COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 dĂ©c 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 dĂ©c 2020

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 dĂ©c 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 dĂ©c 2020. Comme nous l’écrivions dans notre dernier compte-rendu d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo donnĂ© Ă  la Salle Rainier III de Monaco en novembre dernier :

(https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-le-1er-novembre-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-sergej-krylov-violon-jukka-pekka-saraste-direction/), le Rocher fait figure d’exception culturelle (et pas que, puisque bars et restaurants y demeurent ouverts jusqu’Ă  21h30, en semaine comme les We), et en ce mois de dĂ©cembre 2020, c’est plĂ©thore de concerts, de ballets, de soirĂ©es d’opĂ©ra qu’offre ce pays dĂ©cidĂ©ment Ă  part.

Ainsi, aprĂšs un opĂ©ra de jeunesse de Verdi (avec Placido Domingo) Ă  l’OpĂ©ra et un Lac des Cygnes chorĂ©graphiĂ© par Jean-Christophe Maillot pour ses Ballets de Monte-Carlo Ă  la Saint-Sylvestre (compte-rendu Ă  suivre sur CLASSIQUENEWS), votre serviteur a pu assister Ă  un bien beau doublĂ© musique symphonique & musique de chambre, dans le cadre de la riche saison de l’OPMC / Orchestre Philharmonique de Monte Carlo.

LOZAKOVICH Daniel violon gstaad concert critique classiquenewsLe premier soir, Ă  l’Auditorium Rainier III, nous retrouvons le virtuose suĂ©dois Daniel Lozakovich que nous avions dĂ©couvert en 2018 – avec fascination – aux Rencontres musicales d’Evian (https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-evian-les-6-7-juillet-2018-r-strauss-l-van-beethoven-p-i-tchaikovski-j-j-kantarow-orch-de-chambre-de-lausanne-salonen-lozakovich/). DĂ©laissant le Concerto de TchaĂŻkovski pour celui de Mendelssohn (opus 64), le jeune violoniste n’en Ă©blouit pas moins : il possĂšde toutes les qualitĂ©s techniques et dĂ©jĂ  une belle expĂ©rience des salles de concert les plus prestigieuses pour s’imposer, mais c’est aussi par sa personnalitĂ© qu’il sĂ©duit, celle du visage d’un adolescent glabre et sage sous lequel brĂ»le un feu ardent. ExtrĂȘmement Ă  l’aise avec la partition, Lozakovich joue de façon brillante et enlevĂ©e, et rien ne lui rĂ©siste : avec son Stradivarius, il avale les mesures, bondit de trilles en trilles, distille ce qu’il faut de vibrato et sculpte de son archet bondissant aussi prompt Ă  la soumission qu’aux puissantes attaques de cordes, une interprĂ©tation qui restera dans notre mĂ©moire. Il faut dire qu’il est soutenu avec maestria par le chef allemand Cornelius Meister, dĂ©sormais directeur musical de la Staatsoper de Stuttgart, qui lui offre un somptueux tapis musical Ă  la tĂȘte du non moins somptueux Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. En bis, le violoniste offre une rare « Danse rustique » d’EugĂšne YsaĂże dont la virtuositĂ© arrache des vivats de la part d’un public monĂ©gasque (masquĂ© et Ă  distance raisonnable les uns des autres comme il se doit).
En seconde partie, aprĂšs une Ouverture d’ObĂ©ron de Weber rondement menĂ©e et enlevĂ©e, c’est la fameuse Symphonie n°1 (dite « Le printemps ») de Robert Schumann. DĂšs les premiĂšres mesures, l’engagement des pupitres est admirable. D’emblĂ©e, Meister rĂ©ussit une synthĂšse rare dans ce rĂ©pertoire, car elle associe la puissance et la dĂ©licatesse, atouts qui appartiennent gĂ©nĂ©ralement Ă  des ensembles aux effectifs plus rĂ©duits que le plĂ©thorique OPMC. Ce soir, la phalange monĂ©gasque se plie sans brusquerie ni raideur aux lignes brisĂ©es et aux changements continus d’atmosphĂšres de la partition du maĂźtre allemand. Le chef aborde le Larghetto d’une maniĂšre trĂšs « beethovĂ©nienne », appuyant le rythme de la marche., tandis que le Scherzo remĂ©more quelque page de Schubert, tout en annonçant, par son Ă©nergie passionnĂ©e, la raillerie des partitions du postromantisme, notamment de Mahler. Aucune duretĂ© dans cette lecture pourtant trĂšs « encadrĂ©e », aux cuivres rutilants et aux bois champĂȘtres, qui s’unissent dans un finale fiĂ©vreux, vĂ©ritable hymne Ă  la jeunesse.

Montecarlo-orchestre-philharmonique-concert-duo-violon-piano-critique-concert-classiquenewsLe lendemain (13 dĂ©c 2020), toujours Ă  l’Auditorium Rainier III, c’est le gĂ©ant allemand Ludwig van Beethoven que l’on fĂȘte, en mĂȘme temps que le 250Ăšme anniversaire de sa naissance. Mais avec une formation plus rĂ©duite, celle rĂ©unissant le violon de Frank Peter Zimmermann et de Martin Helmchen, pour interprĂ©ter ses cinq derniĂšres Sonates (les cinq premiĂšres autres ayant dĂ©jĂ  fait l’objet d’un concert in loco deux mois plus tĂŽt). Mis sur un pied d’égalitĂ©, c’est-Ă -dire assis l’un prĂšs de l’autre, les deux solistes s’entendent visiblement Ă  merveille et cette complicitĂ© transparaĂźt lumineusement tout au long de la soirĂ©e, qui prend ici des allures de marathon puisque les cinq Sonates seront enchaĂźnĂ©es sans entracte
 Ă©poque covidistique oblige ! Le dialogue entre les deux instruments est tout simplement extraordinaire, au sens propre du terme, tout de virtuositĂ© et d’émotion, qui procurent de la chair Ă  chacun des morceaux. DĂ©laissant les consonances mozartiennes des premiers opus, souvent joyeux et aĂ©riens, le cycle se prolonge en suivant bien Ă©videmment l’évolution stylistique de Beethoven. On le sait, les derniĂšres Sonates atteignent une profondeur quasi mystique, et trĂšs chargĂ©e de sens, dans ses derniĂšres compositions, notamment avec la monumentale Sonate n°9 « Ă  Kreutzer » ainsi que la n°10, de huit ans postĂ©rieure et en rupture avec tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit jusqu’alors. Une intensitĂ© et une profondeur que l’archet de l’un et le clavier de l’autre n’ont pas de mal Ă  restituer, ce dont l’audience n’est pas prĂšs de l’oublier
 mĂȘme si le couvre-feu imminent a malheureusement Ă©courtĂ© quelque peu la durĂ©e des applaudissements
 A noter, en guise de conclusion, que les deux compĂšres ont commencĂ© l’enregistrement de l’opus beethovĂ©nien chez Bis Classics !

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12&13 dĂ©cembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction) le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen(piano) le 13. CONSULTEZ la saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo

CD, critique. BEETHOVEN : Concertos pour piano n°2 et 5. MARTIN HELMCHEN, piano (1 cd ALPHA 2018 – 2019)

helmchen betthoven piano concertos 2 et 5 emperor empereur alpha piano concertos critique classiquenewsCD, critique. BEETHOVEN : Concertos pour piano n°2 et 5. MARTIN HELMCHEN, piano. AprĂšs deux projets avec la violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker, son Ă©pouse Ă  la ville, le pianiste Martin Helmchen a dĂ©jĂ  enregistrĂ© sous label Alpha Classics pour d’excellentes Variations Diabelli de Beethoven
 Un prĂ©ambule positif Ă  ces 2 Concertos pour piano sous la direction d’Andrew Manze. L’album devrait lancer une intĂ©grale des Concertos de Beethoven, ce avec d’autant plus de pertinence, que le geste est d’une fluiditĂ© rĂ©jouissante, apportant tendresse et articulation maĂźtrisĂ©e dans un environnement orchestral sans lourdeur, duretĂ©, Ă©paisseur. Evidemment, qualitĂ©s qui soulignent la filiation mozartienne du 2Ăš Concerto (en particulier dans la pudeur chantante, enfantine de l’Adagio. Pour le 5Ăš, plus impĂ©rial et grandiloquent par comparaison, Helmchen sait marier l’éloquence, l’humanitĂ©, la grandeur avec une agilitĂ© heureuse. Une finesse de ton qui sait ĂȘtre aussi sobre. Superbe lecture. On attend la suite.

EnregistrĂ© Ă  Berlin en mai 2019 (Concerto No.5) ; en October 2018 (Concerto No.2). 1 cd Alpha classics – DurĂ©e : 1h06.