Livres, compte rendu critique. Karlheinz Stockhausen, “Je suis les sons …”, Col. L’Ă©ducation musicale, Beauchesne, Paris, 2014, 356 pages

Stockhausen je suis le son karlheinz stockhausen je suis le son livre beauschene Ă©diteur clic de classiquenewsLivres, compte rendu critique. Karlheinz Stockhausen, “Je suis les sons …”, Collection L’Ă©ducation musicale, Beauchesne, Paris, 2014, 356 pages. Emanation la plus juste et la mieux sentie du compositeur lui-mĂȘme, ce texte capital, qui fourmille d’anecdotes et de commentaires sur de nombreuses thĂ©matiques soulevĂ©es par l’Ɠuvre et le compositeur, rĂ©vĂšle en mots justes le « cas » Stockhausen : un gĂ©nie du XXĂšme qui a interrogĂ© la forme et le sens de la musique comme peu avant lui.

 

CLIC D'OR macaron 200Ici la musique est d’abord perçue comme une philosophie pratique, portĂ©e par une pleine conscience qui a le mĂ©rite tout au long du parcours crĂ©atif de rĂ©concilier et mĂȘme d’unir intellectualisme de la recherche tout azimut et un certain hĂ©donisme formel, oĂč s’accomplit surtout une imagination spatiale hors normes. Bien souvent, l’ampleur de la pensĂ©e musicale rappellerait – du moins c’est ce que l’on veut bien nous faire accroire, Wagner et son concept moderne et post romantique de gesamtkunstwerk (Ɠuvre d’art totale) : c’est Ă  la lueur des Ă©crits ici rassemblĂ©s, une hĂ©rĂ©sie car Stockhausen Ă©tait loin d’admirer Wagner. Et ses faveurs vont plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Mozart (Don Giovanni), plus surprenantes ses affections pour Monteverdi (que l’on jouait beaucoup moins de son vivant
 d’oĂč la pertinence des remarques qu’il exprime Ă  l’égard de Claudio).

Der Komponist Karlheinz StockhausenKarlheinz Stockhausen (1928-2007) fascine par la largeur de sa vision d’autant plus que orphelin, autodidacte, il n’appartient pas au sĂ©rail ni Ă  aucune chapelle officielle. MarquĂ© par la guerre, fixĂ© d’abord Ă  Cologne, le compositeur se façonne une identitĂ© propre, Ă  travers de multiples expĂ©riences souvent trĂšs Ă©prouvantes pour ne pas dire traumatique. Il est Ă  l’opposĂ© des intellos avant gardistes, soucieux d’abord d’affirmer leur singularitĂ© pas forcĂ©ment innovante. L’attrait du livre rĂ©side dans la diversitĂ© des chapitres et des thĂ©matiques dĂ©veloppĂ©es : « dĂ©couvertes formelles et structures du temps ; musique spatiale ; mĂ©taphore lumineuse ; musique scĂ©nique ; l’hommage au fĂ©minin de l’opĂ©ra Montag aus Licht ; Wagner, Stockhausen et le Gesamtkunstwerk, Ɠuvre d’art total 
 ».  Les femmes musiciennes  qui ont croisĂ© sa route brossent un portrait attachant et souvent personnel de l’homme, comme du crĂ©ateur. C’est aussi, surtout l’occasion de lire Stockhausen parlant de lui-mĂȘme et de son Ɠuvre. Peu Ă  peu se dessine un parcours protĂ©iforme, celui d’un PromĂ©thĂ©e du XXĂšme siĂšcle : sĂ©rialisme proche de Boulez et Nono, admirateur de Messiaen, utilisateur de la musique alĂ©atoire comme Cage, enfin artisan de la forme monumentale qui rĂ©gĂ©nĂšre le principe d’Ɠuvre d’art total initiĂ© par Wagner au XIXĂšme – et donc dans une large mesure, dĂ©passĂ© par Karlheinz. Passionnant.

Karlheinz Stockhausen :  “Je suis les sons 
” par Ivanka StoĂŻanova. Col.lection L’Ă©ducation musicale, Beauchesne, Paris, 2014, 356 pages (parution : dĂ©cembre 2014).