Compte rendu, opéra. Nanterre, Théâtre Bernard Marie Koltès, le 18 février 2015. Les Funérailles de la Foire (d’Après Fuzelier, Lesage, d’Orneval). Judith Le Blanc, mise en scène. Compagnie Les Pêcheurs de Perles. Avec Lucile Richardot (La Foire), Geoffroy Buffière (L’Opéra), Cécile Achille et Camille Merckx (les Comédies-Italienne et Française), Valentin Vander (un spectateur agacé, le Médecin, Mezzeval, le Public…).

CMBV-theatre-de-la-foire-les-funerailles-de-la-foire-lesage-comedie-parodieCLIC D'OR macaron 200Surprenante production où la Foire ne délire pas,  elle si astucieuse et facétieuse en diable. ..  agonise ici telle une mourante qui va expirer. Un spectateur d’ailleurs s’en offusque dès le début,  exprimant non sans justesse qu’il n’est pas venu ici pour pleurer mais bien pour rire. Une Foire qui pleure et sait émouvoir par des pleurs et lamentations déchirantes voilà qui trouble.  Mais la valeur du théâtre forain n’égale t elle pas par sa puissance et son invention les effets de l’Académie royale ? Comique et tragique se côtoient avec une exquise sincérité de ton. La situation pour surprenante qu’elle soit à l’avantage de dévoiler les caractères…L’agonie exacerbe les profils et si l’Opéra son cousin reconforte la condamnée,  les Comédies-Italienne et Française savourent non sans hypocrisie et cynisme la mort prochaine de leur rivale.

Les deux scènes concurrentes (Comédie Italienne et Comédie Française donc) sont de vraies chipies,  mordantes et perverses en diable, prêtes à tout pour faire tomber la Foire : Cécile Achille et Camille Merckx font des sirènes persiflantes jamais en reste d’une duplicité ; face à elles,  l’opéra paraît en casque emplumé façon XVII ème (référence à l’opéra de Lully), plus intéressé que réellement compatissant (le jeu du baryton Geoffroy Buffière devra encore s’affiner) ; c’est essentiellement la mezzo Lucile Richardot qui porte par son naturel délirant,  sa gravité expirante,  sa musicalité sûre et dramatiquement aboutie,  toute la subtile tension du spectacle. Dès le début, son chant du cygne trouble par sa profondeur,  son lugubre sublime qui montre combien tragique et comique fusionnent avec une grâce troublante, rare.

 

 

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A l’époque de la Querelle des théâtres au XVIIIème …

La Foire agonise et … ressuscite

 

Entre les 4 allégories, dont l’activité des confrontations évoque ici la querelle entre les théâtres parisiens,   un même acteur chanteur se distingue aussi : l’impeccable et hilarant Valentin Vander  glisse son évident plaisir théâtral dans la peau de plusieurs personnages : le spectateur outré dont nous venons de parler, Mezzeval, le médecin fossoyeur et ses citations latines qui citent constamment Molière,  un curé transi et un chanoine maladroitement chauffeur de fidèles (pour la messe des funérailles de la Foire), enfin le public qui montre en fin d’action combien il a bon goût … en lorgnant  le décolleté de la Foire. La justesse de son jeu multiple offre au caractère de la Foire,  un vrai partenaire, égal en souplesse expressive, en versatilité émotionnelle.

Tout le travail des chanteurs se concentre sur le jeu de scène … Avec d’autant plus de relief que le décor à part le fauteuil de la foire, se résume au vide du plateau. Sans artifice et sans décorum divertissant,  le spectateur se délecte des vaudevilles, des parodies d’airs tragiques qui émaillent le texte de Fuzelier et Lesage,  génies bien oubliés aujourd’hui de l’intelligence théâtrale. Les deux volets du drame datent de 1718 et 1721 ; ils composent un diptyque aux enjeux contrastés et complémentaires : les funérailles donc affirmant un beau tableau lugubre puis le retour à la vie de celle qui fut enterrée un peu trop tôt.

La succession des airs contrastés, le jeu finement caractérisé des 5 chanteurs-acteurs composent un concentré satirique, parodique, surtout drôlatique qui nourrit toutes les saveurs, d’une heure riche en performances ; captivant et divertissant, le spectacle fait la synthèse de l’histoire de l’Opéra-Comique, c’est à dire la scène lyrique à la marge de l’Académie royale.  Force est de constater qu’ici la contrainte et les règles imposées stimulent l’obligation de renouvellement et d’invention permanente.  Car la Foire continûment brisée,  toujours attaquée,  jamais atteinte, renaît bel et bien coûte que coûte: des funérailles à sa résurrection sans omettre l’hommage de tous, l’esprit forain reste  l’un des plus tenaces, probablement le plus inventif.  Pour preuve cette production qui file sans ennui,  fait rire tout en édifiant.  En combinant l’érudition vivante par ses nombreuses allusions et références, en jouant surtout la carte du parodique délirant,  préservant de facto l’essence de l’esprit comique,  le spectacle est une réussite réjouissante et à ce titre, un coup de cÅ“ur donc décroche le CLIC de classiquenews.  Ne manquez pas ses prochaines reprises.

 

 
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Compte rendu, opéra. Nanterre, Théâtre Bernard Marie Koltès, le 18 février 2015. Les Funérailles de la Foire (d’Après Fuzelier, Lesage, d’Orneval). Judith Le Blanc, mise en scène. Compagnie Les Pêcheurs de Perles (benjamin Pintiaux, collaboration artistique). Avec Lucile Richardot (La Foire), Geoffroy Buffière (L’Opéra), Cécile Achille et Camille Merckx (les Comédies-Italienne et Française), Valentin Vander (un spectateur agacé, le Médecin, Mezzeval, le Public…).

Illustration : Lucile Richardot incarne l’ensorcelante Foire © classiquenews 2015

 

 

Nanterre : Les Funérailles de la Foire

CMBV-theatre-de-la-foire-les-funerailles-de-la-foire-lesage-comedie-parodieNanterre. Théâtre Koltès. Les Funérailles de la foire. Le 18 février 2015, 13h30. Entrée libre. Aux sources de notre opéra comique, il y eut dès l’essor des opéras tragiques de Lully, ces parodies comiques et burlesques qui tout en caricaturant l’opéra héroïque s’est aussi constitué un genre propre, d’une liberté de ton et de forme inouïe d’autant plus remarquable que Lully avait réglementé de façon stricte c’est à dire très contraignante les spectacles avec chanteurs et musiciens. Pour contourner les lois, les concepteurs jouent de subterfuges, utilisent les marionnettes, inventant un spectacle neuf et inédit. A Nanterre, pas de marionnettes mais un plateau de solistes prêts à incarner les genres lyriques en présence : Comédies Italienne et Française, Opéra, sans omettre La Foire elle-même qui agonisant, voit sa dernière heure venir. C’est oublier la compassion fraternelle de son ami, L’Opéra qui envisage avec la mort de la Foire, sa propre déchéance. Pas de tragédie sans forains… Lire notre présentation complète Les Funérailles de la Foire

 

 

 

L’Opéra ressuscite la foire en danger …. Dans le premier acte, la mort de la Foire fait le bonheur de ses rivales : Comédies Française et Italienne, alors que l’Opéra, craignant pour ses finances, part aux Enfers pour ramener sa cousine la Foire parmi les théâtres vivants (deuxième et dernier acte).

Ce spectacle montre les difficultés rencontrées par l’Opéra Comique pour subsister à ses débuts. Comment aussi l’Opéra a besoin de son double parodique pour se développer…

Avec : Cécile Achille (soprano), la Comédie-Italienne ; Geoffroy Buffière (baryton), l’Opéra ; Camille Merckx (mezzo-soprano), la Comédie-Française ; Lucile Richardot (mezzo-soprano), la Foire ; Valentin Vander (baryton), le médecin, Mezzetin, le public, et plus. Instrumentistes : Camille Aubret (violon) ; Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe) ; Clémence Monnier (clavecin et restitution musicale).

Les Funérailles de la Foire (Compagnie Pêcheurs de perles) – durée : 1 heure.
Conception et mise en scène : Judith Le Blanc
Collaboration artistique : Benjamin Pintiaux

 

 

 

boutonreservationEntrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation préalable auprès du théâtre Koltès de Nanterre : billetterie.parisouest@u-paris10.fr et par téléphone : 01 40 97 56 56

+ d’infos sur le site de l’université PARIS X Nanterre

 

 

Nanterre : Les Funérailles de la Foire

CMBV-theatre-de-la-foire-les-funerailles-de-la-foire-lesage-comedie-parodieNanterre. Théâtre Koltès. Les Funérailles de la foire. Le 18 février 2015, 13h30. Entrée libre. Aux sources de notre opéra comique, il y eut dès l’essor des opéras tragiques de Lully, ces parodies comiques et burlesques qui tout en caricaturant l’opéra héroïque s’est aussi constitué un genre propre, d’une liberté de ton et de forme inouïe d’autant plus remarquable que Lully avait réglementé de façon stricte c’est à dire très contraignante les spectacles avec chanteurs et musiciens. Pour contourner les lois, les concepteurs jouent de subterfuges, utilisent les marionnettes, inventant un spectacle neuf et inédit. A Nanterre, pas de marionnettes mais un plateau de solistes prêts à incarner les genres lyriques en présence : Comédies Italienne et Française, Opéra, sans omettre La Foire elle-même qui agonisant, voit sa dernière heure venir. C’est oublier la compassion fraternelle de son ami, L’Opéra qui envisage avec la mort de la Foire, sa propre déchéance. Pas de tragédie sans forains…

L’Opéra ressuscite la foire en danger ….

On se souvient de l’excellente parodie Hippolyte et Aricie ou la belle mère amoureuse, porté par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles qui à l’occasion de centenaire de lamort Rameau 2014 avait restitué la vitalité irréverencieuse des spectacles parodiques à partir ici des opéras de Rameau. Voici une autre approche d’un même spectacle extrêmement populaire au début du XVIIIè… et avec certains artistes déjà remarqué pour Hippolyte (Cécile Achille).
Au XVIIIe siècle, nombreuses sont les comédies allégoriques qui mettent en abyme les concurrences et querelles subtilement orchestrées entre les différents théâtres parisiens. La Compagnie Pêcheurs de perles propose une adaptation des Funérailles de la Foire
(1718) et du Rappel de la Foire à la vie (1721) de Lesage, Fuzelier et d’Orneval, deux opéras-comiques qui font la part belle aux parodies d’opéra et personnifient les différentes scènes parisiennes : la Comédie-Française, la Comédie-Italienne, l’Opéra et la Foire. Ici seul le chant décalé, satirique et parodique des chanteurs porte le spectacle et sa charge comique : pas de marionnettes.

Dans le premier acte, la mort de la Foire fait le bonheur de ses rivales : Comédies Française et Italienne, alors que l’Opéra, craignant pour ses finances, part aux Enfers pour ramener sa cousine la Foire parmi les théâtres vivants (deuxième et dernier acte).
Ce spectacle montre les difficultés rencontrées par l’Opéra Comique pour subsister à ses débuts. Comment aussi l’Opéra a besoin de son double parodique pour se développer…

Avec : Cécile Achille (soprano), la Comédie-Italienne ; Geoffroy Buffière (baryton), l’Opéra ; Camille Merckx (mezzo-soprano), la Comédie-Française ; Lucile Richardot (mezzo-soprano), la Foire ; Valentin Vander (baryton), le médecin, Mezzetin, le public, et plus. Instrumentistes : Camille Aubret (violon) ; Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe) ; Clémence Monnier (clavecin et restitution musicale).

Les Funérailles de la Foire (Compagnie Pêcheurs de perles) – durée : 1 heure.
Conception et mise en scène : Judith Le Blanc
Collaboration artistique : Benjamin Pintiaux

Entrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation préalable auprès du théâtre Koltès de Nanterre : billetterie.parisouest@u-paris10.fr et par téléphone : 01 40 97 56 56

+ d’infos sur le site de l’université PARIS X Nanterre