CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblĂ©e la vitalitĂ© brillante et frĂ©nĂ©tique de l’Ă©criture, malgrĂ© son cĂŽtĂ© lumineux, fait quand mĂȘme entendre des formules classiques europĂ©ennes standardisĂ©es ; mais l’Ă©nergie dramatique de Gluck, grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra Ă  Paris dans les annĂ©es 1770, infĂ©odant les options du langage musical Ă  la seule cohĂ©rence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempĂ©rament gĂ©nĂ©ral du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mĂ©sestimĂ© selon nous) signĂ© Mozart sur le mĂȘme sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le prĂ©sent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai thĂ©Ăątre lyrique : toute la premiĂšre scĂšne d’ouverture est du pur thĂ©Ăątre) et ici, une trĂšs fine caractĂ©risation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… Ă©volution tĂ©nue que Mozart incarne Ă  merveille.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’Ă©quipe de chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple… On y relĂšve les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rĂŽle travesti de Sesto, relevant les dĂ©fis acrobatiques d’un caractĂšre trĂšs fort ici), surtout l’Ă©clat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et trĂšs intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD. Anfossi : La Finta Giardiniera, 1774. Werner Ehrhardt, 2011

CD. Anfossi : La Finta Giardiniera, 1774. Werner Ehrhardt, 2011      …       Il y a quelques annĂ©es pour rĂ©tablir le contexte de composition de Mozart et rĂ©vĂ©ler tout ce qui fait son gĂ©nie Ă  son Ă©poque, Ă©tait exhumĂ© le Don Giovanni de Gazzaniga : une partition antĂ©rieure Ă  Mozart, certes attachante qui n’a ni le souffle ni la vision architecturale prĂ©romantique de l’oeuvre mozartienne.

Pasquale Anfossi_finta_giardiniera_arte_del_mondo_gotz_rial_DHM_3cdEn novembre 2011, DHM enregistrait cette Finta Giardiniera de 1774 qui en pleine rĂ©volution Gluckiste Ă  Vienne, rĂ©alisait un triomphe europĂ©en jamais connu auparavant : de fait l’oeuvre rĂ©vĂ©lĂ©e signĂ©e Pasquale Anfossi (1727-1797) brille par son impertinence, sa lĂ©gĂšretĂ© expressive, ce tendre alliage de trĂ©pidation comique et de profondeur sentimentale ; car ici c’est Shakespeare (Le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© …) et aussi Marivaud qui se croisent dans ce chassĂ© croisĂ© des coeurs troublĂ©s : les identitĂ©s mĂȘlĂ©es se perdent dans un labyrinthe vĂ©gĂ©tal, ce bois oĂč toutes les raisons s’Ă©garent ; les couples se dĂ©font, se recomposent selon les humeurs et les lois impĂ©nĂ©trable du victorieux et capricieux Amour. Aucun doute, les oeuvres d’une telle qualitĂ©, alliant tumulte, vertige et profondeur sont effectivement rares. Il est donc lĂ©gitime de les ressusciter : Ă  DHM revient le mĂ©rite d’une telle production, d’autant que les intĂ©grales au disque sont de plus en plus rares.

 

 

ThĂ©Ăątre enflammĂ© et juvĂ©nile d’Anfossi …

 

Mozart a du connaĂźtre cette partition finement troussĂ©e de son confrĂšre Anfossi, nĂ© en Italie du nord et trĂšs rapidement formĂ© sur le modĂšle napolitain : rien de mieux pour maĂźtriser l’art ciselĂ© du comique lyrique. De fait, sa Finta Giardiniera respire la douceur tendre et volage des amants dĂ©lirants, dans un style trĂšs europĂ©en, riche en formules divertissantes et faciles mais toujours d’une rĂ©elle Ă©lĂ©gance. On imagine que le vertige des arias souvent Ă  vocalises, combinĂ© Ă  l’impĂ©tuositĂ© facĂ©tieuse et souvent juste d’un orchestre oĂč dominent l’agilitĂ© des cordes ait immĂ©diatement sĂ©duit les auditeurs et surtout le jeune Mozart qui sur le sillon ainsi inaugurĂ©, s’empresse de rendre et livrer sa propre version de La Finta Giardiniera (livret de Giuseppe Pietrosellini). Cette Ă©lĂ©gance Ă©clectique et europĂ©enne vient directement de ses deux maĂźtres napolitains, europĂ©ens distinguĂ©s autant qu’adulĂ©s et sollicitĂ©s, Piccinni et Sacchini, les deux figures italiennes majeures Ă  Paris sous la rĂšgne de Louis XVI et Marie-Antoinette au dĂ©but des annĂ©es 1780.

 

 

Délices et trépidations sentimentales

 

Dans cet Anfossi, nous goĂ»tons les dĂ©lices d’un vocabulaire musical et lyrique d’une exquise suavitĂ© dramatique, piquante et tendre … autant de qualitĂ©s spĂ©cifiques que musiciens, chanteurs et chef s’ingĂ©nient Ă  servir ici de leur mieux. Aucun des rĂŽles ne dĂ©mĂ©rite, autant dans la langueur feinte, les serments sincĂšres que le dĂ©lire hallucinĂ© parfois parodique mĂȘme (voyez le couple purement buffa des domestiques : Serpetta et Nardo ; Serpetta regarde Ă©videmment du cĂŽtĂ© de La Serva Padrona de pergolĂšse, regardant du cĂŽtĂ© de son patron le PodestĂ …).

Cette richesse de tons et d’accents est idĂ©alement dĂ©fendue et exprimĂ©e par la qualitĂ© collective des solistes et par le chef qui assurent un continuo et un soutien orchestral souvent trĂšs palpitant et nuancĂ©. Leur mĂ©rite vient d’une attention Ă  varier l’accompagnement, Ă©cartant la rĂ©pĂ©tition des formules comme l’ennui du systĂšme.
Les voix fraĂźches, ductiles, expressives sont des tempĂ©raments thĂ©Ăątraux, trĂšs finement incarnĂ©s par tous au point souvent d’Ă©blouir par une flexibilitĂ© dramatique plutĂŽt convaincante (piquante voire exquise Nuria Rial en Sandrina et Katja Stuber en Arminda, ou Nedro plein de fougue juvĂ©nile de l’Ă©patant jeune baryton Florian Götz au timbre idĂ©alement mozartien – pour lui demain les Guglielmo, Figaro voire Leporello ?- … entre autres).

Voici une perle lyrique qui n’a pas volĂ© son rayonnement au XVIIIĂš et l’on comprend pourquoi Mozart ait certainement puiser ici son inspiration gĂ©niale entre vocalitĂ  et jeu purement dramatique, dĂ©lire et poĂ©sie, pour sa propre conception du buffa. Superbe dĂ©couverte servie par une jeune troupe de chanteurs totalement irrĂ©sistible.

Pasquale Anfossi: la Finta Giardiniera, 1774. Mikenko Turk, Florian Gotz , Katja Stuber,  Krystian Adam, Nurial Rial, …  L’Arte del Mondo.  Werner Ehrhardt, direction. 3 cd DHM. Enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2011.