CD événement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca). 20 ans aprĂšs son premier album, lĂ©gendaire, historique, dĂ©diĂ© Ă  la furiĂ  du Pretre Rosso, Antonio Vivaldi le VĂ©nitien (maĂźtre de choeur Ă  l’Ospedale de la PietĂ ), « La » Bartoli, mezzo romaine Ă  l’agilitĂ© expressive irrĂ©sistible, rĂ©cidive et publie en novembre 2018, un second opus VIVALDI, avec ensemble sur instruments d’époque. En 2018, ce nouveau cycle d’inĂ©dits et de perles lyriques oubliĂ©es, accomplit-il un second prodige ? Va-t-il susciter le mĂȘme engouement (et les mĂȘmes ventes, historiques en 1999 : 700 000 exemplaires alors achetĂ©s) ?

 
 
 

LIRE notre dĂ©pĂȘche annonçant les projets cd de Cecilia Bartoli dont ce nouvel album VIVALDI 2018
http://www.classiquenews.com/cd-decca-news-les-3-nouveaux-cd-de-cecilia-bartoli-rossini-camarena-vivaldi-ii/

En moins d’une heure, le nouveau cd collectionne les arias vivaldiens, avec fureur et virtuositĂ©, ou intĂ©rioritĂ© et pudeur, selon la rĂšgle souveraine des contrastes. On note moins d’airs de pure bravoura, dĂ©montrant l’énergique coloratoura dont Bartoli est devenue un emblĂšme contemporain en particulier dans le rĂ©pertoire baroque
 et jusqu’au bel canto bellinien.

 
 
 

LIRE notre article «  premiÚres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018 » (6 nov 2018)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-bartoli-vivaldi-ii-decca/

vivaldi opera giustinoLa diva en 2018 prolonge les qualitĂ©s de 1999 : une sorte de souplesse surexpressive qui par la force des choses est devenue naturelle, tel un ruban vocal Ă  la fois martelĂ© et suave. Ainsi comme nous l’avions dĂ©jĂ  observĂ© dĂšs dĂ©but novembre (premiĂšres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018), la mezzo dĂ©ploie une belle diversitĂ© de nuances propres Ă  l’articulation et Ă  la caractĂ©risation de chaque : comme l’écrivait le 6 novembre 2018 notre rĂ©dacteur Lucas Irom : « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in villa (1713 : un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ? C’est un peintre du coeur humain parmi le splus inspirĂ©s
 autant que BACH ou Haendel. Cecilia Bartoli enflamme les esprits dans le registre cantabile, ici suivant les pas du castrat crĂ©ateur Bartolomeo Bartoli.

 
 
   
 
 

BARTOLI 2018
Une voix qui s’est durcie et resserrĂ©e, avec des aigus durs, mais


Des phrasés toujours aussi magiciens

 
 
   
 
 

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur  »

Nous n’en dirons pas davantage, sauf Ă©videmment, une maĂźtrise intacte malgrĂ© l’oeuvre des annĂ©es (20 ans ont passĂ©) dans l’émission des phrasĂ©s (toujours trĂšs convaincants) rĂ©vĂ©lant un souci dĂ©lectable du texte. La couleur et le caractĂšre de chaque situation sont idĂ©alement compris et magnifiquement incarnĂ©s. Brava signora Bartoli.

 
 
   
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca – 58 mn).

 
 
 
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DĂ©tail du programme :

 
 
 

Argippo, RV 697
1 « Se lento ancora il fulmine », Zanaida

Orlando furioso, RV 728
2 « Sol da te, mio dolce amore », Ruggiero

Orlando furioso RV Anh. 84 (version 1713-1714, attribuée à Ristori)
3 « Ah fuggi rapido », Astolfo

Il Giustino, RV 717
4 « VedrĂČ con mio diletto », Anastasio

La Silvia, RV 734
5 « Quell’augellin che canta », Silvia

Ottone in villa, RV 729
6 « Leggi almeno, tiranna infedele », Caio

La VeritĂ  in cimento, RV 739
7 « Solo quella guancia bella », Rosane

Andromeda liberata, RV Anh. 117
8 « Sovvente il sole », Perseo

Tito Manlio, RV 738
9 « Combatta un gentil cor », Lucio

Catone in Utica, RV 705
10 « Se mai senti spirarti sul volto », Cesare

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Ensemble Matheus / Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

1 CD Decca 2018
58mn