CD événement critique. BUXTEHUDE : Sonate (Les Timbres, 2017, 2018 1 cd Flora)

les-timbres-buxtehude-cd--trios-critique-review-cd-classiquenews-CLIC-de-noel-2020CD événement critique. BUXTEHUDE : Sonate (Les Timbres, 2017, 2018 1 cd Flora). Propres aux années 1690 (l’Opus I est publié à Hambourg en 1694 ; l’Opus II, en 1696, et dans la foulée du succès du précédent), les deux recueils de «  Sonate à due, violino et violadagamba con cembalo ») s’inscrivent parfaitement dans l’esthétique phantasticus de cette fin de siècle qui en terres germaniques, fusionne les écritures italiennes (de Corelli à Monteverdi…) et nordiques (sans omettre la touche d’élégance lullyste, marque d’une assimilation de la mode française. cf Sonata 5 de l’Opus I) : ici règne la liberté d’une écriture virtuose, sans prétexte dramatique ni suite de danses (à l’exception de la seule gigue finale de la Sonate 3 Opus II). Une première offrande majeure à l’essor de la musique pure et abstraite.

Intégrale des Sonate à 3 de BUXTEHUDE
Volubilité éclectique et libre des Timbres

Le geste impĂ©tueux, subtil, imprĂ©vu (proche de l’improvisation) structure ce goĂ»t de la musique pure qui grâce aux Timbres, devient captivante expĂ©rimentation. On y dĂ©tecte cette complicitĂ© dĂ©lectable entre les 3 complices de toujours : la violoniste japonaise Yoko Kawakubo, la violiste française Myriam Rignol et le claveciniste belge Julien Wolfs. Ce dernier avait publiĂ© un cd enchanteur dĂ©diĂ© Ă  Froberger (« MĂ©ditation ») : laboratoire musical « secret, savant, complexe… », que la souple articulation du claveciniste rendait soudainement naturel et accessible (LIRE notre critique du cd “MĂ©ditation” / Frobeger, par Julien Wolfs, CLIC de classiquenews / octobre 2017) : http://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-froberger-par-julien-wolfs-clavecin-1-cd-musica-flora/

Au service de l’immense Buxtehude, l’imagination maîtrisée des Timbres affirme une même affinité suggestive et heureuse : accordée à la complexité des architectures fuguées, au parcours des harmonies les plus raffinées, la souplesse mélodique atteint aussi des sommets de poésie musicale. Le jeu renouvelle la notion même, nouvelle, de meslange des genres (les Goûts réunis que pratique Muffat avant Couperin)… Il faut donc une pensée interprétative libérée de toutes contraintes techniques pour exprimer l’incandescence d’une écriture finement contrastée qui saisit par ses surprises et sa fluidité. Les liens préservant l’unité ? L’invention des passages harmoniques et le geste parfois improvisé de certaines parties solistiques (« con discretione » de la Sonata 6 de l’Opus I). Chaque instrumentiste cisèle et sculpte sa partie comme un élément essentiel d’une totalité active qui fait sens.
Autant de libre virtuositĂ©, alliant expressivitĂ© et naturel, – ainsi incarnĂ©e, exprimĂ©e-, Ă©gale les meilleurs opus de Biber, Schmelzer, RosenmĂĽller, et moins connu, l’ami de Buxtehude, Johann Adam Reincken.
Les Timbres éclairent ainsi le génie musical universel de Buxtehude à Lübeck, capable d’y développer l’activité de concerts (Abendmusik selon la tradition lancée par son prédécesseur, Tunder, à la Marienkirche) ; une activité lyrique et dramatique même, mais sacrée (offre concurrentielle et complémentaire à l’Opéra de Hambourg), qui aux côtés de ses obligations d’organiste, soulignent l’hyperactivité du compositeur dans « sa » ville : un précurseur et un modèle pour Telemann à Hambourg et JS Bach à Leipzig ; d’ailleurs ce dernier se forme définitivement auprès de son « modèle » Buxtehude à Lübeck à l’hiver 1705. Voilà donc un jalon essentiel pour comprendre l’étoile Buxtehude avant… la constellation sidérante Bach. En plongeant aux racines du baroque germanique, Les Timbres idéalement inspirés et tout en complicité, nous enchantent encore et toujours. C’est un nouvel accomplissement après leur précédent Couperin (Concerts royaux, mai 2018, lui aussi distingué par un CLIC de classiquenews).
http://www.classiquenews.com/cd-critique-fr-couperin-concerts-royaux-les-timbres-1-cd-flora-2017/

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CLIC D'OR macaron 200CD événement critique. BUXTEHUDE : Sonate (Les Timbres, 2017, 2018 2 cd Flora : 1h29 + 1h10). CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020. Saluons la clarté mesurée du texte (anglais et français), idéalement illustré par des peintures dans l’excellence de Desportes et d’Oudry sur le thème des oiseaux (le concert des oiseaux par Melchior de Hondecoeter, vers 1670 : les nuances chromatiques dont le peintre est capable, égale ici les mille demi teintes musicales du grand magicien Buxtehude).

 

 

 

 

 

 

 

 

Autres cd des Timbres critiqués sur CLASSIQUENEWS :

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COUPERIN par les timbres cd visuel cd classiquenewsCD, critique. FR. COUPERIN : Concerts royaux (Les Timbres, 1 cd Flora 2017). Révélé après l’obtention du Premier Prix au prestigieux Concours International de Bruges en 2009, l’ensemble LES TIMBRES, fondé par Yoko Kawakubo (violon), Myriam Rignol (viole de gambe) et Julien Wolfs (clavecin) ne cesse depuis de régénérer la scène baroque et l’approche des oeuvres, dont comme ici, les plus difficiles. Les habitués du Festival Musique et Mémoire en haute-Saône le savent bien à présent : le collectif qu’ils ont coutume de suivre chaque été (et aussi pendant l’année musicale), incarne une pratique musicale en partage qui révolutionne concrètement le fonctionnement d’un ensemble. Ce jeu sans leader, comme s’il s’agissait pour chaque programme, d’une conversation à parties égales, a depuis produit ses effets… souvent éblouissants. L’art subtil, exigeant du consort de violes par exemple, – avant eux défendu par Jordi Savall entre autres, devient dans ce dispositif égalitaire, une expérience forte, réellement fluide, où la musique devient langage…
ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurCar il ne suffit pas de jouer les notes, il faut aussi savoir respirer, comprendre la fine architecture qui relie chaque partie à l’autre, en un tout organique qui permet surtout à chacun de caractériser sa partie, sans dominer les autres. A une telle école de l’intelligence collective, de suggestion et de l’infinie richesse des nuances, les Timbres font merveille, invitant à leur table raffinée, mélancolique, enivrée, plusieurs complices de leur choix, à leur convenance, car François Couperin (1668-1733), s’agissant de l’instrumentarium de ses Concerts royaux, a laissé l’interprète libre de choisir les combinaisons sonores, question de goût, question de timbres. Ainsi autour du noyau trinitaire (violon / viole / clavecin), se joignent hautbois, flûtes, seconde viole… le miracle se produit à la fois voluptueux et subtil, sachant aussi exprimer toute l’ineffable grâce retenue des épisodes très contrastés de l’immense François Couperin. Pour l’année Couperin 2018 – 350è anniversaire, le programme précédemment joué / rodé en concert, ne pouvait mieux tomber.

 

VOIR notre reportage vidéo Les Timbres enregistrent COUPERIN
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COUPERIN portraitVIDEO, Reportage. Les Timbres jouent COUPERIN. Le 20 avril 2018 sort le nouveau disque de l’ensemble sur instruments d’époque, Les Timbres : Concerts Royaux de François COUPERIN. L’année Couperin ne pouvait rêver meilleur hommage ni accomplissement plus pertinent. Reportage vidéo réalisé pendant l’enregistrement à Frasne le Château en juillet 2017 – Qu’apportent aujourd’hui Les Timbres ? Quels sont les défis de l’interprétation, le propre de l’écriture de François Couperin, quelle est sa conception de la musique concertante ? Musique d’un équilibre délicat où chaque partie compte, se complète, s’écoute, le monde instrumental de Couperin permet aux Timbres de dévoiler davantage ce qu’ils maîtrisent, l’art du dialogue concerté, l’harmonie collégiale dont rêve tout ensemble musical… CD récompensé par un “CLIC” de CLASSIQUENEWS

Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018

VOIR le teaser du cd concerts royaux de Fr. Couperin par Les Timbres
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http://www.classiquenews.com/cd-evenement-couperin-concerts-royaux-par-les-timbres-1-cd-flora-musica/NOUVEAU CD, TEASER. Concerts Royaux (Paris 1722) par LES TIMBRES — Les Timbres jouent COUPERIN. Le 20 avril 2018 sort le nouveau disque de l’ensemble sur instruments d’époque, Les Timbres : Concerts Royaux de François COUPERIN. L’année Couperin ne pouvait rêver meilleur hommage ni accomplissement plus pertinent. TEASER vidéo réalisé à l’occasion de l’enregistrement à Frasne le Château en juillet 2017 – Musique d’un équilibre délicat où chaque partie compte, se complète, s’écoute, le monde instrumental de Couperin permet aux Timbres de dévoiler ce qu’ils maîtrisent, l’art du dialogue concerté, l’harmonie collégiale dont rêve tout ensemble musical… CD récompensé par un “CLIC” de CLASSIQUENEWS
Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018

Livres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck: Bach et Buxtehude (Éditions Desclée de Brouwer)

cantagrel bach et buxtehude livre declee de brouwer critique compte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsLivres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck: Bach et Buxtehude (Éditions Desclée de Brouwer). La maison d’édition DDB Desclée de Brouwer réédite un texte capital pour comprendre d’où vient JS Bach, ce que le génie du baroque germanique doit à son mentor lübeckois : Dietrich Buxtehude (1637-1707). Une pensée universaliste, une exigence artistique qui fusionnant foi et art, fait de la musique, un savoir rhétorique qui détient les clés de la vie humaine… Rien de moins. C’est cette vertu de la musique, son essence harmonique et parfaite, miroir de la perfection divine que le vieux maître transmet à son jeune successeur. Transmission d’une leçon, d’un enseignement, d’une sagesse, le sujet de ce livre plus proche de la vérité historique que fiction romanesque, permet de mesurer ce qu’ont eu de commun, deux grands créateurs du Baroque germanique : Buxtehude et JS Bach.

La ville de Lubeck (qui est aussi le personnage principal de ce texte) ayant été bombardée en 1942, rien ne reste de la ville qu’a connu le jeune Bach âgé de 20 ans, venu y écouter et rencontrer son modèle d’alors : l’illustre et génial organiste Buxtehude, véritable dieu vivant de la musique. Disparus à jamais les monuments baroques de la riche cité de 1705, comme les archives documentant l’une des rencontres les plus importantes de l’histoire de la musique : celle du jeune Jean-Sébastien avec Dietrich Buxtehude, à partir du 30 octobre 1705 : Bach est un jeune homme de 20 ans, organiste à Arnstadt. Buxtehude est à la fin de sa vie, il mourra 2 ans après la rencontre : c’est plus qu’un musicien virtuose et le premier sur son territoire : un génie qui a fusionné exigence artistique et pensée religieuse.
Pour Bach, c’est le pèlerinage de sa vie. Ayant parcouru 100 lieues, d’Arnstadt en Thuringe (le berceau de la famille Bach) à la ville hanséatique de Lübeck, il a quitté son poste d’organiste, sa famille, parcouru à pieds la distance nécessaire passant par Lünebourg, enfin arrivé le 30 octobre 1705 au terme d’un périple de près de 12 jours.

 

 

 

Transmission d’un savoir

 

 

buxtehude aux cotes de Reincken 1674 soiree musicaleC’est que Dietrich Buxtehude (1637-1705) est une personnalité unanimement reconnue, célébrée, vénérée par un cercle de jeunes disciples dont les musiciens les plus prometteurs de leur génération. Bach fait partie de ces jeunes apprentis désireux de comprendre le mystère d’une célébrité si universelle. Son voyage lui apportera les fruits espérés. Aux côtés de Haendel qui lui aussi a fait le voyage et qui composant son opéra Rodrigo, s’apprête à quitter Lübeck pour Rome, Bach vit une véritable initiation, un périple dans la ville, aux côtés de Buxtehude qui organise les fameux concerts du mercredi et du jeudi (Abdenmusiken), auxquels la foule se presse… Le jeune organiste est ainsi sensibilisé au métier, au savoir musical, aux secrets de l’orgue, du jeu au pédalier, au sens profond de la composition musicale. Au soir de sa vie, le vieux Buxtehude (sexagénaire) pense à sa succession, regrette la mort de son élève le plus talentueux (après Bach), Bruhns, décédé à 30 ans ; jouant à l’orgue lors de soirées mémorables et fastueuses où toute la ville de Lübeck se présente, (mercredi 2 puis jeudi 3 décembre 1705 dont le programme est précisément décrit), livrant toute la musique des grandes fêtes religieuses, Buxtehude livre une leçon de maîtrise, trouvant en la personne du jeune Jean-Sébastien, un assistant d’une exceptionnelle sensibilité. Les deux hommes se comprennent ; et la transmission de la pensée musicale qui se réalise ici, structure fondamentalement l’esprit et l’éthique du jeune organiste d’Arnstadt, qui est alors au début de son immense carrière. La langue est précise et sobre ; le souci d’exactitude historique et de véracité humaine rétablit la richesse et la profondeur d’une rencontre clé dans l’histoire de la musique.
L’histoire musicale est une affaire de rencontre, de partage, de transmission, de valeurs et de visions explicitées, nuancées, reconnues. La rencontre de Lubeck est un moment essentiel pour la vie du vieux Buxtehude et du jeune Bach. Les deux en sortiront différents et plus sincères encore qu’auparavant. Buxtehude, grandi parce qu’il a pu expliciter sa vision musicale, sa pensée la plus personnelle ; Jean-Sébastien Bach, parce qu’il n’aura plus jamais une expérience et une formation aussi élevée sur le plan artistique, technique, théorique, esthétique et philosophique. Les pages évoquant la musique comme savoir et source symbolique éclairant le mystère divin de la vie et de la nature, comme rhétorique et discours doué d’un sens supérieur et essentiel sont les plus captivantes. Dans la clarté de l’évocation, le lecteur recueille toutes les composantes d’une exigence morale et spirituelle qui font de Buxtehude et de Bach, les créateurs les plus raffinés, complexes et pourtant accessibles qui soient. Lecture incontournable.

 

 

Livres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck, Bach et Buxtehude (Réédition- Éditions Desclée de Brouwer). 190 pages. Parution : septembre 2015. EAN : 9782220075846. Prix indicatif : 17,90 €. Illustrations: la couverture du livre La Rencontre de Lubeck par Gilles Cantagrel et le détail de notre article sont des extraits du tableau peint en 1674 par Johannes Voorhout (Une société musicale), représentant Buxtehude à la viole et son ami, élève, le riche Reinken résident à Hambourg (DR)

Reincken-buxtehude-painting-tableau-societe-musicale-1674-dietrich-Buxtehude-classiquenews-582