Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev

Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. La vie reste notre bien le plus prĂ©cieux, la culture le clame trĂšs fort et tout concert annulĂ© est une victoire des oppresseurs de la vie libre. Ce concert a Ă©tĂ© dĂ©butĂ© dans un immense recueillement. L’acoustique inouĂŻe du ThĂ©Ăątre Antique est bien connue de Tugan Sokhiev aussi a-t-il pu obtenir des sonoritĂ©s Ă©vanescentes des cordes et un chant pianissimo du magnifique chƓur OrfeĂłn Donostiarra dĂšs les premiĂšres mesures. L’apparition des images de la voie lactĂ©e sur l’immense mur a proposĂ© un voyage dans l’imaginaire si riche du dessinateur et scĂ©nariste de bande dessinĂ©e Philippe Druillet. Ses dessins ont Ă©tĂ© projetĂ©s et animĂ©s sur les reliefs du mur du ThĂ©Ăątre antique. Les diffĂ©rentes Ɠuvres, telles  “Nosferatu” et “Lone Sloane”, ont ainsi accompagnĂ© le rĂ©cit du spectaculaire Requiem de Verdi.

Pour certains la distraction engendrĂ©e par la beautĂ© si particuliĂšre des dessins, leur violence et leurs couleurs envahissantes, a nui Ă  l’émotion musicale. Concert et spectacle Ă  la fois, il est dommage d’avoir eu Ă  choisir entre les projections sur le mur et la vision d’artistes engagĂ©s et tout particuliĂšrement la direction Ă  mains nues d’une grande beautĂ© de Tugan Sokhiev. France 3 offre Ă  partir du 27 juillet ainsi que Culture Box le film qui en a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en une solution hybride que nous souhaitons plus satisfaisante.

DIRECTION MAGISTRALE et TENOR EN GRÂCE. Musicalement le thĂ©Ăątre verdien de la Missa da Requiem a Ă©tĂ© portĂ© Ă  son apogĂ©e par la direction magistrale de Tugan Sokhiev. L’OrfeĂłn Donostiarra est un chƓur d’une ductilitĂ© totale et d’une beautĂ© confondante, du pianissimo le plus infime au forte le plus spectaculaire du Tuba Mirum. Le RRR roulĂ© des basses dans le Rex tremendae Majestatis prĂ©cĂ©dant la note est un exemple de cette terrible thĂ©ĂątralitĂ©. Le dosage parfait des nuances poussĂ©es Ă  leur maximum a Ă©tĂ© de bout en bout le fil rouge de l’interprĂ©tation. Les couleurs ont Ă©galement Ă©tĂ© d’une grande richesse dans le chƓur comme dans l’orchestre. Chaque tempo choisi a Ă©tĂ© habitĂ© et a semblĂ© Ă©vident. Le chƓur et l’orchestre ont Ă©tĂ© ainsi modelĂ©s Ă  main nue, par un chef inspirĂ© dans des phrasĂ©s amples et gĂ©nĂ©reux. Cuivres brillants, cordes soyeuses ou victorieuses, bois d’une grande dĂ©licatesse chaque pupitre a brillĂ©, jusqu’aux timbales et grosse caisse ! L’Orchestre du Capitole si riche en couleurs peut les exalter dans cette acoustique chatoyante.
Las, les solistes ont eu pour certains du mal Ă  habiter aussi bien leurs parties. La soprano italienne Erika Grimaldi,  venue en remplacement in extremis, ne bĂ©nĂ©fice pas d’une voix idĂ©ale pour cette terrible partie. Le timbre assez ingrat est affublĂ© d’un large vibrato. La voix n’est pas homogĂšne et les graves sont trop sourds. Dans le Libera me final, c’est son engagement qui lui a permis de conquĂ©rir in fine le succĂšs public. La mezzo soprano Ekaterina Gubanova a un timbre agrĂ©able et a su nuancer ses interventions avec art. Tout particuliĂšrement le dĂ©but du Lacrymosa trĂšs Ă©mouvant. La Basse Vitalij Kowaljow a Ă©tĂ© le seul Ă  dĂ©livrer un texte parfaitement comprĂ©hensible. Avec aplomb, il a tenu parfaitement sa partie d’une voix trĂšs homogĂšne et agrĂ©able jusque dans les emportements terribles. C’est Joseph Calleja, tĂ©nor extrĂȘmement attachant, qui a su trouver appui sur les vastes phrases proposĂ©es par Tugan Sokhiev, les habitant toutes jusqu’au fond de l’expressivitĂ©. EngagĂ©, concentrĂ© et d’une voix trĂšs touchante, le tĂ©nor, vĂ©ritable star vĂ©nĂ©rĂ©e dans son pays natal, Malte-, a su rejoindre l’orchestre et le choeur dans une Ă©motion musicale poignante. La beautĂ© du timbre, sa clartĂ© ont fait merveille tout du long et son Ingemisco a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące, comme la maniĂšre dont il aborde Hostias Ă©galement.
Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une magnifique interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. L’OrfeĂłn Donostiarra et l’Orchestre du Capitole n’ont fait qu’un avec la direction de Tugan Sokhiev. Cette musique si forte est apte Ă  accompagner la tristesse de notre Ă©poque dans les attaques faites Ă  notre mode de vie tout en mobilisant notre dĂ©sir de vie et d’accĂšs Ă  la beautĂ©.

Compte-rendu, concert. Orange.ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 Juillet 2016 : Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem ; Solistes: Erika Grimaldi, soprano ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse ; ChƓur de l’OrfeĂłn Donostiarra, chef de choeur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.