PARIS. Nouveau Lear Ă  Garnier

LEAR-REIMANN-palais-garnier-bo-skovhus,-presentation-annonce-classiquenewsPARIS, Palais Garnier : LEAR d’Aribert Reimann : 23 mai-12 juin2016. Nouveau spectacle Ă  partir du 23 mai au Palais Garnier. VIEILLARD DETRUIT… Le Palais Garnier Ă  Paris, remonte un ouvrage qui n’y avait pas Ă©tĂ© produit depusi sa crĂ©ation en … 1982, soit il y a 34 ans… Lear impose chez Shakespeare, la figure d’un roi prĂȘt Ă  renoncer, pour qui le pouvoir n’est que vanitĂ© et dont la gĂ©nĂ©reuse tendresse pour ses proches – ses trois filles aimĂ©es, aimantes- l’amĂšne Ă  offrir le pouvoir au risque de transformer ses propres enfants, en monstres dĂ©naturĂ©s, parfaitement barbares, entre eux, et aussi contre celui qui leur a donnĂ© la puissance. C’est entendu, le pouvoir et la politique rendent fou : ils transforment ceux qui devraient servir les autres, en tortionnaires habiles et masquĂ©s. La politique crĂ©e des monstres cruels et sadiques, dĂ©shumanisĂ©s. Rien n’est comparable Ă  la peine solitaire d’un pĂšre qui a malgrĂ© lui suscitĂ© la transformation infecte de ses descendants. ‘enfer est pavĂ© de bonnes intentions et Shakespeare dĂ©voile tout ce qui menace l’ordre social et la famille.

Les deux pĂšres Lear et Gloucester qui a pris son parti se rĂ©pondent dans leur impuissance : le premier est errant, en vain dĂ©fendu par les français ; le second, dĂ©chirĂ© et dĂ©truit par ses deux fils. Mais dans ce sombre tableau qui engage les morts sans compter, la figure d’Edgar, le fils illĂ©gitime se dresse contre l’ignominie. C’est lui quisauve son pĂšre du suicide et tue l’indigne frĂšre Edmond qui Ă©tait devenue l’amant et le gĂ©nĂ©ral de l’odieuse fille ainĂ©e de Lear, Goneril. Le mythe du vieillard politique dĂ©voilant l’infecte rĂ©alitĂ© humaine au soir de sa vie a suscitĂ© bien des envies musicales, surtout des vellĂ©itĂ©s lĂ©gendaires : Berlioz (ouverture), Debussy (essais de musique de scĂšne pour AndrĂ© Antoine), surtout Verdi, habitĂ©, terrifiĂ© par le sujet (Ă  Mascagni : ” je reste Ă©pouvantĂ© par le tableau du vieillard dĂ©truit solitaire sur la lande…”), dĂšs 1843, mais toujours dĂ©sespĂ©remment sec Ă  son Ă©gard, comme dĂ©passĂ© par le souffle et la vĂ©ritĂ© shakespearienne qui s’en dĂ©gagent. C’Ă©tait compter sans l’intuition visionnaire d’un baryton ayant mesurĂ© l’Ă©paisseur et la dĂ©mesure troublante d’un personnage taillĂ© pour son chant intĂ©rieur et racĂ© : Dietrich Fischer Dieskau ; le diseur lĂ©gendaire sollicite d’abord Britten, puis le pianiste qui depuis 1957 avait coutume d’accompagner de grands chanteurs, soit Aribert Reimann nĂ© en 1936, lequel se montre rĂ©servĂ©, mais lui-mĂȘme hantĂ© par le sujet et saisi par la prose de Shakespeare, passe Ă  la composition, en particulier lorsque l’OpĂ©ra de Munich par un hasard heureux, confirme en 1975 la nĂ©cessitĂ© d’Ă©crire un nouvel opĂ©ra, en passant une commande officielle dans ce sens Ă  Reimann. L’opĂ©ra sera crĂ©Ă© en en juillet 1978 avec Dietrich Fischer Dieskau dans la mise en scĂšne de Jean-Pierre Ponnelle.
A Paris, pour ce printemps oĂč l’on fĂȘte les 400 ans de la mort de William Shakespeare, le metteur en scĂšne fantasque et dĂ©lirant catalan, Calixto Bieito aborde la figure du vieillard saisi par l’effroi, avec Bo Skovhus dans le rĂŽle bouleversant de Lear. La production shakespearienne Ă  Garnier est d’autant plus attendue que Bieito a fait ses dĂ©buts au Festival de Salzbourg avec une mise en scĂšne de Macbeth, puis d’Hamlet au Festival international d’Edimbourg en 2003.

 

 

LEAR d’Aribert Reimann
OPÉRA EN DEUX PARTIES
Créé à Munich en 1978
MUSIQUE : Aribert Reimann (né en 1936)
LIVRET : Claus H. Henneberg
D’APRÈS William Shakespeare,
King Lear
En langue allemande
Surtitrage en français et en anglais

Fabio Luisi, direction musicale
Calixto Bieito, mise en scĂšne

KÖNIG LEAR : Bo Skovhus
KÖNIG VON FRANKREICH : Gidon Saks
HERZOG VON ALBANY : Andreas Scheibner
HERZOG VON CORNWALL : Michael Colvin
GRAF VON KENT : Kor-Jan Dusseljee
GRAF VON GLOSTER : Lauri Vasar
EDGAR : Andrew Watts
EDMUND : Andreas Conrad
GONERIL : Ricarda Merbeth
REGAN : Erika Sunnegardh
CORDELIA : Annette Dasch
NARR : Ernst Alisch
BEDIENTER : Nicolas Marie
RITTER : Lucas Prisor

7 représentations du 23 mai au 12 juin 2016
(3h, dont un entracte)
En langue allemande, surtitrée en anglais et en français

lundi 23 mai 2016 – 19h30
jeudi 26 mai 2016 – 19h30
dimanche 29 mai 2016 – 14h30
mercredi 1er juin 2016 – 20h30
lundi 6 juin 2016 – 19h30
jeudi 9 juin 2016 – 19h30
dimanche 12 juin 2016 – 19h30

INFORMATIONS / RÉSERVATIONS
par Internet : www.operadeparis.fr
par tĂ©lĂ©phone : 08 92 89 90 90 (0,34€ la minute)
tĂ©lĂ©phone depuis l’étranger : +33 1 72 29 35 35
aux guichets : au Palais Garnier et Ă  l’OpĂ©ra
Bastille tous les jours de 11h30 à 18h30 sauf dimanches et jours fériés

Concertini d’accueil
Dans les minutes qui précÚdent le début des
reprĂ©sentations de Lear, des musiciens de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris offrent de
petits concerts qui mettent à l’honneur Aribert
Reimann dans les espaces publics du Palais
Garnier (accĂšs gratuit pour les spectateurs
de la représentation).

Radiodiffusion sur France Musique le 18 juin 2016 Ă  19h08 dans l’émission Samedi soir Ă  l’opĂ©ra

 

 
 

Pour imaginer en fin d’action, son vieux hĂ©ros, seul, errant sur la lande, abandonnĂ© et trahi par tous, Shakespeare imagine une action de trĂšs ancienne mĂ©moire, se dĂ©roulant 800 ans avant l’ùre chrĂ©tienne : il s’inspire notamment de L’Historia regum Britanniae, rĂ©digĂ©e au XIIe siĂšcle par l’historien gallois Geoffroy de Monmouth, surtout des Chroniques d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande (1587) de Raphael Holinshed. En terres celtiques, le roi de l’Ăźle de Bretagne, Leir, paraĂźt tantĂŽt en potentat, tantĂŽt dĂ©muni, victime du pouvoir, pĂšre aimant pour des fils ingrats… La TragĂ©die du Roi Lear de Shakespeare est crĂ©Ă©e le 26 dĂ©cembre 1606 au Palais de Whitehall Ă  Londres en prĂ©sence du Roi Jacques Ier d’Angleterre.
En 1977, les rĂ©alisateurs et metteurs en scĂšne Peter Brook ou Roman Polanski (respectivement dans leur adaptation de Lear et de Macbeth au cinĂ©ma) ont soulignĂ© la puissance visionnaire du drame shakespeare, sa justesse et son discernement… ils soulignent combien le regard de Shakespeare sur la folie dĂ©risoire des hommes les a conduit effectivement aux pires sĂ©vices barbares du XXĂš…

 

 

 

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Reimann se joue des Ă©critures anciennes (classiques et tonales, primitive et dodĂ©caphoniste) pour constituer Ă  l’instar du polonais Krzysztof Penderecki, un drame thĂ©Ăątral en musique, oĂč perce le chant spectaculaire et puissant des percussions, – ou le choc de blocs sonores, qui sont autant de jalons marquant l’avancĂ©e inĂ©luctable du drame tragique. Ecriture prenante, houle instrumentale particuliĂšrement saisissante par ses effets dramatiques, la partition de Lear convoque concrĂštement les tensions destructrices qui agissent et mĂšnent le roi dĂ©possĂ©dĂ©, blessĂ© sur les rives de la folie… (scĂšne de la tempĂȘte oĂč le Roi bascule dans le cri et la dĂ©chirure intĂ©rieure, quand Ă  l’orchestre un bloc de 50 cordes s’effiloche graduellement en un chant solitaire, celui ultime de la contrebasse.
Ses deux derniÚres créations lyriques les plus marquantes, sont Bernarda Alba Haus (sur le texte de Garcia Lorca) en 2000 ; puis
Medea (d’aprĂšs la piĂšce de Franz Grillparzer), commande du Staatsoper de Vienne en 2010, est consacrĂ© « World PremiĂšre of the Year » par le magazine Opernwelt.

 

 

 

 

ARGUMENT

 

PREMIÈRE PARTIE. Le roi Lear convoque ses proches et les courtisans : il renonce au pouvoir en faveur de ses filles : Goneril, Regan et Cordelia, si elles lui tĂ©moignent leur affection et sont prĂȘtes Ă  partager le pouvoir. Seule Cordelia, la plus jeune, garde le silence : Lear l’exile et lui fait Ă©pouser le roi de France. Sa part Ă©choit Ă  ses ainĂ©es : Goneril et Regan. Lesquelles ne tardent pas Ă  montrer leur vrai visage : une guerre pour concentrer le pouvoir se prĂ©cise : le pĂšre encombrant est mĂȘme chassĂ© : errant sur la lande, en pleine tempĂȘte… Lear n’a plus que Kent et le fou comme fidĂšles amis. Reimann suit Shakespeare dans son Ă©vocation terrifique, gothique, fantastique d’un roi dĂ©chu, d’un pĂšre trahi et reniĂ©. Sauveur imprĂ©vu, Gloucester paraĂźt pour sauver le roi.

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE. Le duc de Cornouailles et Regan torturent Gloucester qu’ils ont fait prisonnier. Ils lui arrachent les yeux. Aveugle, Gloucester comprend la rĂ©alitĂ© de l’espĂšce humaine : une bĂȘte vouĂ©e Ă  la destruction collective. Il faut ĂȘtre dans le noir pour mieux voir. Son fils Edmond est devenu l’amant et le gĂ©nĂ©ral de la reine Goneril. La France dĂ©barque Ă  Douvres pour replacer sur le trĂŽne Lear qui accueilli par les français est soignĂ© dans leur camp par Cordelia : Lear reconnaĂźt sa fille et lui demande pardon. Edgar le fils illĂ©gitime de Gloucester, sauve son pĂšre qui voulait se suicider en se jetant d’une falaise. Mais Edmond bat les français : il fait assassiner Cordelia. Goneril empoisonne sa sƓur Regan. Enfin Edgar, l’illĂ©gitime tue son frĂšre Edmond en duel : Goneril se suicide et Lear paraĂźt enfin, portant le cadavre de Cordelia…