CD, annonce. CAVALLI : MISSA, 1660 (Galilei consort, Benjamin Chénier, 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles)

cavalli missa 1660 benjamin chenier versailles chateau de versailles cd critique annonce classiquenews musique classique opera concerts critique classiquenewsCD, annonce. CAVALLI : MISSA, 1660 (Galilei consort, Benjamin Chénier, 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles). De toutes les collections récemment développées au sein de l’industrie (mourante) de l’édition discographique, en particulier des nouveaux programmes ou des initiatives de défrichement, la collection initiée par l’établissement CHATEAU DE VERSAILLES SPECTACLES (CVS) est assurément l’une des plus passionnantes de l’heure. L’institution hier encore injustement critiquée dans sa démarche artistique (au titre qu’elle se substituait à une autre, plus « légitime » sur le registre « baroque ») ne cesse en vérité de prouver qu’elle sait innover, développer, redéfinir ce que peut apporter un établissement public sur la scène baroque vivante.
A son actif, on ne compte plus les joyaux qui méritaient depuis longtemps d’être relus, réinvestis ou défrichés, mais avec cette fois, une intelligence artistique juste et pertinente, dans le choix des voix comme des ensembles instrumentaux. Voici le déjà 3è titre mis en avant dans les colonnes de CLASSIQUENEWS, après Le Devin du Village de Rousseau et surtout L’Europe Galante de Campra, superbe réalisation qui avait retenu notre attention, en décembre 2018)

Voici un nouveau gemme, liĂ© Ă  l’histoire musicale du Château de Versailles et comme souvent, un enregistrement rĂ©alisĂ© dans le château lui-mĂŞme (Chapelle royale), objet d’un concert publique (de la 10è saison dĂ©jĂ ). Le plus grand compositeur italien europĂ©en, après Monteverdi, demeure son Ă©lève… Francesco Cavalli (1602 – 1676). Ce dernier fut sollicitĂ© et invitĂ© par Mazarin afin de livrer la musique digne de son ambition politique pour assoir l’autoritĂ© et l’éclat du jeune Louis XIV. De plus, l’opĂ©ra Ercole Amante fut reprĂ©sentĂ© pour le mariage du jeune Roi et il est possible ou juste artistiquement parlant (moins historiquement) que le plus cĂ©lèbre auteur italien ait pu composer ainsi une « MIssa » / Messe pour la Cour de France en 1660 ; pas Ă  Versailles mais Ă  … Venise, Ă  l’ambassade de France justement, au moment (25 janvier 1660) oĂą l’on cĂ©lèbre la fin de la guerre franco espagnole, et la Paix des PyrĂ©nĂ©es qui assoit encore le prestige des Bourbons français. Les noces de Louis XIV et de l’Infante Marie-ThĂ©rèse d’Espagne allaient justement dĂ©couler de cet victoire Ă©crasante de la France sur l’Espagne. Et donc la concours de Cavalli pour livrer la musique Ă  la mesure de l’évĂ©nement.
Respectant à la lettre les témoignages et les sources d’époque, le Galilei Consort agence ici un cycle de musique sacrée d’après le fameux recueil Musiche sacre de Cavalli, publié en 1656 ; utilisant le même instrumentarium, l’effectif de chaque partie même, ainsi que la distribution des voix selon les divers chœurs (choeurs éclatés / cori spezzati). Venise a inventé la polychoralité : Cavalli perfectionne le principe avec sensualité et majesté.
Pour mesurer la surenchère de faste et de luxe : « trois jours de ripailles (même les pauvres étaient nourris aux frais de la couronne, avec force distribution de pain et de vin), de représentations allégoriques délirantes à travers toute la ville et même sur des gondoles, feux d’artifices, fanfares à chaque coin de canal… ». Le programme inédit rétablit donc ce goût vénitien, à la fois raffiné et solennel, qui allait avoir dans les faits, une influence considérable pour la maturation du goût versaillais, et donc l’esthétique louislequatorzienne. Focus majeur. Que vaut le geste artistique de Galilei Consort et Benjamin Chénier, son directeur artistique. Critique complète du cd MISSA 1660 de Cavalli par Galilei consort, dans le mag cd dvd livres de classiquenews.