COMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. DIJON, le 12 fĂ©v 2020. PAUSET : Les ChĂątiments d’aprĂšs Kafka. CrĂ©ation

Kafka_portraitCOMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. DIJON, le 12 fĂ©v 2020. PAUSET : Les ChĂątiments d’aprĂšs Kafka. CrĂ©ation. En faisant un opĂ©ra d’aprĂšs les 3 textes de Kafka, «LES CHÂTIMENTS» (adaptĂ©s par Stephen Sazio), Brice Pauset qui rĂ©pond Ă  la commande de l’OpĂ©ra de Dijon, trouve la voie juste et la forme fluide entre partition orchestrale et flux thĂ©Ăątral. Les tĂ©nĂšbres bien manifestes dans le texte kafkaien font place pourtant ici Ă  une certaine Ă©motion diffuse grĂące Ă  la composition de Pauset qui Ă©claire de l’intĂ©rieur le triptyque, souhaitĂ© par Kafka lui-mĂȘme (portrait ci contre), Le Verdict (1912), La MĂ©tamorphose (1912) et Dans la Colonie pĂ©nitentiaire (1914). Des textes sombres et violents oĂč se jouent la relation du fils au pĂšre, des individus Ă  la loi, 
 non sans humour. Et mĂȘme un rire continu qui retrouve comme une libertĂ© cachĂ©e dans l’écriture kafkaienne. Une verve dĂ©sespĂ©rĂ©e et cynique mais qui est tendresse pour une humanitĂ© maudite, condamnĂ©e, corrompue par ses contradictions crasses.

 

 

 

PAUSET adapte KAFKA Ă  l’opĂ©ra
Une poétique du désenchantement


 

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La mise en scĂšne de David Lescot souligne le monde vascillant kafkaien, oĂč se rĂ©vĂšlent les pires instincts de domination, de meurtre lent et organisĂ© (la machine de Dans la colonie pĂ©nitentiaire). Se dĂ©tachent le plaisir sadique du pervers dominateur comme la culpabilitĂ© destructrice de la sa victime exploitĂ©e, travaillĂ©e, dĂ©naturĂ©e, prisonniĂšre d’un sac de noeuds qui la dĂ©passe totalement.
Ce qui a semblĂ© inspirer Pauset c’est la texture mĂ©taphorique de la prose de Kafka chantĂ©e en allemand ; chaque personnage, chaque situation vaut moins pour sa charge rĂ©aliste que son sens symbolique, rĂ©vĂ©lateur d’un labyrinthe personnel Ă©difiĂ©e comme un rempart contre la barbarie ordinaire : une dĂ©nonciation poĂ©tique de la folie humaine dont La MĂ©tamorphose est le visage le plus emblĂ©matique. DĂ©lire, fantasme, 
 et surtout dĂ©nonciation, la musique de Pauset rend claire et presque tangible, depuis les vagues sonores de la fosse, la vibration presque sourde mais continue d’un monde instable, intranquille qui peut d’une mesure Ă  l’autre, basculer dans l’horreur. Les Justes gĂšnent, menacent : ils sont donc assassinĂ©s ou torturĂ©s.

 

 

Ici, dans la vaste opĂ©ration onirique, quasi surrĂ©aliste d’un Kafka visionnaire, le monstre de La MĂ©tamorphose se change en Machine despotique (et ses aiguilles affĂ»tĂ©es) pour Dans la colonie pĂ©nitentiaire. On savoure ces rĂ©fĂ©rences au cinĂ©ma, bien sur Ă©vidente quand la production met en regard Elephant Man et le fils monstrueux (entre autres)
 Comme on salue la prĂ©paration des ensembles : parfaite synchronicitĂ© des voix unifiĂ©es comme dans l’unitĂ© d’un madrigal (La MĂ©tamorphose) car le corps social bien petit bourgeois s’unit contre le fils devenu monstre
 C’est le procĂšs de la diffĂ©rence haĂŻe : un thĂšme cher Ă  Kafka qui Ă©tait juif et homosexuel ; se sentait honteux en hypocondriaque qui pense qu’il n’a pas sa place dans la sociĂ©tĂ©.
Percus, timbres Ă©lectroniques s’associent Ă  l’orchestre sous la direction d’Emilio Pomarico font crĂ©piter la partition, vibration continue qui accompagne, en Ă©quilibres de timbres tĂ©nus, souligne, commente la parfaite inhumanitĂ© qui se dĂ©voile sur la scĂšne.
Rien à regretter de la distribution qui assure un relief vocal constant, voire percutant (le baryton Allen Boxer en Georg / Gregor / Officier). La couleur brillante et presque angélique des femmes (incarnées par Emma Posman en Frieda et Grete) perce le spectre de ce théùtre gris et étouffant, mais profond et presque poétique.

 

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A l’affiche de l’OpĂ©ra de Dijon, les 12,14 et 16 fĂ©vrier 2020 : Les ChĂątiments de Kafka (Le Verdict, La MĂ©tamorphose, Dans la Colonie pĂ©nitentiaire).  Illustrations : Gilles Abegg / OpĂ©ra de Dijon.