂ©rance ? Que vaut l’expĂ©rience d’un chƓur habituĂ© aux salles d’opĂ©ra, confrontĂ© comme ici aux nouveaux dĂ©fis d’un trĂ©teau placĂ© dans une Ă©glise, Ă  la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique rĂ©verbĂ©rante incontrĂŽlable, dispositif scĂ©nique alĂ©atoire dĂ©pendant de la configuration du lieu (lequel Ă  priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les Ă©preuves ne manquent pour cette nouvelle production dĂ©fendue par Angers Nantes OpĂ©ra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du thĂ©Ăątre lyrique traditionnel et dans une forme repensĂ©e pour l’occasion. SubventionnĂ©s par les impĂŽts des contribuables, les maisons d’opĂ©ras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’Ă  ceux qui connaissent dĂ©jĂ  le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grĂące Ă  l’initiative d’Angers Nantes OpĂ©ra, de son directeur idĂ©alement engagĂ©, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et mĂȘme inverse, tout en respectant l’accessibilitĂ© du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller Ă  l’opĂ©ra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. PlutĂŽt que de venir Ă  l’opĂ©ra, c’est l’opĂ©ra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

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Angers Nantes OpĂ©ra diffuse l’opĂ©ra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des Ɠuvres est rĂ©flĂ©chi : les oratorios romains de Carissimi, crĂ©ateur du genre dans la Rome du XVIIĂš ; les Histoires sacrĂ©es de Charpentier, son Ă©lĂšve et tout autant gĂ©nial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’Ă©glise et son acoustique. Rien Ă  dire donc sur la trilogie sacrĂ©e Ă  laquelle nous assistons, dans le site oĂč nous la dĂ©couvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de JephtĂ© – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traĂźtre Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque Ă©vidente sous la voĂ»te de l’Ă©glise Notre-Dame de SablĂ©. C’est un prolongement aguerri Ă  SablĂ© car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes OpĂ©ra a fait tourner la production dans plusieurs Ă©glises de Nantes.

L’Ă©loquence des gestes, la succession des Ă©pisodes d’un dramatisme resserrĂ© parfois fulgurant prennent un sens rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans la rĂ©alisation du metteur en scĂšne Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour rĂ©ussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pĂąlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scĂšne et prĂ©sents en totalitĂ© tout au long de chaque sĂ©quence ; il faut un solide mĂ©tier pour vaincre et Ă©carter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevĂ© pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempĂ©rament, invitĂ© Ă  chanter et Ă  jouer, dĂ©fend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation Ă©difiante des actes de l’Histoire sacrĂ©e. Le jeu expressif prĂ©serve la surenchĂšre et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohĂ©rence renforce la sĂ©duction du triptyque : l’air de Jonas, dĂ©chirant de la part de celui qui connaĂźt mieux que personne la vacuitĂ© de la nature humaine, prĂ©figure dĂ©jĂ  en ouverture, la priĂšre dĂ©chirante de JephtĂ© puis de sa fille, Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectacle. UnitĂ© stimulante du triptyque.

 

 

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Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumiĂšre et sur ce fond noir qui dĂ©coupe les profils, chaque sĂ©quence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comĂ©die populaire de Latour, le tĂ©nĂ©brisme Ă©blouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vĂ©ritĂ© un spectacle dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, oĂč le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considĂ©rablement modifiĂ© les moyens de rĂ©alisation. Les voix habituĂ©es au grand rĂ©pertoire lyrique (XIXĂšme essentiellement) articulent pourtant, s’ingĂ©nient Ă  caractĂ©riser sans Ă©largir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrĂ©e, le style remarquable d’attention Ă  l’autre ; et le format sonore global rĂ©pond malgrĂ© la forte rĂ©verbĂ©ration Ă  l’obligation d’intelligibilitĂ© (conduit par le chef des chƓurs d’Angers Nantes opĂ©ra, Xavier Ribes) : l’Ă©quilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste dĂ©lectable du dĂ©but Ă  la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiĂ©s Ă  3 solistes trĂšs convaincants : le tĂ©nor HervĂ© Lamy (Jonas d’abord, puis trĂšs Ă©mouvant pĂšre de JephtĂ©), l’excellent Francisco FernĂĄndez-Rueda (intense, ardent, prĂ©cis : son Pierre est humain et finement tiraillĂ©), surtout – rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e : la soprano d’origine algĂ©rienne Hadhoum Tunc qui Ă©blouit par sa subtilitĂ© et sa grande maĂźtrise technique dans le rĂŽle de la fille de JephtĂ©. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idĂ©alement fluide malgrĂ© la trĂšs grande tension du rĂŽle, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractĂšre dans ce souci des Ă©quilibres prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©s.

La surprise est donc totale et la curiositĂ© comme l’enseignement moral, subtilement rĂ©alisĂ©s. Les initiatives de ce type sont rares : inĂ©dites mĂȘme dans l’Hexagone. Un ChƓur qui s’engage et se dĂ©passe ;  un metteur en scĂšne jouant finement des allusions cinĂ©matographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expĂ©rience du spectacle vivant, diffĂ©remment, dans l’intensitĂ© et la proximitĂ©. Stimulante aventure.
La production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra poursuit sa tournĂ©e en novembre 2015 Ă  Rennes (CathĂ©drale, le 4 novembre) puis en 2016, Ă  Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes OpĂ©ra pour connaĂźtre les derniĂšres dates des reprises du spectacle Histoires SacrĂ©es, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. SablĂ© sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrĂ©es : Carissimi (Jonas, JephtĂ©), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). ChƓur d’Angers Nantes opĂ©ra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scĂšne.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes OpĂ©ra. Baroque, Histoires sacrĂ©es, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebatisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en mussique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… A Rome au dĂ©but des annĂ©es 1660 (Ă  17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expĂ©rience de l’oratorio tel qu’il Ă©tait pratiquĂ© alors par Carissimi mais aussi les frĂšres Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend Ă  leurs cĂŽtĂ©s, Ă  maĂźtriser une langue sensuelle et dramatique d’une sĂ©duction inconnue en France. L’auteur de MĂ©dĂ©e (1693), fut nommĂ© au poste prestigieux de maĂźtre de musique Ă  la Sainte-Chapelle de Paris (1698, Ă  55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand SiĂšcle. MoliĂšre ne s’Ă©tait pas trompĂ© en prĂ©fĂ©rant alors Charpentier Ă  Lully, pour ses comĂ©dies ballets, quand Lully prĂ©fĂ©ra s’engager avec passion dans le genre de la tragĂ©die lyrique. MĂȘme s’il n’eut aucun poste officiel Ă  Versailles, Charpentier trĂšs apprĂ©ciĂ© du parti italophile (Duc de Chartres), suscita nĂ©anmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composĂ©es pour les messes du Grand Dauphin (dĂ©but des annĂ©es 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes OpĂ©ra dans les Ă©glises de Nantes dĂšs le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et Ă  Angers Ă  la CollĂ©giale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les Ă©glises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrĂ©e par Charpentier et Carissimi au XVIIĂš est une instance punitive et inflexible. Les actions reprĂ©sentĂ©es appellent Ă  l’humilitĂ©, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les hĂ©ros Ă©prouvĂ©s suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidĂšles venus en masse assister aux drames sacrĂ©s. Jonas est avalĂ© par la baleine parce qu’il avait dĂ©sobĂ©i Ă  l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humiliĂ© parce qu’il a reniĂ© sa foi ; surtout, chez Carissimi, JephtĂ© doit immoler son bien le plus prĂ©cieux, sa propre fille (un thĂšme que l’on retrouve dans d’autres Ă©pisodes Ă  l’OpĂ©ra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou IdomĂ©nĂ©e devant tuer son fils Idamante… mais Ă  la diffĂ©rence de JephtĂ© dĂ©finitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. DĂ©veloppĂ© puis perfectionnĂ© pour les Oratoriens de Philippe de NĂ©ri (dont l’ordre fut officialisĂ© par le Pape GrĂ©goire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premiĂšres expĂ©riences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhĂ©sion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisĂ© par le pape pour convertir les Ăąmes perdues depuis la RĂ©forme. Dans les annĂ©es 1640, Carissimi reprend Ă  son compte les modĂšles de musique sacrĂ©e thĂ©Ăątrale fixĂ©e par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au dĂ©but du XVIIĂš : il en dĂ©coule cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1660 : continuitĂ©, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pĂ©nitente (DR)