CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca)

OZAWA SEIJI BEETHOVEN 9 MITO chamber orchestra concert cd critique cd review classiquenews 4832566_SO_B9_A_FC-240x240CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca). 45 ans aprĂšs son tout premier enregistrement pour Philips, le vĂ©tĂ©ran lĂ©gendaire, maestro Seiji Ozawa relit le sommet des symphonies romantiques germaniques : la 9Ăš de Beethoven; Ă  l’ñge de 83 ans, Ă  la tĂȘte du Mito Chamber Orchestra (fondĂ© en 1990), le chef – directeur musical de l’orchestre nippon Ă  partir de 2012-, montre en dĂ©pit d’une longue maladie dont il sort petit Ă  petit, une Ă©nergie nerveuse prĂȘte Ă  dĂ©coudre avec le massif beethovĂ©nien.

Le premier mouvement, frĂ©missant, tendu, incandescent reconnecte le sentiment tragique Ă  l’univers ; on y lit dans cette lecture nerveuse, mordante, Ă©ruptive, acĂ©rĂ©e et incisive, la volontĂ© d’en dĂ©coudre ou de faire surgir coĂ»te que coĂ»te, et en urgence, une rĂ©solution au conflit. C’est la rĂ©itĂ©ration de plus en plus prĂ©cise, claire d’une phrase qui rĂ©capitule toutes les guerres et leur essence tragique, extinction, barbarie, enfin reformulĂ©e de façon dĂ©finitive et enfin claire Ă  16mn : Ozawa, pilotant un effectif chambriste, sculpte la matiĂšre orchestrale avec une prĂ©cision de fauve, de loup en panique, pressĂ© par l’obligation et l’urgence de rĂ©solution. L’engagement des instrumentistes produit une tension d’ensemble, une motricitĂ© collective qui fait feu de tout bois. Quand enfin dans les derniĂšres mesures, s’énonce l’équation rĂ©ponse qui est une dĂ©claration affirmĂ©e, le sentiment de rĂ©solution peut s’accomplir. Tout est dit : tout est clair.

Le 2Ăš mouvement est d’une Ă©nergie primitive, Ă©purĂ©e, sautillante, vrai ballet, Ă  la fois pulsation pure, et ciselure cristalline, vif-argent, enfin sans contrainte ; une nouvel Ă©lan, celui d’un espoir neuf
 Si dans le premier mouvement il s’agissait de regretter et pleurer les morts et les victimes colatĂ©rales des batailles, ici, le courage recouvrĂ©, et l’espoir revivifiĂ©, transcendĂ© (cor, basson
), la volontĂ© de victoire, irrĂ©pressible et comme Ă©lectrisĂ©e, animent toutes les troupes pour un nouveau combat (le dernier?)/ timbales, piccolos indiquent la marche heureuse (inconsciente ?), Ă©nivrĂ©e, Ă©perdue. Ozawa redouble de nervositĂ© dĂ©taillĂ©e, d’une frĂ©nĂ©sie primitive, Ă©noncĂ©e avec l’urgence d’une force juvĂ©nile. Le travail du chef dans les nuances, l’élan, la clartĂ© de l’architecture y paraĂźt le plus manifeste et intelligible. C’est un concert parfaitement Ă©quilibrĂ© qui gagne un relief dĂ©cuplĂ© dans cette version recentrĂ©e sur un effectif essentiel (chambriste). La motricitĂ© et le souci de dĂ©tail sont superlatifs.
Voyez comme Ă  7:51 : une Ă©tape est franchie soudainement, dans le sens d’une organisation et d’un objectif nouveau, plus trĂ©pidant encore qui reprend la frĂ©nĂ©sie du dĂ©part, une armĂ©e se met en mouvement.

Dans l’Adagio, sans s’alanguir vraiment, Ozawa fait chanter cordes et bois, en un Ă©noncĂ© plus feutrĂ©, rentrĂ©, priĂšre fraternelle qui devient appel au renoncement accompagnĂ© des pleurs aux violons, un rien maniĂ©rĂ© (8:40) ; Beethoven aprĂšs l’évocation de la barbarie en un souffle tragique, ayant repris possession d’un espoir inespĂ©rĂ©, exprime ici une confession intime qui dans le sens de la fraternitĂ©, indique clairement l’espoir d’un monde nouveau. Il y manque certainement l’ampleur d’enivrement d’autres versions ; Ozawa semble demeurĂ© dans les instruments, Ă  hauteur de pupitre, dans les cordes spĂ©cifiquement. Il lui manque un soupçon de distance rĂ©conciliatrice, de souffle poĂ©tique.

 
 
 

Du chant des armes
à la priùre des cƓurs
OZAWA plus fraternel que jamais

 
 
 

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Le destin frappe alors dans le 4Ú mouvement « Presto »: urgence nouvelle qui est trÚs ralentie, exposée avec lenteur par les contrebasses.

On comprend bien la construction de ce massif ultime du gĂ©nie beethovĂ©nien : conscience foudroyĂ©e d’abord, puis reconstruction humaniste.

En passant par le chant du chƓur des homms d’abord puis des femmes, en s’incarnant par la voix des solistes, baryton qui exhorte, puis tĂ©nor qui invoque et prie, la parole de l’orchestre, s’apparentait Ă  celle des armes (premier mouvement) ; dĂ©sormais s’il y a levĂ©e de boucliers et chant de guerre, ils ne peuvent se rĂ©aliser que dans le sens d’une humanisation gĂ©nĂ©rale. Quelle vision prophĂ©tique qui vaut pour notre siĂšcle (XXIĂš) celui ultime et dĂ©cisif de tous les dĂ©fis : climatique et Ă©cologique, sociĂ©tal et politique
 Quelles valeurs voulons nous dĂ©fendre ? C’est bien ce rapport dĂ©sormais vital et dernier auquel nous invite Beethoven. VoilĂ  qui fait sa modernitĂ© et ses vertus cathartiques aussi. Car Ă  dĂ©faut d’en retrouver traces dans la rĂ©alitĂ© sociĂ©tale actuelle, le spectateur vit dĂ©jĂ  dans l’écoulement de la symphone, cette expĂ©rience salutaire et clairvoyante qui lui restitue ce qui n’a aucun prix et vaut d’ĂȘtre dĂ©fendu : le combat de l’homme pour l’homme.

Ozawa comprend les enjeux et la situation : c’est un cataclysme organisĂ©, un nouveau chaos produisant une Ăšre nouvelle qui s’accomplit alors, illuminĂ© par l’humanisme fraternel du chant des solistes et du choeur.
CLIC_macaron_2014L’appel Ă  l’amour universel et l’étreinte pacifique unit orchestre, chef et solistes en une course effrĂ©nĂ©e portĂ©e par l’urgence et la volontĂ© de l’esprit initial. Ivre de son exaltation, le compositeur dĂ©miurge s’adresse dĂšs lors au CrĂ©ateur divin, dans l’espoir de toucher sa misĂ©ricorde car il aurait dĂ©montrer que sa crĂ©ature (humaine) s’est enfin montrĂ©e digne de son crĂ©ateur. Dans ce sens, l’ultime Ă©lectrisation de tout l’orchestre, vĂ©ritable orgie et transe collective saisit par sa justesse, sa vĂ©ritĂ©. A 80 ans, Ozawa se montre d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante ; son appĂ©tit, sa gourmandise affĂ»tĂ©e (quitte Ă  forcer parfois le trait, dans les tutti de la derniĂšre sĂ©quence chorale), son intelligence fĂ©line font le miel et le nerf de cette lecture en tout point captivante.

 
 
 

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CD, critique. SEIJI OZAWA : Symphonie n°9 de BEETHOVEN. Mito chamber Orchestra – Rie Miyake (soprano), Mihoko Fujimura (mezzo-soprano), Kei Fukui (tenor), Markus Eiche (baritone) – 1 cd Decca

 
 
 

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