Magnificences de François Ier par Doulce Mémoire

DOULCE-MEMOIRE-denis-raisin-dadre-fete-royale-francois-Ier-une-582-390-DSC_3209-FETE-ROYALE-6-Laurent-GeneixTours, OpĂ©ra. Doulce MĂ©moire, Magnificences. Jeudi 19 novembre 2015, 20h. CommĂ©morations 1515 – 2015, François Ier Ă  Tours. Doulce MĂ©moire, Denis Raisin Dadre Ă  l’OpĂ©ra de Tours. En portant le titre d’une chanson probablement Ă©crite par François Ier, le collectif de musiciens fondĂ© par Denis Raisin Dadre se devait de fĂȘter dignement le faste de la Cour de François Ier en 2015 qui marque les 500 ans de son avĂšnement au trĂŽne. En 2014, le premier ensemble dĂ©diĂ© aux musiques de la Renaissance fĂȘtait ses 25 ans, salle Gaveau : le crĂ©ateur Denis Raisin Dadre retrouvait tous les partenaires du groupe : chanteurs, danseurs, instrumentistes en une fĂȘte exceptionnelle et Ă©clectique, vĂ©ritable mĂ©tissage enivrant et bains de cultures mĂȘlĂ©es (VOIR notre reportage vidĂ©o des 25 ans de Doulce MĂ©moire, salle Gaveau Ă  Paris). En 2015, Doulce MĂ©moire cĂ©lĂšbre François Ier, premier roi mĂ©cĂšne, prĂ©figurant Louis XIV, par sa maĂźtrise dans l’art de combiner art et pouvoir. Et comme le Bourbon, le Valois Ă©tait aussi trĂšs bon danseur.

2015 : l'annĂ©e François Ier par Doulce MĂ©moireQuand il monte sur le trĂŽne de France en 1515, soit il y a 500 ans, François Ier n’a que 20 ans. Pourtant l’Ăąge n’attendant ni la maturitĂ© ni la justesse ni la pertinence des choix politiques, le jeune souverain rĂ©alise sa passion pour les bĂątiments et l’architecture, les arts en gĂ©nĂ©ral : il invite LĂ©onard de Vinci qui sera son ami. Le roi artiste, dont le goĂ»t rĂ©vĂšle pendant le rĂšgne, le grand esthĂšte patron des arts, invente avec les crĂ©ateurs qu’il favorise, les “Magnificences”, divertissements royaux appelĂ©s Ă  incarner le raffinement français.

Spectacle dansé à la Cour de François Ier

Magnificences de l’harmonie terrestre

Chaque membre de la Cour participe et conçoit l’un des tableaux de la fĂȘte ; ainsi le Dauphin futur Henry II y rĂšgle un Ă©pisode de danses paysannes alliant truculence, contorsions et cabrioles sur une musique endiablĂ©es ; un courtisan ajoute l’exotisme (personnel donc revisitĂ©) de danses mauresques dont les corps libres et dansants Ă©voquaient alors les Indes nouvellement dĂ©couvertes dont le BrĂ©sil, continent totalement inĂ©dit… La Favorite Diane de Poitiers use de son prĂ©nom pour convoquer la mythologie : Diane et ses suivantes, nymphes sensuelles et caressantes s’expriment en chansons courtoises mises en musiques par Claudin de Sermisy (compositeur attitrĂ© Ă  la Cour de François Ier).

La guerre est aussi prĂ©sente sous la forme de joutes ou de rapt de belles, dĂ©tournĂ©s et scĂ©nographiĂ©s : le spectacle des magnificences assoit l’autoritĂ© du roi ; en protecteur et en sauveur, le souverain permet en associant tous les arts et les courtisans, de rĂ©aliser l’unitĂ© et l’harmonie terrestre, miroir humain de la perfection divine.

Denis Raisin Dadre rĂ©unit ici les musiques Ă©crites pour les deux institutions royales : L’Ecurie du Roi d’abord (comprenant luths et surtout hautbois) rĂ©alisant la musique des danses hautes, sonores, puissantes comme la Pavane, la Gaillarde, deux genres propres Ă  l’esprit de la bataille ; ou la Basse danse, les sonneries (adoubement du chevalier), la morisque (pour le fou). C’est aussi La Chambre du Roi associant chanteurs virtuoses et bas instruments cĂ©lĂšbres qui jouent ici les chansons de Sermisy, trĂšs apprĂ©ciĂ© de François Ier, les polyphonies de Pierre Certon (extraits de son recueil des Meslanges). Le luth, instrument royal par excellence, et les flĂ»tes accompagnent les chanteurs. Comme Ă  l’Ă©poque oĂč les musiciens formĂ©s dans les Ă©coles des mĂ©nĂ©triers Ă©taient polyvalents, jouant diffĂ©rents instruments, les acteurs musiciens de Doulce MĂ©moire assurent la diversitĂ© des sĂ©quences en explorant la richesse des timbres et des rythmes. Denis Raisin Dadre prĂ©sente dans le spectacle les facs similĂ©s de quatre colonnes flĂ»tes du XVIĂšme (facteur Henri Gohin d’aprĂšs Rauch von Schrattenbach) : leur diapason Ă  392hz (trĂšs bas) leur confĂšre un timbre proche de l’orgue : veloutĂ© et puissant. En passant du luth au basson, de la guitare Ă  la flĂ»te et au tourneboult, les instrumentistes de Doulce MĂ©moire se mettent surtout au service de la danse.

Une danse dĂ©jĂ  trĂšs aboutie, restituĂ©e ici d’aprĂšs les tĂ©moignages, les mascarades, la trĂšs grande iconographie disponible (dont tĂ©moigne les dessins de Leonard de Vinci et celui des proportions – harmoniques- du corps humain) qui dĂ©voile certes le raffinement mais aussi l’esprit fantasque et burlesque de la crĂ©ation cultivĂ©e Ă  la Cour de François Ier. Combats stylisĂ©s, mascarades paysannes, allĂ©gories mythologiques, mais aussi danses plus savantes renvoient Ă  un imaginaire oĂč la recherche de l’harmonie terrestre, elle mĂȘme inspirĂ©e de la danse des sphĂšres trouve sa plus noble et naturelle expression dans la danse. Quand le Roi danse, l’ordre et l’harmonie peuvent rĂ©gner.

Le Roi n’a pas de rĂ©sidence fixe : ses chĂąteaux dont il suit l’avancĂ©e des travaux (dont surtout Chambord) sont Ă  chaque Ă©tape et sĂ©jour, l’occasion de fĂȘtes somptueuses qui renforcent l’idĂ©e de cohĂ©sion artistique et politique autour du Souverain.

Le spectacle de Doulce MĂ©moire cĂ©lĂšbre ainsi par son faste magique, et l’autoritĂ© du Roi, la personnalitĂ© fĂ©dĂ©ratrice d’un souverain esthĂšte, mais aussi tous les accents spectaculaires, expressifs, physiques, carnavalesques, emblĂšmes du raffinement des artistes rĂ©alisateurs qui font des Magnificences, de superbes scĂ©nographies du pouvoir.

boutonreservationTours, Opéra. Doulce Mémoire, Magnificences
Jeudi 19 novembre 2015, 20h.
CommĂ©morations 1515 – 2015, François Ier Ă  Tours. 

CD. En 2015, Doulce MĂ©moire et Denis Raisin Dadre ont fait paraĂźtre un double cd majeur Ă©voquant le raffinement de la crĂ©ation musicale Ă  la Cour de François Ier : ” François Ier, musiques d’un rĂšgne “, compositeurs d’Henry VIII et de François Ier, Pierre Certon, Pierre Sandrin, Jean Mouton, Claude de Sermisy, Divitis et Nicholas Ludford (LIRE notre compte rendu critique, CLIC de classiquenews).