COMPTE-RENDU, concert. La Roque d’AnthĂ©ron, le 8 aoĂ»t 2019. RACHMANINOV. L. Geniusas. Varvara. Orch Tatarstan. A. Sladkosky.

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du chĂąteau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. S. RACHMANINOV. L. GENIUSAS. VARVARA. ORH DU TATARSTAN. A. SLADKOSKY. Les nuits du piano Ă  La Roque sont toujours un Ă©vĂ©nement car deux concerts se suivent. Dans un but de jouer « tout russe », en l’honneur de Rachmaninov, la soirĂ©e a Ă©tĂ© organisĂ©e avec un orchestre, un chef et deux pianistes russes. L’ Orchestre national symphonique du Tatarstan et son chef titulaire ont animĂ© toute la soirĂ©e avec beaucoup d’énergie comme de puissance. DĂ©butant le concert par le concerto le plus cĂ©lĂšbre, le n°2,  le jeune Lukas Geniusas, 29 ans, a d’emblĂ©e mis la barre trĂšs haut avec une introduction richement timbrĂ©e et un crescendo savamment organisĂ©. Las, le chef avait dĂ©cidĂ© de lĂącher toute la puissance de son orchestre, comme pour faire ses preuves. L’effet a Ă©tĂ© de noyer le soliste, sans pour autant mettre en valeur son orchestre. Il a fallu attendre le deuxiĂšme mouvement pour que le soliste et l’orchestre, sans trop d’interventions du chef, organisent un beau dialogue musical. Dommage car les sonoritĂ©s de l’orchestre sont naturellement belles, il n’est pas besoin de forcer les choses.

 

 

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Chef exacerbé, pianistes plus mesurés

Nuit Rachmaninov solidement russe

 

Geniusas lukas concert critique classiquenews critique piano _© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

 

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Ce sont les forte trop appuyĂ©s qui dĂ©naturent le son trop cuivrĂ©, et mettent en difficultĂ© le soliste. Le final grĂące Ă  l’intelligence de jeu de Lukas Geniusas a gardĂ© l’équilibre presque intact, trouvĂ© dans le deuxiĂšme mouvement plus chambriste. Mais comment Alexander Sladkosky peut-il se laisser aller Ă  hurler les phrases qu’il veut mieux entendre ? S’oublier en tapant du pied ? J’aime mieux les chefs qui savent obtenir autrement ce qu’ils souhaitent
  Le jeu de Lukas Geniusas a dĂ» ĂȘtre athlĂ©tique et les moyens pianistiques Ă©normes. Mais sa musicalitĂ© se dĂ©ploie bien d’avantage dans les Ă©changes chambristes subtils, les phrasĂ©s amplement dĂ©veloppĂ©s, les nuances finement amenĂ©es. Cela a pu ĂȘtre prĂ©sent dans un deuxiĂšme mouvement qui restera un merveilleux souvenir sous le ciel en train de s’étoiler et dans le bis, un prĂ©lude en sol de Desyatnikov, dans lequel sa fine musicalitĂ© a pu rayonner.

Le poĂšme symphonique « L’ Ăźle des morts » d’aprĂšs le tableau de Böcklin permet Ă  l’orchestre de briller par des qualitĂ©s de timbres et d’interventions subtiles. L’orchestre a Ă©tĂ© vraiment superbe mais dans sa maniĂšre de s’adresser Ă  l’orchestre Alexander Sladkosky a surtout adoptĂ© de la terreur et du grandiloquent. Toute une part de mystĂšre et de rĂȘverie a Ă©tĂ© noyĂ©e dans les forte et les phrasĂ©s appuyĂ©s. Ainsi prĂ©side  une vision noire et terriblement Ă©crasante de la mort.  Ce soir cette Ăźle des morts a Ă©tĂ© Ăźle de terreur !

En deuxiĂšme partie de nuit la pianiste russe, Varvara, toute de grĂące et de dĂ©licatesse entre en scĂšne. AprĂšs la furie orchestrale de la premiĂšre partie bien des spectateurs ont pĂąli pour elle. Mais la frĂȘle apparence est bien trompeuse et la pianiste a imposĂ© son jeu d’emblĂ©e, obtenant bien plus de musicalitĂ© de la part d’ Alexander Sladkosky. Le concerto n°4 a Ă©tĂ© totalement rĂ©ussi avec une prĂ©cision des attaques orchestrales bien venue et un jeu pianistique d’une rare subtilitĂ©. Ce concerto Ă  la virtuositĂ© magnifiquement rendue avec une grande musicalitĂ© par le jeu subtil de Varvara a Ă©tĂ© un beau moment.

 

 

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piano concert critique varvara piano critique classiquenews critique concert festival La Roque antheron 2019 Varvara_© Christophe GREMIOT_08082019-3

 

 

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C’est dans la Rhapsodie sur le thĂšme de Paganini que l’entente entre l’orchestre et la soliste a Ă©tĂ© musicalement parfaite. Impossible d’établir un rapport de force entre l’orchestre et la soliste dans cette subtile musique de Rachmaninov. Les variations sont rythmiquement et harmoniquement inventives et Varvara a pu dĂ©velopper un jeu subtil, nuancĂ©, plein de couleurs. Les instrumentistes ont pu dialoguer librement avec elle car Alexander Sladkosky n’a pas eu d’interventions trop envahissantes. Le succĂšs de Varvara  a Ă©tĂ© magnifique et le public a obtenu deux trĂšs beaux bis de Medtner ; ils nous ont rĂ©galĂ©s du jeu subtil de cette musicienne virtuose rare.

Il semble bien plus difficile de trouver un chef, qu’un bon orchestre ou d’extraordinaires pianistes Ă  La Roque d’Antheron 
 En tout cas l’ñme russe a soufflĂ© ce soir, un peu contre les cigales, pour mettre en valeur le gĂ©nie de Rachmaninov; certes il est russe d’origine mais a vĂ©cu aux États Unis et su trĂšs habilement mĂȘler son tempĂ©rament Ă  la musique amĂ©ricaine, en particulier au jazz.  La Russie Ă©tait Ă  l’honneur cette annĂ©e Ă  la Roque d’ AnthĂ©ron.

 

 

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Compte-rendu concert. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du Chateau de Florans, le 8 AoĂ»t 2019. Serge Rachmaninov ( 1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en ut mineur Op.18 ; L’ile des morts Op.29 ; Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur  Op.40 ; Rhapsodie sur un thĂšme de Paganini Op.43 ;  Lukas Geniusas et Varvara, pianos ; Orchestre national du Tatarstan – Alexander Sladoksky, direction – Photos : © Christophe GREMIOT

 

 

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