CD, coffret. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd)

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrères anglo-saxons dès avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois après la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂŞme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fièvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’Ă©criture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂ´tĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂŞme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂ®tre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂ´tĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de SĂ©belius, le plus grand symphoniste du XXè après Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

sibelius great performances decca box coffret review critique compte rendu 11 cd compte rendu critique classiquenews

collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fièvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂ®t ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprète des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans après Kajanus, Anthony Collins partage la mĂŞme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cĹ“ur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modèle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂ®nĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libère en fin de cycle (Ă  16mn, après 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’Ă©loquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste.

Entiers, souverains dans leur compréhension fortement personnalisés, dans le sillon de Collins, les autres chefs accréditent chacun par la justesse de leur approche, ce coffret plus que recommandable : nécessaire pour qui veut écouter plusieurs propositions de caractère, à des années lumières de la sonorité lisse et fade servie par les uns et les autres plus récents.

De Anthony Collins Ă  Sir Alexander Gibson...

Sibelius : une tradition londonienne

NPG x129513; Sir Alexander Drummond Gibson by Sefton SamuelsCD11 : le top. Dans une prise magnifique (dĂ©taillĂ© et opulente de 1960), l’Ă©cossais Alexander Gibson (dĂ©cĂ©dĂ© en 1995) montre (avant Gergiev) la vitalitĂ© exubĂ©rante et mordorĂ©e des instrumentistes du LSO London symphony orchestra : vivifiant les vertiges et contrastes de la Symphonie n°5 il stupĂ©fait par sa direction souple et incisive. Houle ocĂ©ane et frĂ©missements Ă  la fois gorgĂ©s de vie et d’une puissance inquiĂ©tante, mais aussi baguette analytique oĂą scintillent tous les instruments en une course saisissante : la vision est Ă©lectrisante : Gibson est un sibĂ©lien de première valeur. Plus olympien mais non moins dyonisiaque, Gibson semble 10 ans après Collins, recueillir et rĂ©gĂ©nĂ©rer le flux organique et la transe lĂ©guĂ©e au mĂŞme orchestre par Anthony Collins. La science des climats intĂ©rieurs, la tension collective, surtout la construction et les Ă©quilibres sont remarquables… preuve qu’il y a bien une tradition organique et viscĂ©rale de l’interprĂ©tation sibĂ©lienne Ă  Londres. La dĂ©monstration est Ă©loquente et demeure l’enseignement le plus frappant de ce coffret anthologique. Dautant que la prise Decca de 1958 est Ă©blouissante : un modèle du genre, dĂ©taillant chaque pupitre, chaque instrument dans le respect des Ă©tagements naturels d’un orchestre en salle. Cuivres et cordes en Ă©tat de transe, lyrisme des bois et scintillement des vents sont Ă©poustouflants. A connaĂ®tre en urgence. Gibson, Ă©galement très grand chef lyrique (il est devenu en 1957, l’annĂ©e qui prĂ©cède cet enregistrement lĂ©gendaire, le plus jeune directeur du Sadler’s Wells Theatre), s’est taillĂ© une très solide rĂ©putation dans l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires nordiques, Nielsen et Sibelius, mais c’est au service de ce dernier que sa direction Ă  la fois Ă©lĂ©gante et très dĂ©taillĂ©e comme intensĂ©ment dramatique suscite les honneurs. Les annĂ©es 1960 sont florissantes pour ce tempĂ©rament viril et d’une sensibilitĂ© rare : après avoir fondĂ© l’OpĂ©ra d’Ecosse en 1962, il est anobli par la reine en 1967. HĂ©doniste certes, Ă  la façon d’un Bernstein qui paraĂ®trait presque plus dĂ©braillĂ© en comparaison, Gibson exprime l’Ă©quilibre des forces premières d’une nature rĂ©ellement indomptable oĂą par blocs entiers, il dĂ©place le curseur, imposant tour Ă  tour, l’harmonie des bois, la frĂ©nĂ©sie des cordes, l’ampleur hallucinante des cuivres (jusque dans leur dissonances vertigineuses), chacun affirmant au dessus des autres mais très sereinement sa propre Ă©nergie. Le troisième et dernier mouvement est d’une force et d’une limpiditĂ© inouĂŻe, exprimant ce dialogue sous-jacent entre toutes les parties, portĂ©s Ă  un degrĂ© d’intensitĂ© dansante (jusqu’au 7 accords finaux, taillĂ©s comme des gemmes). Rien que pour cette lecture, le coffret mĂ©rite toutes les palmes. Dautant que succèdent Ă  cette 5ème exceptionnelle, les Suites Karela, Roi Christian II, et dans leur première rĂ©alisation discographique : l’Intermezzo de pellĂ©as, la Valse triste, Finlandia.

monteux pierrePierre Monteux (cd 10) participe aussi au prestige sibĂ©lien du LSO dans une Symphonie n°2 (1952) Ă  tomber, rugueuse et âpre d’une vitalitĂ© printanière et mordante quand il faut l’ĂŞtre ; animĂ©e, hallucinĂ©e, et pourtant sculptĂ©e comme peu autour de lui, avec un goĂ»t (français?), une Ă©lĂ©gance dĂ©taillĂ©e et analytique qui saisit. Ce dramatisme Ă©pique, cette vision scintillante se distinguent aussi nettement par son souffle et sa prĂ©cision, un goĂ»t et un style admirables. D’autant quen immense chef lyrique, Monteux sait aussi caractĂ©riser un climat, un Ă©pisode avec une rythmique organique trĂ©pidante (Vivacissimo du 3me mouvement jouĂ© très nerveux et vif, sans Ă©quivalent dans la discographie, contrastant avec le lento e suave, en un geste ample, fluide, vertigineux : la science de la direction est magistrale., et quelle sonoritĂ© des cuivres, aussi nobles et spectaculaires que sous la direction de Gibson.

Van Beinem avec le London Philharmoonic orchestra et le soliste Jan Damen offre une intĂ©ressante lecture du Concerto pour violon (1953) : beaucoup de fièvre dans l’esprit de Collins mais dĂ©jĂ  la flamme s’est assagie.

rosbaud Hans-Rosbaud-350Hans Rosbaud Ă  la tĂŞte du Berliner Philharmoniker (1954, 1955, 1957, 1958) dans une esthĂ©tique plus compacte, nĂ©anmoins riche en sursauts et souci du dĂ©tail, montre combien Sibelius relève de Wagner, Bruckner et des russes dont TchaĂŻkovski Ă©videmment, n’hĂ©sitant pas Ă  obtenir des tensions telluriques entre les pupitres de l’orchestre. De Finlandia, il fait surgir le monstre indomptable puis dansant en une transe assourdissante. Le geste reste viscĂ©ralement enflammĂ©.

L’heureux couplage prĂ©sente aussi les Ĺ“uvres chambristes dont le Quatuor Voces intimae qui rĂ©vèle au fond le vrai tempĂ©rament de Sibelius : celui d’un contemplatif introspectif, grave sans ĂŞtre dĂ©pressif (Griller Quartet, 1951).

tuxen erikSur le mĂŞme cd 6, la version de la Symphonie 5 opus 82 par Erik Tuxen et l’orchestre national symphonique de la Radio Danoise en 1952, est toute de finesse et de mystère sensuel : preuve que dans les rivages nordiques proches, le massif sibĂ©lien, riche en paysage, inspire particulièrement un chef visiblement habitĂ© par le souci et la conscience du gĂ©nial compositeur. Tuxen libère la force sauvage et le feu printanier, – encore bien prĂ©sents au terme des 7 derniers accords-, une activitĂ© souterraine et primitive, ses Ă©clairs intimes comme sa furieuse Ă©nergie avec toujours un souci de l’Ă©quilibre et du relief des instruments qui s’avère passionnant. Tuxen emporte avec une rage conquĂ©rante Finlandia en 1954 :geste vif, fusion lumineuse des instruments, surtout fièvre collective, miroir emblème de toute une nation qui se lève et affirme son indĂ©pendance.

CD, compte rendu critique. Coffret Jean Sibelius : great performances. Symphonies, musiques de scène et poèmes symphoniques: Alexander Gibson, Anthony Collins, Bertil Bokstedt, Charles Mackerras, Eduard Beinum, Hans Rosbaud, Pierre Monteux. London Symphony orchestra, Danish state radio symphony orchestra, Concert gebouw orchestra, Berliner Philharmoniker, London Proms symphony orchestra. Mélodies : Birgit Nilsson, Kirsten Flagstad. Enregistrements réalisés de 1950 à 1960 (11 cd Decca 478 8589). CLIC de classiquenews octobre 2015.