ARTEconcert. HANDEL : ALCINA, Fasolis / Poda (mars 2022)

handel-haendel-portrait-582-grand-portrait-handel-haendelOPERA, streaming ARTEconcert. HANDEL : ALCINA, Fasiolis / Poda. Jusqu’au 15 oct 2022   -   Tout l’opĂ©ra de Haendel bĂ©nĂ©ficie d’un regard sur la psychĂ© humaine et le pouvoir de l’amour d’une Ă©tonnante et juste noirceur. D’aprĂšs L’Arioste (Orlando Furioso, 1516), le compositeur construit son drame musical (1735) comme un Ă©chiquier amoureux, Ă©touffant, Ă©prouvant oĂč l’enchanteresse Alcina piĂšge les chevaliers qui se hasardent sur son Ăźle ; elle les envoĂ»te et les tient prisonniers Ă  sa guise, selon son bon vouloir. Roger / Ruggiero incarne cependant malgrĂ© les sortilĂšges de la SorciĂšre, l’inconstance et la fĂ©brilitĂ© d’Eros et Alcina doit bien reconnaĂźtre sa dĂ©faite cinglante Ă  s’attacher la fidĂ©litĂ© et l’amour du seul chevalier qu’elle aime
 Le sommet de la partition est le grand air d’Alcina, celui de la destruction psychique d’une sorciĂšre amoureuse mais dĂ©munie, impuissante, dĂ©vorĂ©e par le feu de l’amour insatisfait « A mio cor » / (1h38mn38). La production de l’OpĂ©ra de Lausanne est trĂšs convaincante.

 

 

 

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Le Ruggiero de Franco Fagioli dĂ©borde de vĂ©risme Ă©motionnel ; certes le style est parfois maniĂ©rĂ©, mais le dessin de la ligne vocale, l’intention jusqu’auboutiste, expriment le dĂ©sarroi du chevalier qui est manipulĂ© sans le comprendre ; perdu, au bord de la folie sur l’üle de l’Enchanteresse. Son dernier grand air fait valoir la souplesse des passages de tĂȘte et de poitrine, l’exceptionnelle Ă©tendue de la tessiture et sur tout le spectre, une intensitĂ© Ă©gale des notes qui fusent dont des aigus perçants magnifiques (2h29mn49 : « Dans sa taniĂšre, la tigresse hĂ©site
 »), le voici ce Ruggiero en fin d’épreuves, encore guerrier, prĂȘt Ă  en dĂ©coudre pour combattre et vaincre celle qui impose sa loi trompeuse et illusoire.

RĂŽle Ă©crasant que celui d’Alcina : recitatifs impĂ©tueux soutenus par un orchestre fiĂ©vreux, nerveux, sanguin, musclĂ© (2h00mn27) : l’enchanteresse haineuse, pleine de revanche car elle a Ă©tĂ© trahie par Ruggiero, s’obstine dans la magie pourtant vaine, elle doute, prĂȘte Ă  s’effondrer, vaincue, trompĂ©e, « que me reste-t-il »? (2’01’44 : « Ombre palide ») – intervalles assumĂ©s, intensitĂ© hallucinĂ©e, soprano incandescent, clair, mĂ©tallique parfois, toujours agile et percutant, douĂ© d’une excellente articulation, l’Alcina de Lenneken Ruiten est le pilier de cette production suisse. C’est un grand moment de dĂ©lire lacrymal exploitant des moyens indiscutables (aigus sidĂ©rants et pleins Ă  l’avenant).

Dans ce labyrinthe des cƓurs Ă©prouvĂ©s, solitaires, souvent dĂ©munis, la Morgane de Sophie Lys apporte elle aussi une sincĂ©ritĂ© touchante (air dĂ©sespĂ©rĂ© et d’imploration  « Crede
 », 2’10’41 avec viole obligĂ©e), Ă©cho Ă  la dĂ©faite d’Alcina.

L’Oronte de Juan Sancho est de la mĂȘme veine ; d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, celle d’une Ăąme ravie, conquise, accompagnĂ©e par un orchestre Ă©toilĂ©, aux cordes hyperĂ©lĂ©gantes (air d’extase amoureuse oĂč le jeune homme confesse son amour tant attendu, espĂ©rĂ© (par Morgana prĂ©cĂ©demment) : « Un momento di contento
 » ; c’est alors le seul vrai moment de comprĂ©hension amoureuse, une pause Ă©motionnelle bienvenue dans un tunnel de souffrance sentimentale : 2h21mn04)
Dans la fosse, habitĂ©, Ă  la baguette crĂ©pitante, Ă  l’écoute des Ă©garements de la folie amoureuse, Diego Fasolis affirme un beau tempĂ©rament dramatique. Sa direction franche, nerveuse porte et cultive le drame fantastique et tragique, avec toute la finesse requise.
Cependant que, cÎté mise en scÚne, ces figures comme des ombres, ce jeu de sphÚres, et de structures armilliaires soulignent le statut des chevaliers prisonniers, pris dans les rets de la séductrice enchanteresse, au pouvoir finalement limités
 Splendide.

 

 

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REVOIR sur ARTEconcert, en replay jusqu’au 15 oct 2022
FilmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Lausanne, le 6 mars 2022.
https://www.arte.tv/fr/videos/108001-000-A/haendel-alcina/

Alcina / Lenneke Ruiten
Ruggiero / Franco Fagioli
Oronte / Juan Sancho
Melisso / Guilhem Worms
Bradamante / Marina Viotti
Morgana / Marie Lys
Oberto / Ludmila Schwartzwalder
Stefano Poda, mise en scĂšne
Choeur et Orchestre de chambre de Lausanne

Diego Fasolis, direction

 

 

 

 

 

 

Onéguine à LAUSANNE

piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851LAUSANNE, OpĂ©ra. TCHAIKOVSKI : EugĂšne OnĂ©guine, 3 < 10 avril 2022. Lorsque Tatyana dĂ©clare son amour Ă  OnĂ©guine, se doute-t-elle un instant qu’il la rejettera, prĂ©fĂ©rant flirter avec sa sƓur Olga, au grand dam de son ami Lensky ? Pourtant, par ce refus OnĂ©guine signe sa propre mort sentimentale, un suicide amoureux. Et, lorsque quelques annĂ©es plus tard, il est pris d’une puissante admiration en revoyant Tatyana, mĂ©tamorphosĂ©e par son ascension sociale, OnĂ©guine comprenant son erreur, n’aura d’autre choix que de sombrer dans le dĂ©sespoir.
Le roman de Pouchkine met en scĂšne la vie russe de la paisible campagne de l’Oural Ă  l’univers mondain moscovite. TchaĂŻkovski y trouve le matĂ©riau propice Ă  l’une de ses Ɠuvres aussi puissante que La Dame de Pique ou Iolanta. La musique raffinĂ©e, passionnĂ©e et pourtant toujours transparente et claire devient confession individuelle qui met en exergue les sentiments torturĂ©s des protagonistes.

Opéra de LAUSANNEboutonreservation
Dim 3 avril 2022, 17h
Mer 6 avril 2022, 19h
Ven 8 avril 2022, 20h
Dim 10 avril 2022, 15h

RĂ©servez vos places directement
sur le site de l’OpĂ©ra de Lausanne, ici :
https://www.opera-lausanne.ch/show/eugene-oneguine-2-2/

Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (1840-1893)
EUGÈNE ONÉGUINE
Drame lyrique en trois actes et sept tableaux
Livret de Constantin Shilovsky et du compositeur, inspirĂ© du roman d’Alexandre Pouchkine

PremiÚre représentation au Petit théùtre du CollÚge impérial de musique à Moscou, le 29 mars 1879

Eugene Onegin : Kostas Smoriginas
Tatyana : Natalia Tanasii
Vladimir Lensky : Pavel Petrov



Orchestre de Chambre de Lausanne
ChƓur de l’OpĂ©ra de Lausanne

Direction musicale : Gavriel Heine
Mise en scĂšne et costumes : Éric VigiĂ©

CD, Ă©vĂ©nement. Alexandre DENÉREAZ : TOUTANKHAMON
 Volgograd Symph Orchestra / Siffert (1 cd GALLO, 2006).

denereaz alexandre tombe toutankhamon le tombeau de toutankhamon cd critique glallo critique review cd critique cd opera concert critique classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement. Alexandre DENÉREAZ : TOUTANKHAMON
 Volgograd Symph Orchestra / Siffert (1 cd GALLO, 2006). Compositeur contemporain de Ravel, le suisse nĂ© Ă  Lausanne Alexandre DenĂ©rĂ©az (1875 – 1947) « ose » mettre en musique le choc retentissant que fut la dĂ©couverte de la tombe du souverain d’Egypte Toutankhamon, le 4 novembre 1922. Il allait crĂ©er sa nouvelle partition 4 ans aprĂšs la dĂ©couverte phĂ©nomĂ©nale
 Curieusement trop peu de compositeurs ont relayĂ© l’actualitĂ© de l’égyptologie, contrairement aux arts dĂ©coratifs ou Ă  la peinture, miroirs de cette passion française et europĂ©enne pour l’Egypte ancienne. Certes Philip Glass a bien composĂ© sur l’hĂ©rĂ©siarque mystique Akhetaton
 mais il reste un cas isolĂ©.
Le Suisse Alexandre DenĂ©rĂ©az vient opportunĂ©ment enrichir le tableau. Pas facile de trouver les Ă©quivalences musicales (timbres et rythmes), au raffinement inouĂŻ des piĂšces d’or et de gemmes prĂ©cieuses, retrouvĂ©es par Howard Carter dans la VallĂ©e des Rois. CrĂ©Ă© par Ernest Ansermet Ă  Lausanne en 1926, l’ample poĂšme symphonique de plus de 15 mn rend cependant hommage Ă  l’évĂ©nement archĂ©ologique le plus bouleversant de l’égyptologie (aprĂšs la rĂ©solution des hiĂ©roglyphes par Champollion en 1824) ; certes dans l’interprĂ©tation que nous en offre Emmanuel Siffert et l’orchestre de Volgograd (enregistrement de 2006), on regrette la duretĂ© du geste et les contrastes dynamiques trop appuyĂ©s (cors faillibles en ouverture), creusant les Ă©carts dynamiques
 pourtant le compositeur ne manque pas de vertiges allusifs comme Le RĂȘve (la piĂšce qui suit Toutankhamon) le dĂ©montre aisĂ©ment. DatĂ©e de 1908, l’intermĂšde symphonique tĂ©moigne d’une sensibilitĂ© souple et rĂȘveuse, au chant mesurĂ© pourtant d’une couleur straussienne, manifeste.

La TOMBE de TOUTANKHAMON

Connaissez-vous le poÚme symphonique du compositeur suisse Alexandre Denéréaz (1926) ?

Ce qui semble avoir marqué  DenĂ©rĂ©az, c’est moins le contenu mĂȘme de la tombe, – les nuances infinies d’or, d’une statue Ă  l’autre, de bijoux en coffrets
 que la nouvelle fracassante et son retentissement mondial, dĂšs la proclamation en novembre 1922. Soit presque 3000 objets exhumĂ©s, classĂ©s, analysĂ©s, identifiĂ©s au terme de 10 annĂ©es de soin  et de mĂ©thode scientifique
 Presque cent ans aprĂšs l’évĂ©nement, la force de la piĂšce exprime et le mystĂšre et la gloire de cette dĂ©couverte ahurissante en un orchestre rutilant parfois vĂ©hĂ©ment, au final percutant et vif. La majestĂ© et la violence aussi marquent l’évocation de la civilisation Ă©gyptienne par DenĂ©rĂ©az, visiblement touchĂ© par la signification de cette dĂ©couverte.
Soulignant la capacitĂ© narrative du compositeur, l’éditeur suisse Gallo complĂšte astucieusement l’édition de Toutankhamon par la Suite « ScĂšnes de la vie du cirque » de 1911, qu’il faut estimer comme une dĂ©monstration d’imagination nĂ©o wagnĂ©rienne, mais aussi telle une autre offrande Ă  la quĂȘte d’exotisme : l’homme-serpent, les Africains et la danse africaine (d’une belle ivresse non dĂ©nuĂ©e d’humour) avant l’épilogue soulignant la recherche des couleurs extra-europĂ©ennes que cultive le compositeur de Lausanne.
Au final, la verve imaginative de DenĂ©rĂ©az est Ă©vidente ; son langage symphonique Ă©tant prĂȘt Ă  relever tous les dĂ©fis de l’évocation moins de l’illustration littĂ©rale. C’est un tĂ©moignage prĂ©cieux de l’écho ressenti par un contemporain en 1922 : Toutankhamon n’a rien perdu de son aura, et en 2019, ce n’est pas l’exposition actuellement prĂ©sentĂ©e Ă  la Grande Halle de la Villette qui le dĂ©mentira : le visiteur y Ă©prouve chaque Ă©tape et suit le voyage de Pharaon divinisĂ©, au royaume des morts, du parcours nocturne Ă  sa rĂ©surrection finale au matin, en une scĂ©nographie plus que convaincante, s’il n’était le monde devant chaque vitrine

DenĂ©rĂ©az dĂšs 1926 semble avoir bien compris et mesurĂ© les enjeux de cette dĂ©couverte d’un apport encore pas totalement Ă©valuĂ© presque 100 ans aprĂšs sa rĂ©alisation
 Le poĂšme de DenĂ©rĂ©az ajoute Ă  la rĂ©flexion sur le pourquoi de la tombe retrouvĂ©e intacte, son apport vĂ©ritable sur le plan artistique comme spirituel


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CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement. Alexandre DENÉRÉAZ : 1. Au tombeau du Tut-Ankh-Amon – At Tutankhamen’s tomb – Am Grad vont Tu-ench-Amun. 2. Le rĂȘve -– dream – Der Traum. 3. ScĂšnes de la vie du cirque – Scenes from circus life – Szenen aus der Zirkuswelt. Orchestre symphonique de Volgograd, Emmanuel Siffert, Direction (enregistrement de 2006) — 1 cd GALLO. CLIC dĂ©couverte de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019

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Tancredi de Rossini Ă  Lausanne

ANGERS NANTES OPERA affiche le Turc en Italie de RossiniLausanne, OpĂ©ra. Rossini : Tancredi. Les 20,22,25, 27, 29 mars 2015. Ottavio Dantone, fin baroqueux, pilote en Suisse, le seria le plus virtuose de Rossini dans la mise en scĂšne d’Emilio Sagi. Avec Bonitatibus, Pratt, Golossov, Y. Shi, Camille Merckx…
Avant de briller dans la veine comique avec Le Barbier de SĂ©ville de 1816, Rossini Ă©blouit tout autant dans le genre seria comme l’atteste en 1813, son melodramma eroico, Tancredi, TancrĂšde inspirĂ© de Voltaire. A Syracuse, Tancredi – hĂ©ros normand conquĂ©rant de la Sicile, rĂ©habilite l’honneur bafouĂ©e d’AmĂ©naide, accusĂ©e d’intelligence avec l’ennemi sarrasin. Selon les versions, Tancredi succombe Ă  ses blessures de guerre ou Ă©pouse sa bien aimĂ©e enfin lavĂ©e de tout soupçon. En 1813,  l’Ă©criture de Rossini incarne ce bel canto dĂ©licat et virtuose oĂč le raffinement de la ligne vocale exprime la vertu morale du hĂ©ros. Le rĂŽle titre est traditionnellement rĂ©servĂ© Ă  un mezzo travesti (hier l’Ă©blouissante Maryline Horne). Pour la crĂ©ation parisienne de 1822, Rossini rĂ©Ă©crivit le rĂŽle de Tancredi pour la Pasta.

Tancredi, 1813 de Rossini Ă  l’OpĂ©ra de Lausanne
Les 20,22,25, 27, 29 mars 2015.
Ottavio Dantone, direction
Emilio Sagi, mise en scĂšne