FONTAINEBLEAU : Festival Fresques Musicales 2016

fontainebleau fresques musicales aout 2016 presentation review compte rendu classiquenews selection evenement classiquenewsFONTAINEBLEAU, Château. Festival Fresques musicales, les 27 et 28 août 2016 : le goût de Louis XV. Le concept qui fusionne étroitement beauté patrimoniale et concerts de musique classique réalise un bel accomplissement, bien qu’encore jeune (créé en 2015) dans les lieux le plus spectaculaires du château de Fontainebleau (Seine et Marne). En particulier accueillie dans la Chapelle et la Salle de Bal, édifiées sous Henri II, dans le pur style Renaissance, la programmation sur 2 journées entend ressusciter ce goût musical spécifique des souverains français pour la musique dans leur château… résidence de chasse certes, référence explicite au raffinement italien, mais aussi célébration en musique des événements dynastiques.

 
 

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Festival estival 2016 à Fontainebleau…
Le goût de Louis XV

 

En 2016, le festival Fresques musicales (rĂ©fĂ©rence au dĂ©cor de la Salle de Bal, par Le Primatice et Niccolo dell ‘Abbate, – stucs de Scibec de Carpi, vĂ©ritable Sixtine Ă  la française) Ă©voque cet Ă©tĂ©, le goĂ»t de Louis XV, l’esprit et l’esthĂ©tique du XVIIIème siècle, ceux des Lumières car Fontainebleau fut aussi sa rĂ©sidence prĂ©fĂ©rĂ©e. Le temps du dernier week end du mois d’aoĂ»t, samedi 27 et dimanche 28 aoĂ»t prochains, les Fresques musicales proposent 7 programmes inĂ©dits, respectueux de la thĂ©matique 2016, dont (nos 5 coups de coeur) :

 

 

 

Nos 5 coups de coeur

 

1- Une évocation des Reines et Favorites du Roi (oeuvres de Blamont, Destouches, Francoeur et Rebel, Rousseau… Les Ombres — Salle de Bal, le 27 août, 15h15, durée: 1h)

2- La mort du Dauphin/Stabat Mater (création) par le Concert de La Loge et Julien Chauvin (violon et direction), œuvres de Haendel et Boccherini — Chapelle de Trinité, le 27 août, 16h45 (durée : 1h)

3- Lumière, récital du pianiste Francesco Tristano, musique classique et électronique / Carte blanche — Salle de Bal, le 27 août à 20h30 (durée : 1h15mn)

4- Une Journée avec Louis XV à Fontainebleau : récital de la claveciniste Céline Frisch (Couperin, Rameau, Royer, Daquin…) — Chapelle de la Trinité, le 28 août à 16h45

5- Amour et Ferveur au temps des Lumières : Campra, Teleman, Forqueray, Rameau et Gluck par le Ricercar Consort, Philippe Pierlot — Chapelle de la Trinité, dimanche 28 août 2016, 18h15

 

 

 

Tous les concerts durent 1h et ont lieu dans les sites emblématiques de la musique à Fontainebleau : Salle de Bal, Chapelle de La Trinité. Visites conférences, animations vous attendent aussi au moment de votre séjour à Fontainebleau

Programmation complète, réservations, renseignements pratiques sur le site du château de Fontainbelau
http://www.chateaudefontainebleau.fr/LES-FRESQUES-MUSICALES-DE,1266

 

 

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TARIFS :
RĂ©servation en ligne en cliquant : http://chateaudefontainebleau.tickeasy.com/fr-FR/accueil
Plein tarif : 25€ Tarif réduit (de 12 à 25 ans) : 15 € ; 7€ pour les moins de 12 ans.
Pass journée 3 concerts : 60 € (Disponible uniquement en caisse)
Les billets des concerts donnent accès au château

Festival Fresques Musicales, les 27 et 28 août 2016
Château de Fontainebleau
Place Charles-de-Gaulle
77300 Fontainebleau
Tel : 01 60 71 50 70

 

 

 

Versailles : La nuit des rois de Jordi Savall en direct sur culturebox

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesEn direct sur internet. La Nuit des Rois : Jordi Savall à Versailles, mardi 30 juin 2015 en direct sur culturebox, dès 20h. 2015 marque le tricentenaire de la mort de Louis XIV (en septembre exactement). Par mi les nombreuses célébrations de la mort du Roi Soleil le septembre 1715, Versailles invite Jordi Savall pour la Nuit des Rois : 3 concerts dans 3 Lieux du château pour célébrer la gloire et le goût musical et artistique des 3 souverains bourbons qui ont marqué un âge d’or de la culture française à l’âge baroque, du premier XVIIè à l’esprit des Lumières. Ainsi au programme :

Concert Louis XIII à l’Opéra royal
Concert Louis XIV Ă  la Chapelle royale
Concert Louis XV dans la Galerie des glaces

Lully à VersaillesEn 2014, il avait dédié à Versailles une première nuit thématique autour des oeuvres de Haendel, investissant l’espace d’un soir, les 3 lieux emblématique de la vie de cour à Versailles entre dévotion, opéra et allégeance au Souverain : la chapelle, l’opéra et la galerie. Le 30 juin 2015, Jordi Savall souligne le goût spécifique de chaque monarque français, et le genre dans lequel il a marqué une passion personnelle.
Louis XIII à l’Opéra : joueur de luth, bon danseur, esprit mystérieux et solitaire (LIRE notre évocation de LOUIS XIII à travers sa passion du luth, entretien avec le luthiste Miguel Yisrael et son cd Les Rois de Versailles, CLIC de classiquenews 2014), Louis XIII, père de Louis XIV crée les 24 Violons du Roi, bande d’instrumentistes d’un niveau excellent, véritable modèle pour l’Europe…
Louis XIV (notre photo ci dessus) se montre quant à lui friand de virtuosité comiques avec l’ère de la comédie ballet et bientôt de la tragédie lyrique inventé pour lui à Versailles par Lully. Le théâtre envahit toute la vie de Cour jusqu’à la chapelle royale dernier grand chantier de son règne.
Louis XV à l’âme mélancolique voire dépressive cultive les divertissements amoureux que Voltaire et Rameau expriment sous la forme d’opéras-ballets, de comédie d’un nouveau genre. Fêtes, bals costumés, badineries (peintes par Boucher) font de Versailles un lieu de plaisirs et de sensualité que l’esprit et le goût de la Pompadour rehausse jusqu’à l’excellence. Son règne s’achève sur le nouvel opéra royal et le nouveau décor de la galerie des glaces pour le mariage du Dauphin, futur Louis XVI et de la Marie-Antoinette…

 

 

 

La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction

Versailles, Château. Mardi 30 juin 2015, 20h
Durée : 4 h (2 entractes inclus, le temps que les musiciens rejoignent les lieux entre chaque programme….)

logo_culturebox_300_2014VISITEZ le site de culturebox et la page dédiée au concert événement LA NUIT des ROIS au château de Versailles par Jordi Savall, mardi 30 juin 2015, 20h

 

Programme détaillé de la Nuit des Rois au Château de Versailles :
FĂŞtes Royales aux temps de Louis XIII, Louis XIV, Louis XV

♦ Opéra Royal : l’orchestre de Louis XIII

Musiques de l’enfance du Dauphin
Musique pour le Sacre du Roy, fait le 17 Octobre 1610
Musiques pour le Mariage du Roy Louis XIII, faites en 1615
Concert donné a Louis XIII en 1627 par les 24 Violons
Les Musiques de Ballet 1634 – 1640

♦ Chapelle Royale : la Gloire de Dieu au temps de Louis XIV

Michel-Richard Delalande
De profundis

Marc-Antoine Charpentier
Te Deum

♦ Galerie des Glaces : la Tragédie Lyrique au temps de Louis XV

Jean-Philippe Rameau
Les BorĂ©ades* – ouverture, Airs et ChĹ“urs

Mardi 30 juin 2015 dès 20h sur Culturebox, et sur France 2 le 1er septembre 2015

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial LULLY à VERSAILLES

ZaĂŻs de Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Versailles, OpĂ©ra royal. Le 18 novembre 2014, 20h. Rameau : ZaĂŻs, 1748. Oeuvre du compositeur officiel de Louis XV, rĂ©cemment couronnĂ© par ses contemporains pour l’insolente, mordante, dĂ©lirante PlatĂ©e (comĂ©die lyrique de 1745), Rameau livre les divertissements de la Cour la plus raffinĂ©e et la plus innovante l’Europe en matière musicale. Pour preuve, le ballet-hĂ©roĂŻque ZaĂŻs sur un livret de Cahuzac, complice de Rameau dans la modernitĂ© : rien que l’Ouverture qui organise le Chaos est un dĂ©fi orchestral inouĂŻ Ă  l’Ă©poque ; il souligne combien Rameau est ce gĂ©nie expĂ©rimental soucieux d’exprimer les phĂ©nomènes naturels comme l’expression des passions humaines. Propre Ă  la lĂ©gèretĂ© sensuelle et pastorale de l’Ă©poque de La Pompadour, l’intrigue amoureuse Ă©voque en quatre actes les Ă©preuves qu’impose l’amant soupçonneux ZaĂŻs (Julian PrĂ©gardien) Ă  l’endroit de sa maĂ®tresse ZĂ©lidie (Sandrine Piau)… d’acte en acte, le gĂ©nie aĂ©rien redouble de manigances et d’intrigues (avec la complicitĂ© de son confident le roublard Cindor) pour confondre celle qu’il aime mais dont il doute… Ă  force d’Ă©preuves et de dĂ©fis masqĂ©s, ZaĂŻs ne risque-t-il pas de dĂ©truire le lien qui le lie Ă  ZĂ©lidie ? L’amour Ă©prouvĂ© fait contraste ici avec les danses et les divertissements qui permettent le dĂ©ploiement de la souveraine musique, celle du gĂ©nie ramĂ©lien riche en enchantements formels des plus divers.

 

 

 

L’amour Ă©prouvĂ©

 

Prologue. Après que le roi des gĂ©nies Ă©lĂ©menaires Oromazès ait dĂ©brouiller le chaos, l’Amour vient s’emparer des cĹ“urs pour mieux les Ă©prouver.

Acte I. ZaĂŻs, gĂ©nie de l’air aime la belle mortelle ZĂ©lide, simple bergère : il lui apparaĂ®t comme un berger rĂ©pondant Ă  sa flamme.

Acte II. Cindor, confident de ZaĂŻs, Ă©prouve l’amour de ZĂ©lide : il l’emporte dans sa cour cĂ©leste : lui avoue son amour, l’effraie par un tonnerre, lui offre l’immortalitĂ© ; rien n’y fait : ZĂ©lidie rĂ©clame ZaĂŻs qu’elle pense en danger car il est restĂ© sur terre. ZĂ©lidie parvient Ă  dĂ©noncer Cindor Ă  ZaĂŻs : la loyautĂ© de la bergère semble sans dĂ©faut.

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Acte III. ZĂ©lidie ainsi Ă©prouvĂ©e douteĂ  prĂ©sent des sentiments de ZaĂŻs. D’autant que zaĂŻs dĂ©guisĂ© Ă  prĂ©sent en Cindor propose Ă  la bergère de se venger de l’infidèle… ZĂ©lidie dĂ©truite, Ă©mue, s’enfuit.

Acte IV. en un geste final d’apaisement, ZaĂŻs rassurĂ© dĂ©clare aimer Ă  jamais ZĂ©lidie, et renoncer Ă  son immortalitĂ© comme gĂ©nie : car comme l’a prĂ©cisĂ© l’oracle : “Le vĂ©ritable amour se suffit Ă  lui-mĂŞme”. Mais pour rĂ©compenser une amante si dĂ©vouĂ©e, le roi Oromazès restitue Ă  ZaĂŻs son immortalitĂ© et l’Ă©tend mĂŞme Ă  ZĂ©lidie. Le couple par la puretĂ© partagĂ© de son amour a conquis l’immortalitĂ©.

Visiter le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles, voir les infos sur ZaĂŻs Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

Rameau : ZaĂŻs, 1748 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
version de concert

Julian Prégardien, Zaïs
Sandrine Piau, Zelidie
Aimery Lefèvre, Oromasès
Benoît Arnould, Cindor
Amel Brahim-Djelloul, Sylphide, la Grande prêtresse de l’amour
Hasnaa Bennani, L’Amour
Zachary Wilder, Un Sylphe

Choeur de Chambre de Namur
Thibaut Lenærts, direction du choeur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction et clavecin

Jordi Savall joue Rameau sur France 2

france2-logo_2013Télé. France 2. Jordi Savall joue Rameau, jeudi 6 mars 2014, 00h30. On se souvient d’un disque exemplaire restituant le faste chorégraphique et cette sensibilité à la couleur et aux timbres  d’un Rameau réenchanté grâce à la direction du chef fondateur du Concert des Nations, Jordi Savall. Le programme avait été rodé d’abord au concert, comme ici en 2011, puis enregistré dans la foulée pour le disque (Alia Vox). France 2 en cette année Rameau 2014 nous offre l’enregistrement filmé du concert donné à l’Opéra royal de Versailles le 16 janvier 2011. Le lieu est d’autant mieux désigné pour Rameau que le Dijonais occupa les fonctions les plus prestigieuses à la Cour de France sous Louis XV à Versailles précisément. A l’époque, le Château ne dispose pas encore d’un opéra en dur, mais en divers sites du domaine, les compositeurs disposent d’un goût jamais atténué pour la machine lyrique et dans le cas de Rameau, du flamboiement d’un orchestre souverain, n’en déplaisent aux chanteurs et acteurs de l’Académie royale de musique. Le programme défendu par Savall et ses équipes illustrent l’excellence du compositeur dans l’art orchestral,  c’est même dans le cas de Rameau, du premier symphoniste digne de ce nom, avant Berlioz et les romantiques.  

 

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Pleins feux sur Rameau le symphoniste 

L’orchestre de Louis XV selon Rameau

 

Voici ce qu’écrivait Ernst Van Beck à propos du cd Rameau, l’orchestre de Louis XV lors de sa parution en juin 2006… Le programme du disque est identique aux œuvres abordés dans le concert filmé diffusé sur France 2.

Fastes et éloquence ramistes… Ici, naît l’orchestre français et déjà ce symphonisme ardent, ivre de couleurs et de climats ténus qui dépassent bien souvent leur “prétexte narratif”: à Jordi Savall, reconnaissons ce génie magicien du geste capable de transmettre aujourd’hui la modernité inclassable du plus grand compositeur français du XVIIIè. Magistral.

Dès les Indes Galantes, première pierre de cette incursion chronologiquement respectée et qui restitue comme une manière de récapitulation de l’écriture de Rameau des Indes Galantes donc (1735) aux Boréades (1764, que l’auteur ne put voir créé de son vivant): Jordi Savall se dévoile immensément inspiré dans ce théâtre du délire musical, de l’enchantement rocaille et de la pure invention baroque. Certes il y a le mordant et l’expressivité des cordes (superbes coups d’archet), la vitalité des bois (hautbois et bassons à la fête), avec l’accent et la couleur des cuivres étonnamment ronds et précis, Jordi Savall souligne tout ce que Rameau doit à Lully dans la grandeur et la solennité (jamais cependant grandiloquente: balancement suspendu du Menuet des guerriers…). La

Chaconne laisse respirer la phrase, déployant ce goût de la pâte, ce coloris savallien dont nous avons pu dire toute la subtilité et le raffinement jamais strictement démonstratif, toujours aérien, d’une onctuosité si délectable, déjà admirablement réalisés dans le précédent disque dédié à cet autre magicien au début du XVIIIè, François Couperin.

Nostalgie, rêve, enchantement, force et muscle (énergie de l’ouverture de Naïs, 1748: d’une électrisante course construite comme une flamme ascensionnelle avec des fins de phrase pointées comme une touche sans appui)… toutes les facettes du soleil versaillais éblouissent ici; comme compositeur officiel de la Cour de Louis XV, Rameau méritait bien ce flamboiement de couleurs, cette précision d’accents, ce geste libéré qui oublie la tenue strictement rythmique pour atteindre à une continuité élastique et organique totalement jubilatoire (Rigaudons si diversement caractérisés de Naïs, plage 16), sans omettre la légèreté de la Chaconne.
Beaux accents mordants de l’ouverture de Zoroastre (1749) où s’accomplit avec une même souplesse les pointes aigres surexpressives puis ce lâcher prise d’une onctuosité tout en finesse mélancolique: le contraste de ces deux climats enchaînés est déjà le  gage d’une superbe compréhension de la versatilité permanente du Rameau inventeur. Dans l’air des esprits infernaux plus l’air grave, Savall et sa noble assemblée font rugir la présence du théâtre avec une pâte là encore suractive et passionnante car la richesse dynamique ne ralentit jamais l’architecture dramatique. La Gavotte en rondeau puis la Sarabande (superbes respirations) convoquent le raffinement mondain des salons courtisans, cette délicatesse et ce poli d’intonation qui rappellent
évidemment les pièces de clavecin en concerts, eux même si inspirés par la succession prodigieuse des opéras du Dijonais.
Et que dire encore de la frénésie voire la transe de la conclusion des Boréades, l’ultime oeuvre de Rameau, où c’est le génie de la danse qui emporte tout l’orchestre au langage si flamboyant. Allant dramatique annoncé dans les gavottes pour les heures et les zéphyrs, réglées comme des mécaniques fulgurantes… l’option du tempo s’avère convaincante. Instrumentalement, Jordi Saval poursuit une étude de la sonorité appliquée amorcée auparavant sur les orchestres de Louis XIII et de Louis XIV. L’Héroïque, la Pastorale, l’action tragique s’incarnent ici avec une vitalité bouillonnante, une direction opulente et variée, qui aime s’alanguir et s’attendrir aux instants de repos et de méditation; rugir et souffler des braises à l’évocation des tempêtes et batailles en bon ordre. Pour accomplir cette recherche historique sur instruments d’époque selon la connaissance d’une recherche informée, Savall trouve en Manfredo Kraemer un violoniste complice évidemment crucial: la séduction formelle de la pâte globale comme ce nerf musclé des accents si habilement enchaînés dans leurs climats contrastés (poésie saisissante des Vents, si emblématique pour les Boréades) offrent aujourd’hui la plus vivante des propositions pour la musique française baroque dont Rameau sort gagnant. Le compositeur officiel de Louis XV dès 1745, incarne une manière rocaille pleinement aboutie et déjà visionnaire dans sa faveur délirante réservée aux instruments. L’orchestre vainc tout. Symphoniste, Rameau se distingue immédiatement. Peu à peu, une écriture d’abord dramatique et flamboyante déjà passionnante par sa verve créative séduit immédiatement; puis Savall nous initie à l’évolution de la plume ramiste, autour de 1750, plus construite, plus audacieuse et même abstraite: les ouvertures des Zoroastre et surtout des Boréades indiquent une pensée musicale de plus en plus libérée (pure invention rythmique de la contredanse en rondeau des Boréades).

Ici, naît l’orchestre français et déjà ce symphonisme ardent, ivre de couleurs et de climats ténus qui dépassent bien souvent leur “prétexte narratif”: à Jordi Savall, reconnaissons ce génie magicien du geste capable de transmettre aujourd’hui la modernité inclassable du plus grand compositeur français du XVIIIè. Magistral. Rameau: Suites d’orchestre. Les Indes Galantes, 1735. Naïs, 1748. Zoroastre, 1749. Les Boréades, 1764. Le Concert des Nations. Jordi Savall, direction. Ernst Van Beck. Voir la critique illustrée du disque Rameau, l’orchestre de Louis XV par Jordi Savall.