CD, critique. FRANCK : Quintette et Pr̩ludes (Dalberto, Novus Рoct 2018, 1 cd Apart̩).

franck préludes quintette pour piano novus quartet critique cd classiquenews musique classique musique classique critique dalberto3000-700x700CD, critique. FRANCK : Quintette et Préludes (Dalberto, Novus – oct 2018, 1 cd Aparté). Il a beau défendre sa passion et son amour indéfectible pour l’écriture de Franck, « l’égal de Bach et Beethoven » au XIXè (du moins pour la bande à Franck, réunissant ses fidèles élèves, Duparc, Chausson, D’Indy), le pianiste Michel Dalberto (qui joue un Bösendorfer Vienna concert 20) déçoit dans son exposition des champs multiples d’un Franck effectivement colossal et intime. Les Å“uvres pour piano seul du Liégeois sont parmi les plus complexes, souvent caricaturées par méconnaissance profonde. Or rien de tel ici, mais, une dureté du son, qui défend une conception esthétique, moins caressante que démonstrative et toujours surpuissante (à notre avis) dont la tension réduit l’intime et le développement allusif autant qu’intime, au cÅ“ur pourtant de l’imaginaire franckiste. Les deux Préludes, en leur modernité récapitulative, surtout le Prélude, choral et fugue, qui récapitule tout le romantisme musical, de l’écoulement tendre schumannien, à l’éloquence spirituelle de Liszt, sans omettre la solidité de la clarté beethovénienne, sont à notre avis trop martelés, pas assez nuancés. Il faut absolument réécouter ce qu’en dit Benjamin Grosvenor pour comprendre le sens du secret dans la réitération des motifs cycliques pour atteindre et entrevoir les mondes parallèles, énigmatiques de ce Franck inatteignable.
Evidemment, la passion éruptive, voire incandescente, plus narrative du Quintette, met plus à son aise le pianiste qui joue forte d’un bout à l’autre. L’équilibre dans le Lento, aux climats vers l’indicible et le flottant, est plus chantant : mieux accordé et concordant, d’autant que le brio des instrumentistes se plaît davantage dans ce mouvement central noté extraverti : « con molto sentimento ». De fait, les 5 instrumentistes jouent souvent la saturation trop vite, trop dure…
Malgré un engagement ardent, la perte de tout un éventail de nuances (ces contrechamps et arrières plans proustéens sont absents : Franck n’est-il pas le plus proche du Vinteuil de la Sonate de Proust ?), le pianiste et ses jeunes partenaires asiatiques (coréens) du Quatuor Novus / Novus Quartet ne convainquent pas totalement. Ce poison, cette aspiration à l’évanescence qui fonde le wagnérisme régénéré de Franck, le plus captivant dans la sphère française, est à peine exprimé. Dommage. Pour nous la lecture est trop schématique et sans mystère. Voilà qui aurait donné raison à Saint-Saëns guère tendre vis à vis des œuvres de son confrère.

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CD, critique. FRANCK : Préludes, Quintette (Dalberto, Novus Quartet, octo 2018, 1 cd Aparté).

Michel Dalberto, piano / Novus Quartet
Jaeyoung Kim, violin
Young-Uk Kim, violin
Kyuhyun Kim, viola
Woongwhee Moon, cello

Prelude, Choral & Fugue in B-minor, M21
1. Prelude Moderato
2. Choral Poco più lento – Poco allegro
3. Fugue Tempo I

Prelude, Aria & Final in E-Major, M23
4. Prelude Allegro moderato e maestoso
5. Aria Lento
6. Final Allegro molto ed agitato

Piano Quintet in F-minor, M7
7. Molto moderato quasi lento
8. Lento, con molto sentimento 10’05
9. Allegro non troppo, ma con fuoco 8’53

10. Prelude Andantino
(from Prelude, Fugue & Variation in B-minor, M30 – arrangement Bauer/Dalberto)

COMPTE-RENDU, critique, récital. PARIS, Gaveau, le 15 fev 2019. , Schubert, Schumann, Brahms, Liszt. Michel Dalberto, piano.

dalberto michel pianoportrait classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, récital. PARIS, Gaveau, le 15 fev 2019. , Schubert, Schumann, Brahms, Liszt. Michel Dalberto, piano. Les Concerts Parisiens accueillaient, ce vendredi 15 février, un pianiste à la renommée solide comme le grès, un artiste sans concession ni complaisance, un musicien comme il y en a peu, dont l’étoffe semble issue des forges qui ont donné les grands du passé. Un maître en somme. D’autant que ses disciples étaient là aussi, dans le public. A 64 ans, Michel Dalberto fait plus que jamais autorité dans le paysage musical d’aujourd’hui.

 

 

Michel Dalberto, l’esprit de grandeur

 

 

Programme romantique ce soir, avec dans l’ordre Schubert, Schumann, Brahms et Liszt. Le pianiste a choisi un Bösendorfer nouveau cru auquel la marque a su restituer la splendeur d’autrefois. Un choix en parfait accord avec son jeu, généreux et robuste, plein et matiéré, qui fait sonner et chanter le piano à en faire frémir le biscuit de la salle Gaveau. Un jeu qui d’emblée en impose, et, un tour de force, ne laisse à aucun moment d’espace aux incongruités sonores faisant hélas souvent partie du décor, le public se gardant bien de broncher devant telle affirmation. Le ton est donné dès les Klavierstücke D 946 de Schubert (N° 2 et 3): à la simplicité d’un air fredonné que l’on entend souvent dans ces pièces, et la plupart du temps dans Schubert, Michel Dalberto préfère la tessiture et l’éloquence lyriques, sculpte la ligne de chant dans tous ses contours, souligne la dramaturgie (2ème en mi bémol majeur), timbre et joue de contrastes, assombrit et éclaircit, serre et déploie tout en maintenant une tension constante, imprime au 3ème Klavierstücke une énergie électrisante.

Pas de demi-mesure non plus dans la Fantaisie opus 17 de Schumann. Le musicien nous prend dans le feu de son jeu, grandiose et passionné, excessif dans ses humeurs et leur ambivalence, marquant les ruptures dont l’œuvre est émaillée, jouant de la discontinuité. Il prend des risques – c’est tout à son honneur – et ne ménage ni l’instrument, ni nos émotions: le piano résonne, s’ébranle, les basses sonnent, par endroits, géantes, comme l’airain des cloches; dans le premier mouvement, après la submergeante vague du début, un contrepoint halluciné et bouleversant fait entendre les voix graves, sous les aigus gommés. Le deuxième mouvement s’érige, orchestral, triomphant au bout de lui-même, et laisse place au dernier, sombre, plus douloureux qu’apaisé, empreint d’aspérités qui feraient regretter le legato d’Yves Nat, par exemple, si l’on perdait de vue le parti interprétatif du musicien: on aura beau chercher, ni épanchement, ni même tendresse dans le Schumann de Michel Dalberto, mais une âpreté et une grandeur d’âme à la fois, une tenue, tout comme d’ailleurs dans ses Schubert.

Les 6 Klavierstücke opus 118 de Brahms ouvrent la deuxième partie du concert. Concises, ces pièces font se succéder des climats variés, des états d’âmes où la résignation domine. Là encore, le pianiste nous plonge tout à trac dans le vif du sujet, avec le premier intermezzo, livrant au public ses effusions sans retenue, mais des effusions lyriques et non point sentimentales. Le deuxième « Andante teneramente » apparaît comme une confession intime. Il chante dans la ferveur, et s’éloigne un peu des demi-teintes méditatives qu’on lui attribue souvent, et qui font de certaines interprétations la platitude, s’achevant dans la touchante douceur d’un pianissimo à la dernière exposition du thème. La Ballade, l’intermezzo et la Romance qui suivent s’acheminent, dans leurs couleurs propres, vers le dernier intermezzo, ténébreux, nu et dense comme le silence.

Quel compositeur sied mieux à Michel Dalberto que Liszt? C’est à se demander lorsqu’on l’écoute dans les Études d’exécution transcendantes – ici trois: Ricordanza, Paysage, et Mazeppa. Il domine ces pièces de virtuosité – est-ce utile de le signaler? – grâce à une technique sans faille et un jeu très ancré. Mais surtout, il en livre toute la dimension poétique et musicale, la dimension orchestrale aussi, et l’esprit lisztien avec lequel il partage tant d’affinités: Michel Dalberto frappe par la présence et le relief de son jeu, impressionne par sa grandeur de vue, et séduit par son sens esthétique et son élégance. L’esprit de Ricordanza est tout entier dans cette poétique du son, cette beauté et cette subtilité des lignes, cette façon de suspendre les phrases dans leur cours, puis de les relâcher, et il la rend admirablement. Mazeppa est a contrario âpre, violent, strident même, et son récit épique clôt le concert en apothéose, laissant le public ébahi. En bis? quelques notes égrainées d’un Feuillet d’album de Scriabine. Une façon si raffinée de dire au revoir!

 

 

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Compte-rendu critique, récital Michel Dalberto, piano, salle Gaveau, Paris, 15 février 2019, Schubert, Schumann, Brahms, Liszt. Illustration :© C Doutre