Jephté de Montéclair en direct (MUPA, Budapest)

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetMUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : Jephté. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrée Jephté, chef-d’œuvre de Michel Pignolet de Montéclair, unique exemple de tragédie composée sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de Montéclair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du règne de Louis XIV et l’esprit de la régence. C’est le maillon qui manquait à notre connaissance entre la pompe de Lully et le génie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair à partir de son installation à Paris (1687) entend s’affirmer dans le milieu musical : il rentre au service de Charles Henri de Lorraine, (Prince de Vaudémont), gouverneur du Milanais qu’il accompagne jusqu’à Milan, assimilant les dernières trouvailles des auteurs italiens à la mode (1690-1699). D’Italie, il rapporte jusque dans l’orchestre de l’Académie royale, la maîtrise de la basse de violon (contrebasse). Il assoit sa réputation de grand pédagogue, auprès entre autres de la fille de François Couperin (Margerite-Antoinette), écrit une méthode de violon, surtout attaque Rameau à coup de lettres et de conférences sur la musique (publiées dans le Mercure, 1729). Simultanément, le génie de Montéclair éclate dans sa musique de chambre, contemporaine de celle prisée par Louis XIV (trios de Marais et de De la Barre) : l’éloquence dans la langueur, qu’affectionne le Souverain, s’épanouit alors. L’époque sera bientôt au saturnisme d’un Watteau, mélancolique, dépressif… mais d’une très intense vie intérieure. Doué lui aussi de profondeur et d’un raffinement naturel, Montéclair transpose nombre d’airs lyriques à la mode pour flûte et violon, autant de recueils destinés au salon. Grand admirateur des Concerts Royaux (1714), Pignolet est comme Couperin, pour la fusion des styles français et italien.
Aux côtés de cantates françaises (3 Livres : 1709, 1716, 1728), Montéclair tout en s’opposant à Rameau, le préfigure par sa verve et sa noblesse. Après l’opéra-ballet Les Fêtes de l’été (1716), Montéclair livre son chef d’oeuvre, Jephté, opéra biblique créé en 1732 (livret de l’abbé Pellegrin), un an avant Hippolyte et Aricie de Rameau (premier opéra scandaleux de 1733).

monteclair watteau jephte opera review critique opera classiquenewsMéticuleux jusque dans les moindres détails, Montéclair fait paraître coup sur coup trois éditions de son ouvrage, abondamment corrigé et considérablement transformé. A Budapest, le chef passionné par le Baroque Français György Vashegyi (comme Nicholas McGegan en Californie) dirige une recréation  prometteuse, attendue : nouvel accomplissement à mettre au crédit du chef hongrois, le chef le plus baroque de l’heure. C’est qu’à l’articulation flexible et ronde de sa direction, il ajoute la maîtrise dans l’architecture et le souci de l’intelligibilité des chœurs, un goût sûr dans la caractérisation des épisodes purement instrumentaux. Pour les voix c’est une autre affaire : mais il est vrai, même en France, l’école du chant baroque n’existe plus, et l’on préfère souvent l’ampleur des portes voix à l’articulation intelligible du texte. La leçon de William Christie (qui a signé la première mondiale au disque de Jephté) ou de Jean-Claude Malgoire semble perdue : on ne comprend plus aujourd’hui ce que chante les chanteurs… qui sont en majorité … français. 
Saluons cependant cette production nouvelle d’un sommet biblique du Baroque Français au début des années 1730 et avant le Rameau lyrique. Car l’orchestre de Montéclair est de plus passionnants.
vashegyi-gyorgy-indes-galates-rameau-cd-critique-582-594On doit déjà à György Vashegyi, la recréation et l’enregistrement des Fêtes de Polymnie (2015), de Naïs (2018) et d’Hypermnestre (à venir en septembre 2019), Grands Motets de Rameau, de d’Isbé de Mondonville (2016 et 2017). Les Indes Galantes du même Rameau sont publiés en mars 2019 : prochaine critique à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.

 

 

Illustrations : le maestro hongrois, fervent défenseur du Baroque Français, György Vashegyi (DR)

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En direct sur le site du MUPA, BUDAPEST, le 11 mars 2019 à 7:00 pm / 19h
https://www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast

 

 

 

 

György Vashegyi, direction musicale
Tassis Christoyannis, Jephté
Chantal Santon-Jeffery, Iphise
Judith Van Wanroij, la Vérité, Almasie
Thomas Dolié, Phinée
Zachary Wilder, Ammon
Katia Velletaz, Terpsichore, Vénus, une Habitante, une Israëlite, Élise, une Bergère
David Witczak, Apollon, Abner, un Habitant
Clément Debieuvre, Abdon, un Hébreu
Adriána Kalafszky, Polymnie

Purcell Choir
Orfeo Orchestra

3h15 avec entracte

 

 

 

 

 

 

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, Cathédrale Saint-Pierre, Histoires sacrées, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Rennes. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebaptisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en musique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… LIRE notre présentation complète du programme Carissimi / Charpentier par le Chœur d’Angers Nantes Opéra, Stradivaria et Christian Gangneron, à Rennes

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boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrées de Charpentier par Angers Nantes Opéra 2015 © Jef Rabillon

 

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, Cathédrale Saint-Pierre, Histoires sacrées, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Rennes. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebaptisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en musique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… LIRE notre présentation complète du programme Carissimi / Charpentier par le Chœur d’Angers Nantes Opéra, Stradivaria et Christian Gangneron, à Rennes

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boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrées de Charpentier par Angers Nantes Opéra 2015 © Jef Rabillon

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scène.

Que donne une troupe lyrique en itinérance ? Que vaut l’expérience d’un chœur habitué aux salles d’opéra, confronté comme ici aux nouveaux défis d’un tréteau placé dans une église, à la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique réverbérante incontrôlable, dispositif scénique aléatoire dépendant de la configuration du lieu (lequel à priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les épreuves ne manquent pour cette nouvelle production défendue par Angers Nantes Opéra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du théâtre lyrique traditionnel et dans une forme repensée pour l’occasion. Subventionnés par les impôts des contribuables, les maisons d’opéras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’à ceux qui connaissent déjà le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grâce à l’initiative d’Angers Nantes Opéra, de son directeur idéalement engagé, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et même inverse, tout en respectant l’accessibilité du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller à l’opéra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. Plutôt que de venir à l’opéra, c’est l’opéra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

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Angers Nantes Opéra diffuse l’opéra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des œuvres est réfléchi : les oratorios romains de Carissimi, créateur du genre dans la Rome du XVIIè ; les Histoires sacrées de Charpentier, son élève et tout autant génial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’église et son acoustique. Rien à dire donc sur la trilogie sacrée à laquelle nous assistons, dans le site où nous la découvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de Jephté – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traître Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque évidente sous la voûte de l’église Notre-Dame de Sablé. C’est un prolongement aguerri à Sablé car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes Opéra a fait tourner la production dans plusieurs églises de Nantes.

L’éloquence des gestes, la succession des épisodes d’un dramatisme resserré parfois fulgurant prennent un sens régénéré dans la réalisation du metteur en scène Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour réussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pâlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scène et présents en totalité tout au long de chaque séquence ; il faut un solide métier pour vaincre et écarter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevé pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempérament, invité à chanter et à jouer, défend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation édifiante des actes de l’Histoire sacrée. Le jeu expressif préserve la surenchère et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohérence renforce la séduction du triptyque : l’air de Jonas, déchirant de la part de celui qui connaît mieux que personne la vacuité de la nature humaine, préfigure déjà en ouverture, la prière déchirante de Jephté puis de sa fille, à l’extrémité du spectacle. Unité stimulante du triptyque.

 

 

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Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumière et sur ce fond noir qui découpe les profils, chaque séquence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comédie populaire de Latour, le ténébrisme éblouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vérité un spectacle déjà présenté en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, où le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considérablement modifié les moyens de réalisation. Les voix habituées au grand répertoire lyrique (XIXème essentiellement) articulent pourtant, s’ingénient à caractériser sans élargir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrée, le style remarquable d’attention à l’autre ; et le format sonore global répond malgré la forte réverbération à l’obligation d’intelligibilité (conduit par le chef des chœurs d’Angers Nantes opéra, Xavier Ribes) : l’équilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste délectable du début à la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiés à 3 solistes très convaincants : le ténor Hervé Lamy (Jonas d’abord, puis très émouvant père de Jephté), l’excellent Francisco Fernández-Rueda (intense, ardent, précis : son Pierre est humain et finement tiraillé), surtout – révélation de la soirée : la soprano d’origine algérienne Hadhoum Tunc qui éblouit par sa subtilité et sa grande maîtrise technique dans le rôle de la fille de Jephté. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idéalement fluide malgré la très grande tension du rôle, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractère dans ce souci des équilibres précédemment évoqués.

La surprise est donc totale et la curiosité comme l’enseignement moral, subtilement réalisés. Les initiatives de ce type sont rares : inédites même dans l’Hexagone. Un Chœur qui s’engage et se dépasse ;  un metteur en scène jouant finement des allusions cinématographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expérience du spectacle vivant, différemment, dans l’intensité et la proximité. Stimulante aventure.
La production présentée par Angers Nantes Opéra poursuit sa tournée en novembre 2015 à Rennes (Cathédrale, le 4 novembre) puis en 2016, à Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes Opéra pour connaître les dernières dates des reprises du spectacle Histoires Sacrées, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Chœur d’Angers Nantes opéra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes Opéra. Baroque, Histoires sacrées, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes Opéra dans les églises de Nantes dès le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et à Angers à la Collégiale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)