LE RING de Philippe Jordan (Bastille et Radio France)

ring-opera-de-paris-ph-jordan-critique-annonce-classiquenewsPARIS, WAGNER : FESTIVAL RING 2020 : dès  le 26 décembre. Le Ring de Wagner est un défi pour chaque maison d’opéra. Le cycle conçu par Wagner et créé en 1876 à Bayreuth, 4 volets (L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des dieux), totalise 16h de musique, plus de 100 musiciens, une quinzaine de solistes… Crise sanitaire oblige, l’Opéra de Paris a maintenu son cycle soit 2 festivals dans une version non scénique. Il était important que les musiciens de l’Opéra de Paris reprennent le travail et se retrouvent autour d’un projet fort et très ambitieux. La première série / le premier cycle inaugure la réouverture de l’Opéra Bastille à partir du 26 décembre  2020. L’Orchestre de l’Opéra national de Paris se produit ainsi aux côtés de Jonas Kaufmann (Siegmund), Iain Paterson (Wotan), Andreas Schager (Siegfried), Martina Serafin (Brünnhilde), Ricarda Merbeth (Brünnhilde), Ekaterina Gubanova (Fricka)…

Plus d’informations sur le site de l’Opéra national de Paris :
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/evenements/lanneau-du-nibelung

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Dates et horaires des diffusions France Musique
L’Or du Rhin : Samedi 26 décembre 2020 à 20h
La Walkyrie : Lundi 28 décembre à 18h30 à 20h
Siegfried : Mercredi 30 décembre à 20h
Le Crépuscule des dieux : Samedi 2 janvier 2021 à 20h

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Richard Wagner
L’OR DU RHIN / DAS RHEINGOLD / 2h30
LA WALKYRIE/ DIE WALKĂśRE / 5h
SIEGFRIED / 5h
LE CRÉPUSCULE DES DIEUX / GÖTTERDÄMMERUNG / 5h35
version de concert
Diffusion sur France Musique (cycle joué à Bastille)

FESTIVAL SCÉNIQUE EN UN PROLOGUE ET TROIS JOURNÉES
1869 / 1876
MUSIQUE ET LIVRET
Richard Wagner (1813-1883)

DIRECTION MUSICALE : Philippe Jordan
CHEF DES CHŒURS : José Luis Basso
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

Wotan / Der Wanderer : Ian Paterson
Alberich : Jochen Schmeckenbecher
Mime : Gerhard Siegel
Erda Wiebe Lehmkuhl

Siegmund : Jonas Kaufmann
Sieglinde : Eva-Maria Westbroeck
Hunding : Gunther Groissböck
Brünnhilde : Martina Serafin (24 / 26 / 28 nov), Ricarda Merbeth (1er / 4 / 6 déc)

Siegfried : Andreas Schager

Gunther : Johannes Martin Kränzle
Hagen : Ain Anger
Gutrune : Anna Gabler
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VIDEOS : Le Ring c’est quoi ? (L’Or du Rhin)
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/evenements/lanneau-du-nibelung#gallery

Livres. Henri Christophe. Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung (SymĂ©trie)

henri christophe l anneau du nibelung wagner traduction isbn_978-2-36485-026-2RĂ©digĂ©e au moment de la diffusion sur Arte en 1991 de la fameuse TĂ©tralogie du centenaire de Bayreuth (1876-1976) signĂ©e ChĂ©reau et Boulez, la mythique Ă©quipe française, la traduction d’Henri Christophe est Ă©ditĂ©e chez SymĂ©trie. Le texte a Ă©tĂ© composĂ© pour ĂŞtre lu sur les images de cette production, dans le temps imparti pour chaque sĂ©quence, dans la durĂ©e  du spectacle, selon les contraintes aussi pratiques (2 lignes de texte au bas de l’Ă©cran). Il en dĂ©coule une prosodie rapide, sĂ©quencĂ©e, aux images sensuelles et charnelles, aux Ă©clairs rĂ©flexifs qui engagent et dĂ©voilent tout un Ă©troit rĂ©seau de correspondances entre les tableaux, dans les strates du texte global. Le cerveau de Wagner n’a jamais Ă©tĂ© mieux compris dans une langue Ă  la fois prĂ©cise, violente, organique et flamboyante. C’est immĂ©diatement l’intelligence du dramaturge Wagner qui surgit, son sens du verbe, sa ciselure des portraits psychologiques et des situations.

Traducteur en 1991 pour Arte, Henri Christophe Ă©claire les facettes prosodiques du Ring

Wagner traduit : une révélation poétique

 

CLIC D'OR macaron 200Ne prenons que deux exemples parmi les plus denses et psychologiquement fouillĂ©s du Ring : extraits de La Walkyrie, le monologue de Wotan qui s’adresse Ă  sa fille chĂ©rie BrĂĽnnhilde et lui avoue son impuissance face aux arguments de l’Ă©pouse Fricka qui lui demande de rompre sa protection auprès des Valse… Puis extrait du CrĂ©puscule des dieux : le dernier monologue de BrĂĽnnhilde, l’Ă©pouse trompĂ©e par Siegfried qui cependant frappĂ©e d’un discernement supĂ©rieur, comprend le sens profond de tout le cycle, pardonne Ă  celui qui l’a trahie, et restitue l’anneau maudit aux filles du Rhin…
D’une façon gĂ©nĂ©rale, le texte de Henri Christophe est direct, plus clair du point de vue des idĂ©es et des images formulĂ©s ; sĂ©quencĂ© en phrases courtes, il souhaite (mĂŞme si sa destination n’est pas d’ĂŞtre chantĂ©) reproduire le rythme du chant lyrique ; le dĂ©coupage qui en dĂ©coule semble suivre les mĂ©andres du continuum musical : Henri Christophe a Ă©coutĂ© chaque scène musicale en formulant la taille, le dĂ©bit de ses traductions. Evidement indications scĂ©niques et didascalies n’Ă©tant pas indiquĂ©es entre parenthèses, le lecteur perd en comprĂ©hension scĂ©nique et visuelle, mais il gagne une proximitĂ© Ă©motionnelle avec chaque protagoniste que les autres textes Ă  la rĂ©daction plus contournĂ©e, n’offrent pas.
MĂŞme pour des non germanistes/germanophones, le travail de Wagner sur l’allitĂ©ration et non la rime, une saveur organique du langage qui convoque la prĂ©sence tangible des pulsions et forces psychique inspirĂ©es des mythes fondateurs qui l’ont tant portĂ© dans la conception globale de la TĂ©tralogie, s’impose : elle attise la lecture dans le feu des forces en prĂ©sence. Le jeu de Wagner est d’anticiper ou de se remĂ©morer, dilatation Ă©lastique et oscillante du temps qui fonde sa fascinante intensitĂ© : passĂ© et futur sont Ă©voquĂ©s presque simultanĂ©ment pour intensifier la perception du prĂ©sent (prolepses ou prĂ©visions, analepses ou flashback). La vision est dĂ©jĂ  cinĂ©matographique et l’on repère dans la construction du maillage linguistique ainsi restituĂ©, les filiations et les correspondances multiples du texte, conçu comme un seule et mĂŞme Ă©toffe qu’on la prenne Ă  son commencement comme Ă  sa fin…

Les idĂ©es prĂ©conçues tiennent bon, or si certains s’entĂŞtent Ă  regretter les faiblesses du Wagner librettiste, force est de constater ici la puissance de son verbe, l’Ă©loquence de ses idĂ©es, la cohĂ©rence des imbrications dramatiques, le sens de l’impact dramaturgique. Tout cela restitue la force et la spĂ©cificitĂ© du théâtre wagnĂ©rien, scène plus psychique et politique que narrative et d’action : tout fait sens Ă  mesure que les situations se prĂ©cisent, que les confrontations accomplissent leur Ĺ“uvre. Le lecteur saisit enfin l’unitĂ© souterraine du cycle. Peu Ă  peu s’affirme la profonde impuissance des ĂŞtres ; ces dieux ambitieux, arrogants s’Ă©puisent dans l’exercice et le maintien absurde de leur pouvoir : la destinĂ©e de Wotan /Wanderer s’en trouve lumineuse ; un rĂ©sumĂ© du cycle entier : chacun tĂ´t ou tard doit assumer les consĂ©quences de ses actes. Au compositeur de dessiller les yeux des aveuglĂ©s. Gageons que le texte d’Henri Christophe accrĂ©dite enfin le principe Ă  prĂ©sent explicite d’un Wagner, librettiste affĂ»tĂ© voire gĂ©nial. C’est bien le moindre des apports de cette traduction heureusement Ă©ditĂ©e.

Henri Christophe. Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung (Éditions SymĂ©trie). ISBN : 978 2 36485 026 2. 403 pages. 13,80€. FĂ©vrier 2015. Un texte d’introduction très documentĂ© rĂ©capitule l’histoire des traducteurs français de Wagner et aussi la chronologie des crĂ©ations de ses oeuvres dans l’Hexagone… Passionnant.