COMPTE RENDU, opéra. Varsovie, Opéra, le 16 août 2019. Stanislaw Moniuszko : Le Bâtelier. Europa Galante, F BIONDI.

COMPTE RENDU, opéra. Varsovie, Opéra, le 16 août 2019. Stanislaw Moniuszko : Le Bâtelier. Europa Galante, F BIONDI. VARSOVIE est un lieu où la flânerie peut apporter des belles perspectives et des promesses de rencontres avec la riche histoire de la Pologne. Si bien, dans ce centre historique martyre de la barbarie nazie, on voit se côtoyer à la fois la gloire reconstruite de la Rzeczpospolita avec le célèbre château du roi Auguste le fort, amoureux de l’opéra, et les monumentaux ensembles de l’ère communiste. On arrive à apercevoir en contrebas le domaine de Mélusine, cette Vistule aux remous mystérieux que de paisibles bâteliers sillonnent toujours.

La Sirène de la Wisla

Stanislaw Moniuszko classiquenews portrait opera concert critique operalI y a deux siècles naissait STANISLAW MONIUSZKO, le plus grand compositeur avec Chopin, du romantisme Polonais. Connu surtout pour ses œuvres comiques, Moniuszko n’a pas moins composé des ouvrages sérieux (Paria) et une multitude d’autres œuvres. La musique de Moniuzsko, même si elle est le creuset d’une multitude d’influences italiennes et françaises, elle reste unique puisqu’elle a donné voix à la résilience culturelle Polonaise. En effet tout comme Jan Stefani dans son Miracle Supposé, Moniuszko se fait le chantre d’un pays opprimé par trois pays. Dans Flis, Moniuszko fait une belle photographie musicale de la vie de Varsovie.

Pour l’auditeur du XXI ème siècle, la musique de Moniuszko ne ressemble à aucune autre, elle est un savant mélange de vivacité et de mélancolie. On retrouve dans toutes ses mesures l’âme de cette Pologne qui a refusé de disparaître. Quel plaisir de retrouver cette belle partition défendue avec une énergie enthousiasmante par Fabio Biondi et son Europa Galante.

Connus évidemment pour ses merveilleuses productions et enregistrements baroques, Fabio Biondi, depuis une petite dizaine d’années nous a révélé un aspect moins connu de ses talents de chef. En s’attaquant d’abord à Bellini ou à Verdi, il leur insuffle une énergie nouvelle. Après Halka en version italienne, dont le fantastique enregistrement est disponible en France, il poursuit son exploration du répertoire de Moniuszko avec Flis.

Installés ce soir carrément sur le colossal plateau de l’Opéra de Varsovie, le plus grand d’Europe, on apprécie l’acoustique surprenante sous les cintres de cette scène immense. Au coeur des gradins on retrouve donc l’Europa Galante et le fabuleux Choeur de Podlasie. L’orchestre sur instruments d’époque révèle toute la finesse et les couleurs éblouissantes de la partition de Moniuszko.

Dès l’ouverture, on ressent le ressac des ondes de la Wisla, la demeure de la sirène de Varsovie, l’immensité du fleuve, succède à ses torrents, ses méandres capricieux et ses flots puissants. Moniuszko déploie en un seul acte toute la belle orfèvrerie de son génie et maestro Biondi lui rend tout à fait justice en interprétant à merveille ce chef d’oeuvre.

La distribution est convaincante. On remarquera la Zosia merveilleuse d’Ewa Tracz, avec une voix grande et équilibrée dans toute son étendue. Riche dans les graves et dans le médium et brillante dans les aïgus. Nous avons été émus plusieurs fois par ses interventions d’un beau dramatisme. Face à elle, le ténor Matheus Pompeu, incroyable de nuances ; à l’image d’un Michael Spyres, sa voix nous émerveille tout au long de son incarnation de l’amoureux Franek. De même nous avons adoré le baryton Mariusz Godlewski, désopilant en tant que Jakub, le coiffeur éconduit et prétentieux, dont l’air “Ach nie mow tego Zosiu mila” (Scène IX) est un petit bijou que tout baryton devrait inclure dans son répertoire. Le reste de la distribution a offert à la soirée une très belle interprétation, digne d’être considérée par tout passionné ; soit un futur joyau pour figurer dans sa collection dès que l’enregistrement sera disponible.

Après la dernière nuit à Varsovie, en passant de la place Pilsudski à l’imposant et iconique Palais de la Culture, à chaque pas on sent battre le coeur de la ville qui affrontera les tempêtes envers et contre tout… Il est l’heure que les chants de sa belle sirène soient entendus partout parce qu’ils sont d’une beauté enivrante.

COMPTE RENDU, opéra. Varsovie, Opéra, le 16 août 2019. Stanislaw Moniuszko : Le Bâtelier. Europa Galante / F BIONDI
Scène du Teatru Wielki- Opéra National – 20h

Stanislaw Moniuszko (1819 – 1872)
Flis (1858) – Le Bâtelier

Antoni – Aleksander Teliga – basse
Zosia – Ewa Tracz – soprano
Szostak – Wojtek Gierlach – basse
Franek – Matheus Pompeu – ténor
Jakub – Mariusz Godlewski – baryton
Feliks – Pawel Cichonski – ténor

Choeur Philharmonique et d’Opera de Podlasie
chef de choeur – Violetta Bielecka

Europa Galante
dir. Fabio Biondi