COMPTE RENDU, DANSE. MARSEILLE, les 24 et 25 nov 2018. Concerto, Misatango : Julien Lestel

COMPTE RENDU, DANSE. MARSEILLE, les 24 et 25 nov 2018. Concerto, Misatango : Julien Lestel. Comme il y a l’art pour l’art, il y a dans cette chorĂ©graphie, le jeu du classicisme pour le classicisme chorĂ©graphique, dans sa puretĂ©, son innocence enfantine, dĂ©livrĂ©, mĂȘme avec la musique d’un TchaĂŻkovski, auteur pourtant des plus cĂ©lĂšbres ballets narratifs, de toute narration anecdotique : le geste pour le geste, la chorĂ©graphie classique mise purement en scĂšne pour elle-mĂȘme, pour sa beautĂ©.

LE TANGO SUBLIMÉ PAR LA MESSE DE
JULIEN LESTEL
Trois chorégraphies de Julien Lestel
Opéra de Marseille, le 24 novembre 2018

 

CONCERTO

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LESTEL danse ballet critique classiquenews MISATANGO 15Cette chorĂ©graphie, sur le Concerto pour violon en rĂ©de TchaĂŻkovski, prĂ©sentĂ©e au ThĂ©Ăątre Toursky le 24 fĂ©vrier 2018, dans le cadre d’une soirĂ©e dĂ©volue Ă  toutes les classes de l’École Nationale de Danse de Marseille, Ă©tait la contribution de Julien Lestel au spectacle, une crĂ©ationconçue pour les Classes 3C1, 3C2 et DNSP prĂ©paratoire. On les retrouve avec bonheur ici. ÉlĂšves et ballet mĂ»ris de quelques mois mais qui n’ont rien perdu de leur grĂące juvĂ©nile, de leur fraĂźcheur. On se borne Ă  en redire les grands traits.
Cette chorĂ©graphie Ă©clatait d’abord comme une symphonie en blanc immobile d’un premier tableau, qui s’animait doucement, adagio, dans des lenteurs, des langueurs d’algues ondoyant, ondulant indolemment sous la houle caressante de la musique ou encore des inclinaisons, des inflĂ©chissements de fleurs dans la corolle de leur tutu, bercĂ©es voluptueusement par un vent amoureux sans hĂąte avec ces arabesques, ces rondeurs des bras, ces arrondis d’ensemble, ces figures enchaĂźnĂ©es comme naturellement, qui semblent l’harmonieuse signature du chorĂ©graphe. Puis cela se dĂ©taillait de pas de deux, pirouettes des garçons sur une jambe, entrechats et sauts lĂ©gers de biche synchrones, jetĂ©s des filles, tout le vocabulaire classique concourant Ă  une indubitable beautĂ©, ainsi la strette finale du premier mouvement se rĂ©solvant, comme une cadence musicale, dans la cadence des mouvements de bras jouĂ©s, suspendus dans le glissando infini du violon. Trop longue pour ĂȘtre dĂ©taillĂ©e avec une prĂ©cise pertinence, abdiquant le regard critique qui contrarie le regard spectateur, le pur plaisir du voir freinĂ© par l’exercice mental, on s’abandonnait Ă  la fraĂźcheur, Ă  l’esprit d’enfance prĂ©servĂ©, retrouvĂ©, au charme de cette chorĂ©graphie qui non seulement est faite sur cette musique, mais exactement dans la musique, l’épousant, la faisant vivre gestuellement dans ses plus dĂ©licats plis et replis, comme dans un temps hors du temps, qu’on eĂ»t rĂȘvĂ© suspendu. Digne fleuron du florilĂšge de la danse classique.
Concerto par les Ă©lĂšves de l’Ecole Nationale de Danse de Marseille.
Sur le Concerto pour violonen rĂ© majeur, op. 35 Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKI
Costumes École Nationale de Danse de Marseille

QUARTET

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Autre univers sonore et chorĂ©graphique, mais nonnarratif si ce n’est une note d’intention qui dicte les attentions pour en percevoir le propos.
Sur un fond verticalement barrĂ© par des tranches Ă©gales aux couleurs estompĂ©es d’arc-en-ciel, mauve, violet, vert, bleu, orange dont le spectre horizontal tapisse le plateau, dans une brume ombreuse, Ă©tagĂ©s sur une minimale estrade mĂ©tallique, les quatre solistes du Quatuor Ă  cordes de l’orchestre Philharmonique de Marseille. La musique de Phil Glasssemble naĂźtre, sourdre comme un murmure minuscule de cette ombre incertaine, un nuage, un nappage vaporeux, pas de sensation de ligne malgrĂ© le tissage linĂ©aire des violons ou des cordes graves, lancinant, mais un pointillĂ©, un fourmillement de notes, des grappes, des cellules rĂ©pĂ©titives, monochromes, tournoyant, Ă  l’effet obsĂ©dant, hypnotique ; des accĂ©lĂ©rations haletantes strient l’espace. Cette musique dite minimaliste emplit au maximum l’espace de la scĂšne, prĂ©sence fluide, parfois enflĂ©e en expansion semble-t-il infinie, comme une fugue, une fuite que n’arrĂȘte que l’accident, la volontĂ© du musicien et non la logique en ligne continue d’un dĂ©veloppement tonal qui culminera sur la sensible et se conclura sur la prĂ©visible tonique.
Au centre du plateau, immobile mĂȘlĂ©e, un vague amas, une grappe, un agrĂ©gat de corps agrippĂ©s, mi penchĂ©s sur le sol, indiscernable masse plurielle d’oĂč se dĂ©tacheront les silhouettes singuliĂšres des danseurs. Jeans pour les garçons, shorts noirs, justaucorps bleus pour les filles, notes colorĂ©es par des T-shirts masculins aux couleurs dĂ©tachĂ©es, autonomes, de l’arc-en-ciel figĂ© du fond et du sol.
Solo des solitudes cherchant le duo qui devient duel, fille et garçon front Ă  front affrontĂ©s ; face Ă  face de groupes ou bandes rivales impossibles Ă  souder ; symĂ©triedes fuites de corps et d’ñmes parallĂšles ne se rejoignant peut-ĂȘtre qu’à l’incertain infini, autant dire, jamais si le dĂ©sir de l’Autre, agresser pour agrĂ©er, mains et bras en quĂȘte d’étreinte, ne tentait des approches, des rapprochements, mĂȘme par le viol, la violence dĂ©sespĂ©rĂ©e, cherchant Ă  tout prix la communication, pour la communion.
Sur cette bruine musicale, vaporeuse, les notes des couleurs dansantes virevoltent dans la quĂȘte Ă©perdue des bras tendus vers l’infini fuyant de l’Autre, inatteignable, insaisissable, parfois saisi mais jamais compris complĂštement, glissant entre les bras, les doigts avec la fluiditĂ©, mĂȘme corporelle, du sable des rĂȘves impossibles Ă  retenir. Les bras se tendent, se distendent, les nƓuds se font, se dĂ©font, se fondent puis se confondent dans le corps Ă  corps qui embrasse et Ă©treint mal. Échec et chute.
Mais obsĂ©dante et rĂ©pĂ©titive comme la musique, comme une inlassable cellule accumulative, impossible renoncement, la reprise du mĂȘme mouvement, dĂ©sir inextinguible du Je vers le Nous :le solitaire, cherche le solidaire. Vers l’utopique l’idĂ©al de la fusion du MĂȘme dans l’Autre, un harmonieux arc-en-ciel final recomposĂ© dans sa fraternelle unitĂ© plurielle comme cette musiquegĂ©nĂ©reusement dissĂ©minĂ©e.
Signature ou marque sans doute de Lestel, qui paie ici de sa personne au milieu de ses danseurs, intĂ©grĂ© dans leur dynamique ou tĂ©moin isolĂ© des groupes, les corps dans leurs pires torsions ou contorsions, mĂȘme tordus, ne sont jamais torturĂ©s. Ni angles aigus agressifs ni brisĂ©s, mais des courbes et contrecourbes, des ondulations harmonieuses d’algues toujours dans une vivante beautĂ© plastique qui est une cĂ©lĂ©bration de la vie.
Gestuelle ondulatoire, avec des mouvements Ă©tirĂ©s « visant Ă  atteindre l’au-delĂ  du geste », dit le chorĂ©graphe, mĂ©taphore, certes, mais pour dire, sans doute, le dĂ©passementpar l’allongement de la main, des doigts au bout du bras, du corps dans l’espace, illusion visuelle, virtuelle, comme celle, auditive, du bras du violoniste sur l’archer qui, au bout d’un pianissimo infime sur la note finale, semble prolonger le son Ă  l’infini du silence, sensible alors Ă  nos oreilles : la pesanteur de la chair sensible sublimĂ©e par la grĂące.

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QUARTET

Pour onze danseurs
Musique :  Philip GLASS
Costumes :  Patrick MURRU
LumiÚres et scénographie : Lo-Ammy VAIMATAPAKO
Quatuor Ă  cordes des solistes de l’Orchestre Phiharmonique de Marseille :
Violon :  Da-Min KIM
Violon :  Alexandre AMEDRO
Alto : Magali DEMESSE
Violoncelle :  Xavier CHATILLON

 

 

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MISATANGO

Messe 

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LESTEL misatango danse ballet marseille critique par classiquenewsLeterme de « messe », est un mot repris de l’expression«ite missa est»,‘allez, la messe est dite’, ou ‘envoyĂ©e’ , que prononce le prĂȘtre Ă  la fin du rite : il s’agit de l’Eucharistie, cĂ©lĂ©bration du sacrifice du corps et du sang de JĂ©sus-Christ prĂ©sent par transsubstantiation sous les espĂšces du pain et du vin dans l’hostie. On distingue, depuis les origines, la petite messe ou messe basse, qui se dit sans chant, et la messe haute ou grande messe, celle qui est chantĂ©e par des choristes. En musique, une messe est un ensemble cohĂ©rent de piĂšces musicales pour servir d’accompagnement aux rites liturgiques catholique, anglican ou luthĂ©rien. L’effectif nĂ©cessaire Ă©tait Ă  l’origine purement choral.
On se mit assez tardivement Ă  faire accompagner par un orchestre les piĂšces qui la composent. Les textes chantĂ©s sont gĂ©nĂ©ralement en latin, mais pas forcĂ©ment. Nombre de grands compositeurs ont Ă©crit des musiques pour la messe, qui peuvent ĂȘtre adaptĂ©es pour des circonstances particuliĂšres, comme lesTe deum, actions de grĂące, lesrequiemou messe des morts. On y retrouve en gĂ©nĂ©ral les mĂȘmes parties, le Kyrie christe eleison, le Gloria,leCredo, Benedictus,Dies irae, Agnus dei,etc. Depuis le grĂ©gorien, les musiques en peuvent ĂȘtre variĂ©e.

La Misatango

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Renouant avec le succĂšs mondial de la fameuse Misa criolla de son compatriote Ángel RamĂ­rez, crĂ©Ă©e en 1963, composĂ©e en espagnol sur des thĂšmes populaires latino-amĂ©ricains, le compositeur argentin MartĂ­n Palmeri, nĂ© en 1965 Ă  Buenos Aires, crĂ©e saMisatango, ‘Messe tango’ouMisa a Buenos Aires. Palmieria fait de profondes Ă©tudes de composition, de chant, de direction d’orchestre, titulaire de prix prestigieux. À la tĂȘte d’un ensemble choral, quelque peu frustrĂ© par la difficultĂ© d’interprĂ©tation du tango par un chƓur, forcĂ©ment morcelĂ© par des morceaux sans cohĂ©rence entre eux, en hommage Ă  ses choristes et au tango, il dĂ©cide de composer cette Ɠuvre Ă  laquelle la cohĂ©rence de la messe donne une structure et une dramaturgie, allant du credo, de l’acte de foi, de la crucifixion Ă  la rĂ©surrection, chant d’espĂ©rance pluriel. Ilassocie chƓur, orchestre, piano, mais aussi le bandonĂ©on, emblĂ©matique du tango.
L’originalitĂ©, ici, c’est que cette messe se dĂ©ploie magnifiquement sur le rythme et la musique de tango, une danse nĂ©e dans les bordels de Montevideo et de Buenos Aires vers la fin du XIXesiĂšcle, longtemps condamnĂ©e par l’Église comme danse indĂ©cente, immorale. Jolie revanche historique, cette messe a eu l’onction et la bĂ©nĂ©diction d’un particulier trĂšs particulier, le pape François actuel, Argentin, dont nous savons qu’il fut longtemps Ă©vĂȘque de Buenos Aires : suprĂȘme honneur et consĂ©cration, bĂ©nĂ©diction mĂȘme, en2013,cette musique jadis anathĂ©misĂ©e est interprĂ©tĂ©e au Vatican, en l’honneur du Pape, dont on murmure, messe basse plus que haute, qu’il ne dĂ©daignait pas de danser le tango.
LaMisatango sera crĂ©Ă©e en 1996 à Buenos Aires par l’Orchestre symphonique de Cuba, avec les chƓurs de la facultĂ© de Droit de Buenos Aires et le chƓur Polyphonique Municipal, dĂ©dicataires de l’Ɠuvre.LaMisatango commence Ă  tourner dans le monde et finit triomphalement l’annĂ©e 2016 au Carnegie Hall de New York, donnĂ©e depuis dans le monde entier. Mais cette version chorĂ©graphiĂ©e par Julien Lestelpour les danseurs de sa compagnie est une crĂ©ation, et une rĂ©ussite.

Misatango dansée
Dans le silence, dans l’entrebĂąillement opale ou la dĂ©chirure verticale, lumineuse, d’un fond noir comme la Nuit obscurede l’ñme de la thĂ©ologie nĂ©gative d’un saint Jean de la Croix, une silhouette se dĂ©tache, se glisse, puis une autre, suivies d’autres encore, apparemment fĂ©minines, dans un remous indĂ©cis de robe : on discernera, dans les premiers mouvements, dans la lumiĂšre ombreuse, inspirĂ©es peut-ĂȘtre des pantalons bouffants des gauchos, de larges jupes longues, noires, dont on dĂ©couvrira par intermittence les fendus et revers de pures couleurs, jaune, violet, vert,et surtout, ce rouge flambant.
Venu de l’au-delĂ  mystĂ©rieux des coulisses, de ce fond de scĂšne comme une limite de ce monde, immatĂ©riel par une distance qui semble infinie, invisible, sans ĂȘtre introduit par un IntroĂŻt d’orchestre dans la fosse, le chƓur Ă©clate d’une douce force suppliante pour le Kyrie d’imploration de pitiĂ© de Dieu oĂč perce la dĂ©chirure du bandonĂ©on sur les accords plaquĂ©s d’un piano. ArrachĂ©s Ă  la pĂ©nombre d’un amalgame indiscernable de formes, des corps, torses nus pour les hommes, dans des transparences de chair pour les femmes, se dĂ©tachent, scandĂ©s par le rythme saccadĂ©, dans une ronde de tournoiements ailĂ©s de jupes. Un corps singulier soutenu, retenu dans sa chute par le pluriel du groupe : solitude de l’homme, Ă  lui seul l’humanitĂ© entiĂšre, criant sa douleur dans le chƓur, implorant la clĂ©mence par son corps.
Une chaleur chorale et cordiale, ‘qui vient du cƓur’, selon le sens de cet adjectif semble gagner de ferveur les officiants de la danse dont les bustes nus, dĂ©tachĂ©s sur le fond noir sont Ă  la fois fragilitĂ© et force humaine. Un mĂȘme geste, Ă  l’unisson, bras, ouverts et fermĂ©s en Ă©ventail, en plis et replis du bandonĂ©on, semble, sur ce fond noir, un mĂȘme mouvement tremblĂ©, dĂ©composĂ© comme celui, fameux, du nu de Duchamp descendant l’escalier.
Sur le fond nocturne, les bras et torses nus, Ă©clos des Ă©clats des fendus colorĂ©s des jupes, se dĂ©tachent telle une fresque, une frise mouvante, Ă©mouvante. Ensembles symĂ©triques de foule, duos, solos se succĂšdent sur la houle de la musique dĂ©jĂ  poignante des tangos enchaĂźnĂ©s. Les groupes se forment dans des mouvements plastiques que, n’était-ce leur permanente mobilitĂ©, on dirait issus de sculptures d’un marbre animĂ©, saisi par la fĂ©brilitĂ© irrĂ©pressible de la vie. La rondeur, le rond, sont comme la matrice formelle de la chorĂ©graphie, une cellule qui se dĂ©cline en arabesques des bras, forcĂ©ment rĂ©pĂ©tĂ©es, envoĂ»tantes, potentiellement Ă  l’infini.
Un infini cĂ©leste que tentent sans doute d’atteindre ces sauts dans un envol de campanules de jupes qui semblent Ă©clater, Ă©clore dans l’air, pĂ©tales de coquelicots Ă©thĂ©rĂ©s, frappĂ©s fatalement par le poids et la chute.
Parmi tant de beautĂ©s, un moment de grĂące : sur le solo en douceur du Gloria par la remarquable chanteuse (Lorrie Garcia), un onirique tissage fluide en ralenti des corps, dans une lumiĂšre d’abord livide, bras comme des tentacules ou algues ou plantes ondulant dans le flot ou vent de la musique et, plus tard, ce corps Ă©levĂ© comme une hostie christique, bras Ă©cartĂ©s en croix, mais sans aucune plate et indĂ©cente illustration. Sur le Miserere, de dos, un bras masculin a un frĂ©missement horizontal d’aile blessĂ©e dans son impossible envol. Le jaillissement d’un bouquet de bras, les doigts comme des pĂ©tales Ă©plorĂ©s, Ă©mergeant d’un faisceau de corps, tendus vers le ciel, devient un appel muet de profundis, de nos abysses, de nos abĂźmes humains vers les hauteurs ou une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de rattraper un invisible Dieu enfui Ă  tous jamais.
Le Sanctus, a une longue introduction au piano, avec quelques accents jazzy, relayé par le bandonéon, avant le solo de la chanteuse sur les tournoiements de derviches des danseurs.
Refusant toute rĂ©fĂ©rence redondante au tango dansĂ©, Lestel ne tombe pas dans le piĂšge illustratif, il met sa syntaxe et son vocabulaire chorĂ©graphiques, son style bien personnel, au service d’une musique et d’une Ɠuvre, porteuse de sens, Ă  travers les sensations, la sensualitĂ©, le sentiment qu’il exprime, Ă  la fois profane et spirituel. En osmose avec son remarquable scĂ©nographe et Ă©clairagiste (Lo-Ammy Vaimatapako),il est servi magiquement par le chƓur doucement maĂźtrisĂ© d’Emmanuel Trenque et par un chef orchestre espagnol, NĂ©stor Bayona, qui rĂ©siste aussi à la tentation ostentatoire de surligner l’hispanitĂ© exotique de l’Ɠuvre. Équilibre extraordinaire donc entre fosse, plateau et ce chƓur lointain et pourtant si prĂ©sent. La chanteuse, dans ses solos trĂšs marquĂ©s par le tango, ne sombre pas non plus dans l’expressionnisme « tanguiste » qui afflige malheureusement tant d’interprĂštes du genre : mezzo chaleureux, elle est belle, noble et digne, Ă©mouvante.
Pieds sur le sol, tĂȘte dans les Ă©toiles, l’homme, entre terre et ciel, sublimĂ© par Lestel, dans ce rituel profane et religieux, nous tend un miroir de notre immanence face Ă  la transcendance, de notre finitude confrontĂ©e Ă  l’infini :

 

 

« BornĂ© dans sa nature, infini dans ses vƓux,
L’homme est un dieu tombĂ© qui se souvient des cieux. »

 

 


Mais qui tente y des retours, par la foi, par l’art. C’est la rĂ©alitĂ© terrestre du corps dans la transe, la danse, qui cherche Ă  en Ă©puiser les limites pour les dĂ©passer. Car Ă  l’extase atteinte par le corps, aucun mystique n’échappe, tĂ©moin ThĂ©rĂšse d’Avila.
CĂ©lĂ©bration physique pour dire la mĂ©taphysique, la mystique religieuse, le dĂ©passement profane du corps dans la quĂȘte de l’ñme, d’un Dieu cachĂ© dans la divinitĂ© de la chair en gloire.
Si le pape a approuvé a cette musique, le compositeur, lui, a adoubé Lestel pour sa chorégraphie.

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Opéra de Marseille, 24 et 25 novembre 2018
MISATANGO
Pour dix danseurs de la Compagnie Julien Lestel
Musique : Martin PALMERI
Chorégraphies :Julien LESTEL
LumiÚres et scénographie : Lo-Ammy VAIMATAPAKO
Costumes : Patrick MURRU
Direction musicale : Néstor BAYONA
Bandonéon : Yvonne HAHN
Piano : Vladimir POLIONOV ;
Orchestre et ChƓur (Emmanuel TRENQUE) de l’OpĂ©ra de Marseille

 

 

 

Teaser de Misatango :

 

 

 

 

 
Interview de Julien Lestel :

 

 

 

 
Photos :
1. Concerto; 2. Quartet ( Crédit Cécile Manoha) ;
3. Misatango (Crédit :©IkAubert)/