COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Jacobins, le 12 sept 2019. Pavel KOLNENIKOV, piano. BEETHOVEN. DEBUSSY


COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. F. CHOPIN. L.V. BEETHOVEN. C. DEBUSSY. P. KOLESNIKOV. Il ne fait rien comme les autres, Pavel Kolesnikov,  et Ă  30 ans, ce phĂ©nomĂ©nal pianiste russe est arrivĂ© Ă  rĂ©veiller le public de Piano aux Jacobins, le sortir du rituel bien Ă©tabli des douces soirĂ©es d’étĂ©. Kolesnikov casse en effet tous les codes. Mais de cet ouragan pianistique naĂźt une vĂ©ritable nouvelle Ă©coute des Ɠuvres aimĂ©es et que le public croyait connaĂźtre.

 

 

 

Sans recherche de style, comme en transe


Kolnesnikov le pianiste russe qui sidĂšre le public

 

 

PIANO PAVEL KOLESNIKOV copyright EVA VERMANDE portait classiquenews critique concert review classiquenewsQue neni, tout semblera neuf ! Personne ne se permet de jouer d’une traite, sans respirer, cinq morceaux de Chopin puis la sonate au clair de Lune de Beethoven. Comme en Ă©tat d’apesanteur le public, particuliĂšrement silencieux jusque dans un long silence aprĂšs la musique, exulte aprĂšs le dernier accord de la sonate. Ce qui se passe dans un tel concert est l’abolition de toute possibilitĂ© de critique, voir d’analyse. Tout est immersion sonore, piano expĂ©rimental, moderne et inclassable. Sans recherche de style, de toucher diffĂ©rent, de couleurs informĂ©es, Pavel Kolesnikov est comme en transe. Il joue avec une facilitĂ© dĂ©concertante, choisi gĂ©nĂ©ralement des tempi Ă  la limite de la rupture. Tant dans la rapiditĂ© dĂ©moniaque que la lenteur en apesanteur. Le dĂ©but de la sonate au Clair de Lune est hypnotique, le final  presto agitato furioso. Son Chopin est chaloupĂ©, dansant et Ă©tonnamment moderne dans des rythmes et des harmonies comme mise en lumiĂšre par un laser. Rien de joli ou d’agrĂ©able mais une sorte d’urgence et de fiĂšvre, une beautĂ© absolue du piano. AprĂšs l’entracte qui permet au public de retrouver ses habitudes mondaines, le retour du pianiste va le changer en public bien peu distinguĂ©, si, si 
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Les trois piĂšces de Debussy passent comme un ouragan de modernitĂ© et d’expĂ©rimentation pianistique. SonoritĂ©s dĂ©timbrĂ©es, nuances extraverties entre murmure et tonnerre, harmonie comme diffractĂ©e. Rien de la recherche d’un son ou un style français, mais une musique moderne et complĂštement nouvelle.

Sans marquer de pose l’enchainement avec les premiĂšres mesures de la sonate Waldstein ne marquent aucune rupture ni de sonoritĂ© ni de style. Comme Beethoven sonne moderne et original ainsi ! La fin du premier mouvement est si furieusement emportĂ©e que le public applaudi Ă  tout rompre complĂ©ment sidĂ©rĂ©. A-t-on jamais applaudi dans cet auguste cloĂźtre si Ă©trangement mal Ă  propos pour les usages mondains ? Rien ne se passe comme prĂ©vu, le public s’oublie
 Le dĂ©but du deuxiĂšme mouvement de la Waldstein dans un murmure dĂ©chirant devient fantomatique et comme exsangue. Le final sera prestissimo Ă  la limite des possibilitĂ©s de discrimination de l’oreille humaine. L’opposition des nuances est presque violente ; les couleurs s’entrechoquent entre le thĂšme aigu et le grondement du piano dans le grave. Dans l’aisance digitale surnaturelle du jeune prodige, les thĂšmes se superposent, se rencontrent s’opposent avec fureur. En pantalon noir et chemise blanche, avec une allure d’adolescent tout en finesse, la force qui se dĂ©gage de son jeu semble ne pas venir de son corps mais ĂȘtre complĂštement surnaturelle.
Trois bis passent comme un songe. J’y reconnais Chopin, mais cela me semble sans importance
 La stupeur petit Ă  petit s’estompe et l’analyse de ce qui a Ă©tĂ© si intensĂ©ment vĂ©cu peut se faire. VoilĂ  un concert inoubliable en raison de la puissance pianistique incroyable engagĂ©e par Pavel Kolesnikov ce soir. Un pianiste Ă  suivre comme une mĂ©tĂ©orite flamboyante et presque effrayante pour un jeune musicien.

 

 

 

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Compte-rendu concert. 40 Ăšme Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 12 septembre 2019. FrĂ©dĂ©ric Chopin (1810-1849) : Polonaise n°1 en do diĂšse mineur, Op.26 ; Valse n°1 en la bĂ©mol majeur Op.69 ; Impromptu n°1 en la bĂ©mol majeur Op.29 ; Fantaisie impromptu en do diĂšse mineur Op.66 ; PrĂ©lude n°15 en rĂ© bĂ©mol majeur op.28 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate N°14 en do diĂšse mineur Op.27 « Clair de lune » ; Sonate n°21 en do majeur Op.53 « Waldstein». Claude Debussy (1862-1918) : La neige danse, ext. de  Children’s corner ; Feu d’artifice, ext. de PrĂ©ludes livre 1 ; Mouvement, ext. d’ Images livre 1 ; Pavel Kolesnikov, piano. Illustration : © Eva Vermande