COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S Tétreault, JP Sylvestre, Orch Métropolitain. Alain Trudel

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S Tétreault, JP Sylvestre, Orch Métropolitain. Alain Trudel, direction. Programme plein d’audaces et voire ambitieux ne serait ce que par la présence de deux œuvres rares en concert : le Concertino pour violoncelle de Roussel et le Concerto n°2 pour piano de Jacques Hétu. Pour ce 2è événement dans la ville de Mont-Royal, le Festival a souhaité profité de la présence de l’Orchestre Metropolitain et présenter ainsi plusieurs œuvres concertantes au souffle symphonique indéniable.

 

 

VIBRATIONS ORCHESTRALES
Tout en vibration rythmique et suractivité instrumentale chez Roussel, mais un Roussel frappé par les blessures, l’angoisse panique, la désespérance intime, le grave, le tragique. En démonstration fiévreuse et nourrie également, pour l’ouverture de La Belle Hélène d’Offenbach, qui fait un beau lever de rideau ; puis en conclusion, le marche hongroise pétaradante à souhaits, extraite de la Damnation de Faust de Berlioz. On se félicite que de l’autre côté de l’Atlantique, grâce à CLASSICA 2019, les trois compositeurs français (Berlioz, Offenbach, Roussel) soient ainsi célébrés, anniversaires oblige.
Le chef Alain Trudel ne manque pas de volonté ni d’autorité dans une mise en place indéniable. D’autant que le contenu du programme sait ensuite déployer des arguments dignes des meilleures salles de concert à Montréal.
Ainsi l’école des couleurs et de la sidĂ©ration sentimentale chez Berlioz dont le chef dirige la grandiose scène d’amour extraite de RomĂ©o et Juliette :… les musiciens du Metropolitain n’ont pas manquĂ© de prĂ©cision et d’équilibre dans le plans sonores ; quand on sait la passion de Berlioz pour Shakespeare, « oser » traiter par l’orchestre le miracle du dĂ©sir, la magie de la rencontre entre deux ĂŞtres que tout sĂ©pare… relève d’une vocation viscĂ©rale ; et les instrumentistes s’immergent avec beaucoup de finesse et de clartĂ© dans ce jeu miroitant des teintes et des timbres superposĂ©s pour que s’en dĂ©gage cet absolu de l’amour dont Berlioz, lui-mĂŞme âme passionnĂ©e et fougueuse, a le secret avant tout autre. Son langage est d’une modernitĂ© absolue, neuve et franche Ă  la fois, surtout poĂ©tique. Dans la Paroisse Lady of The Annunciation, il est permis ainsi d’entrevoir l’extase de Berlioz qui vaut bien celle de Wagner.

 

 

PIANO VOLONTAIRE
Le Concert pour piano n°2 de Jacques Hétu place d’emblée (dès les premiers accords) le pianiste sur le devant de la scène, dans un bain fougueux et impétueux, riche en contrastes et en confrontations. Cette activité impérieuse n’est pas sans repenser fondamentalement la relation soliste / orchestre. L’écriture néoromantique, puissante, souvent flamboyante et suave, alla Rachmaninov, ne manque ni de structure ni de cohérence dans le développement en 3 parties. Une pièce taillée pour le tempérament entier, franc lui aussi du très efficace Jean-Philippe Sylvestre. Il semble que sous ses doigts se révèle dans une évidence expressive l’écriture des compositeurs québécois qui comptent : hier André Mathieu (l’an dernier avec le même orchestre et le même chef : LIRE ici notre compte rendu CLASSICA 2018) et donc cette année, Jacques Hétu.

 

 

ROUSSEL et OFFENBACH : les éclairs introspectifs de Stéphane Tétreault
Plus ambivalent et difficile dans une première écoute, le Concertino d’Albert Roussel est une oeuvre à la fois âpre (proche de Chostakovitch) et d’une délicatesse d’articulation néo « baroque » qui se souvient aussi de … Tchaikovsky (Variations rococo pour violoncelle, 1877). L’Opus 57 de Roussel ainsi légitimement fêté pour son anniversaire 2019, est créé en 1937 et semble faire écho aux tensions politiques et sociétales de l’époque : il est parcouru par une urgence qui presse et emporte dans un tempo parfois précipité et panique. Tout aussi mis en avant, l’orchestre n’accompagne pas : il commente, s’essouffle, transpire, scintille en une exacerbation poétique… ravélienne. C’est dire les défis pour les instrumentistes et le chef.
Au devant de la scène, inspirĂ©, funambule, StĂ©phane TĂ©treault plonge dans les trĂ©fonds obscurs de la partition, en fait resurgir des accents dĂ©chirants, en plĂ©nitude intime, en blessures ourlĂ©es avec un tact, des respirations qui tĂ©moignent d’une somptueuse maturitĂ© musicale. On comprend pourquoi pour ses visuels 2019, Classica ait choisi d’afficher StĂ©phane TĂ©treault tel “un artiste de gĂ©nie” : de toute Ă©vidence, les festivaliers de CLASSICA ont pu depuis ses dĂ©buts il y a 9 annĂ©es dĂ©jĂ , suivre l’Ă©volution et la maturation artistique du violoncelliste. Une Ă©mergence et une confirmation qu’il a Ă©tĂ© ainsi passionnant de mesurer et de comprendre. L’artiste se rĂ©vèle de concert en concert par cette pudeur intense qui Ă©blouit dans la sonoritĂ© Ă  la fois chantante et allusive de son violoncelle si singulier (Stradivarius « Comtesse de Stainlein, ex-Paganini”, 1707). Après l’Allegro moderato fougueux mais intĂ©rieur, saisi par une urgence fauve, l’Adagio dĂ©ploie des pĂ©pites autrement plus troublantes, lunaires mais inquiètes voire tendues… la virtuositĂ© du soliste en servant surtout la sincĂ©ritĂ© du geste, Ă©claire la profondeur de la partition.
Une même gravité pudique affirme enfin cette introspection crépusculaire qui définit aussi l’art d’Offenbach : en jouant après Roussel, Les larmes de Jacqueline (transposition pour violoncelle d’un air précédent, probablement l’harmonie des bois), l’opus 76/2 retrouve l’intensité élégantissime qui avait fait la réussite de son récital précédent à CLASSICA 2019, autre grand moment d’accomplissement musical : « Les chants du crépuscule », Duos pour violoncelles d’Offenbach / LIRE notre compte rendu du concert à Mirabel, le 6 juin 2019.

On reste saisi par l’incandescence du geste, sa sobriété continue, l’absence de tout artifice. C’est un écho à l’Adagio si âpre de Roussel : Offenbach y semble au sommet de la déploration pathétique, mais ici sublimée par le renoncement maîtrisé, la douleur acceptée. Les tempéraments des deux solistes Jean-Philippe Sylvestre et Stéphane Tétreault assurent au programme à Mont-Royal, son relief, ses crépitements, auprès d’un public venu en masse. Un nouveau succès populaire pour des partitions pourtant rares et complexes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONT-ROYAL, le 11 juin 2019. Festival CLASSICA 2019, Les Larmes de Jacqueline / BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL, HÉTU. S Tétreault, JP Sylvestre, Orch Métropolitain. Alain Trudel, direction.

 

 

 

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COMPTE RENDU, CRITIQUE, concert précédent : COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crépuscule” : Stéphane Tétreault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH :

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 

 

Tetreault stephane violoncelle duos offenbach concert critique classica festival CLASSICA 2019 juin saint benoit de MIRABEL quebec critique concert par classiquenews ETI_3578_LRDans ce portrait d’Offenbach, en orfèvre de la matière mélancolique et lunaire, quelle belle idée d’inscrire ici, le chant crépusculaire et quasi hypnotique à deux voix, des Baroques français du début du XVIIIè ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste Barrière (mort en 1747) à la verve opératique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un … Rameau. C’est dire la qualité des choix défendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilité particulière de Stéphane Tétreault, la complicité de sa consœur Kateryna Bragina font le miel de ce récital à deux voix qui vient fort opportunément renouveler notre perception d’Offenbach.

 

FESTIVAL CLASSICA 2019 : CONCERT événement MARDI 11 JUIN 2019, Les Larmes de Jacqueline… Stéphane Tétreault, Jean-Philippe Sylvestre

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaFESTIVAL CLASSICA 2019 : CONCERT Ă©vĂ©nement MARDI 11 JUIN 2019, Les Larmes de Jacqueline… Suite de la très riche programmation du Festival CLASSICA 2019 au QuĂ©bec. Fort de ses grands concerts symphoniques en plein air, – succès jamais dĂ©mentis depuis la crĂ©ation du festival il y a 9 annĂ©es, le FESTIVAL CLASSICA sait aussi rĂ©unir de brillants interprètes pour des concerts intenses et originaux, de musique de chambre ou de musique concertante. Un Ă©clectisme rĂ©flĂ©chi dans le choix des rĂ©pertoires et des formes dont l’un des bĂ©nĂ©fices aujourd’hui est de rĂ©ussir parfaitement l’équation de la musique classique et du très grand public.
CLASSICA redonne ses lettres de noblesse aux grands festivals populaires. Jamais le classique n’a semblĂ© mieux fĂ©dĂ©rateur ni plus accessible au grand nombre. Après le concert « Les chants du CrĂ©puscule » (jeudi 6 juin Ă  Mirabel) prĂ©sentĂ© par le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, artiste associĂ© de CLASSICA dès ses dĂ©buts, (concert rĂ©vĂ©lant le violoncelle d’Offenbach en duos irrĂ©sistibles et profonds, lire ici notre critique), CLASSICA 2019 prĂ©sente un nouvel Ă©vĂ©nement musical, demain, MARDI 11 JUILLET 2019 Ă  MONT-ROYAL (Paroisse Our Lady of the Annonciation) : intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (d’après l’oeuvre Ă©ponyme d’Offenbach), le programme promet de nouveaux sommets d’interprĂ©tation. L’Orchestre MĂ©tropolitain sous la direction d’Alain TRUDEL joue les 3 compositeurs Ă  l’honneur en cette annĂ©e 2019 – anniversaires oblige- : BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL (dont le très rare et somptueux Concertino pour violoncelle de 1937, par StĂ©phane TĂ©treault), sans omettre le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu par le pianiste Jean-Philippe Sylvestre. Concert Ă©vĂ©nement. Incontournable.

 
 

 
 

MONT-ROYAL, MARDI 11 JUIN 2019classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019
Paroisse Our Lady of the Annonciation, 19h
LES LARMES DE JACQUELINE

Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868. RESERVEZ

 

 

 
 

Programme détaillé

HETU : , Concerto piano n°2 op64

BERLIOZ : RomĂ©o et Juliette, scène d’amour
ROUSSEL : Concerto pour violoncelle
OFFENBACH : Harmonies des bois, Op. 76: No. 2 (les Larmes de Jacqueline) pour violoncelle et cordes
BERLIOZ : Marche hongroise

 

 
 

 
 
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APPROFONDIR
LIRE notre critique du concert Les chants du crépuscule / DUOS de Jacques Offenbach. Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crépuscule” : Stéphane Tétreault, Kateryna Bragina, violoncelles

http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-concert-quebec-festival-classica-2019-saint-benoit-de-mirabel-le-6-juin-2019-les-chants-du-crepuscule-stephane-tetreault-katerina-bragina-violoncelles-duos-de-jac/

 
 

 

 

 

 

 

 

Festival CLASSICA 2019 (Québec) : les 2 prochains concerts des 7 et 8 juin 2019

QUEBEC, Festival CLASSICA 2019. Ce soir et demain, vendredi 7 et samedi 8 juin, deux programmes à ne pas manquer et qui chacun indique l’éclectisme du festival le plus fédérateur de la rive sud du Saint-Laurent, en Montérégie (sud de Montréal)

 

 

 

DEUX PROCHAINS CONCERTS au Festival CLASSICA 2019

 

 

Vendredi 7 juin, Saint-Lambert, 20h, ce soir :

concert-mômes clementine decoutureMômes de Paris (Clémentine Decouture). Dans le centre multiculturel de Saint-Lambert, épicentre du festival québécois, la soprano lyrique Clémentine Decouture, accompagnée du violoncelliste Paul Colomb, de l’accordéoniste David Bros et du percussionniste Cédric Barbier, présente le spectacle Mômes de Paris sur des chansons de Barbara, Piaf et Joséphine Baker. Elle a le cœur généreux, le sentiment expressif et la verve en joie. Les festivaliers retrouveront Clémentine Decouture lors de la DEMI FINALE du Récital-Concours de mélodies françaises, ce vendredi 14 juin 2019. A coup sûr, un tempérament à suivre tant l’interprète a le souci du texte et du verbe suggestif.

RESERVEZ ici VOTRE PLACE pour ce soir Ă  Saint-Lambert

 

 

 

Samedi 8 juin, Par Gerry-Boulet, St-Jean sur Richelieu :

Hommage aux Rolling-Stones / Rock Symphonique, 21h

entete-rolling-stonesCet hommage unique au légendaire groupe britannique regroupe près de 90 musiciens sur scène, outre le chanteur soliste Sébastien PLANTE, , du groupe Les Respectables : l’Orchestre symphonique du Conservatoire de la Montérégie, le Chœur de l’Opéra bouffe du Québec , sous la direction du chef Marc Ouellette. Grand moment à vivre à Saint-Jean-sur-Richelieu, samedi prochain 8 juin dès 21h. Pique nique dans le parc Gerry-Boulet à partir de 17h.

Concert extérieur GRATUIT. Programme idéal pour profitez du temps printanier ce week end. Apportez votre chaise !

PLUS D’INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA 2019

 

 

 

 

 

 

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Prochain CONCERT MAJEUR :

Mardi 11 juin 2019
Paroisse Our Lady of the Annunciation
1020, boul. Laird
Ville de Mont-Royal
Durée : 90 min

LES LARMES DE JACQUELINE

Orchestre MĂ©tropolitain,
Jean-Philippe Sylvestre (piano)
et Stéphane Tétreault (violoncelle)

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019L’Orchestre Métropolitain, sous la direction d’Alain Trudel, le pianiste Jean-Philippe Sylvestre et le violoncelliste Stéphane Tétreault jouent les compositeurs célébrés par cette 9e édition du Festival Classico : parmi les plus décisifs dans l’histoire de la musique romantique française : BERLIOZ, OFFENBACH, ROUSSEL… très attendu, le Concerto pour piano no 2 du compositeur québécois Jacques Hétu. Voici assurément l’un des concerts majeurs du Festival CLASSICA 2019. Jusqu’au 16 juin 2019.

RESERVEZ ici VOTRE PLACE pour le concert LES LARMES DE JACQUELINE

 

 

 

 

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FESTIVAL CLASSICA, à ne pas manquer : 

VENDREDI 14 JUIN 2019, 19h : Demi finale du RECITAL-CONCOURS de mĂ©lodies françaises – Plus d’infos sur le RĂ©cital-Concours international de MĂ©lodies françaises prĂ©sentĂ© par le festival CLASSICA

JOURNEE du samedi 15 juin 2019 : FRANCOPHONIE, Grand concert symphonique en plein air et gratuit – 17h, pique-nique – 21h : concert sous les Ă©toiles

DIMANCHE 16 JUIN 2019, 16h : FINALE du RECITAL-CONCOURS de mélodies françaises

TOUTES LES INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA 2019

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano (1 cd ATMA)

SYLVESTRE-JEAN-PHILIPPE-ATMA-classique-cd-annonce-critique-cd-classiquenews-mathieu-rachmaninovCD, Ă©vĂ©nement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano / Orchestre MĂ©tropolitain / Alain Trudel, direction – 1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018. Après la rĂ©ussite qui fut aussi rĂ©vĂ©lation du Concerto de QuĂ©bec (Concerto n°3) d’AndrĂ© Mathieu l’an dernier, le pianiste Jean-Philippe Sylvestre marque Ă  nouveau le dĂ©voilement du gĂ©nie de Mathieu, compositeur majeur au QuĂ©bec. Le couplage rĂ©alisĂ© avec la  Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov rappelle l’Ă©vidente filiation entre les deux compositeurs, Mathieu se nourrissant de la texture riche, des harmonies si sensuelles de son prĂ©dĂ©cesseur russe Ă  la fois postromantique et nĂ©o classique. Encore aujourd’hui il n’est pas de pianisme aussi Ă©voluĂ© et raffinĂ© que celui de Rachmaninov.

Mathieu / Rachmaninov : filiation flamboyante et superlative

Le programme de ce disque important  a été réalisé dans le cadre du Festival Classica, événement fédérateur et essentiel de la vie musicale québécoise au début de la période des festivals estivaux, avec la complicité de l’Orchestre Métropolitain sous la direction attentive d’Alain Trudel.

ANDRÉ MATHIEU : Concerto n°4 - Au lendemain de la seconde guerre (1946), la France octroie plusieurs bourses Ă  de jeunes compositeurs canadiens pour remercier le pays d’AmĂ©rique du Nord de s’ĂŞtre engagĂ© militairement Ă  ses cĂ´tĂ©s pour vaincre les nazis. Ainsi laurĂ©at de cette manne, le jeune Mathieu retrouve Ă  Paris le cĂ©lèbre Arthur Honegger (1892-1955), pour des cours de perfectionnement en composition. Le Trio et le Quatrième Concerto qu’il entreprend sous son influence, attestent des influences françaises nourrissant alors son Ă©criture. Mais le quĂ©bĂ©cois quitte rapidement l’Europe dès l’automne 1947.
L’auteur plutĂ´t convaincu par son oeuvre, joue partout son opus l’inscrivant dans chaque rĂ©cital de MontrĂ©al Ă  Washington, ce jusqu’Ă  sa mort.
Mais le seul manuscrit valable concerne le dĂ©but du troisième mouvement, de surcroĂ®t partition incomplète de dix-neuf pages dans une version pour deux pianos. Il a fallu donc ressusciter l’opus dans son entier selon le plan original de l’auteur.
Heureusement l’enregistrement live du concert du 7 dĂ©cembre 1950 au Ritz-Carlton de MontrĂ©al oĂą AndrĂ© joue l’œuvre du dĂ©but Ă  la fin rĂ©cupĂ©rĂ© en sept 2005, a permis de reconstruire le cycle intĂ©gral. A la demande du pianiste Alain Lefevre (prĂ©dĂ©cesseur zĂ©lĂ© de Sylvestre dans la dĂ©fense et la diffusion de l’oeuvre de Mathieu aujourd’hui), Gilles Bellemare dĂ©duit la partie pour piano seul, rĂ©orchestre toute la partition Ă  partir des nouveaux Ă©lĂ©ments. La version ainsi restaurĂ©e est crĂ©Ă©e le 8 mai 2008 Ă  Tucson en Arizona avec Alain Lefèvre et George Hanson.
Dix ans après sa création, c’est à Saint-Constant que Jean-Philippe Sylvestre avec l’Orchestre Métropolitain et Alain Trudel reprennent l’œuvre dans la version Gilles Bellemare, à quelques pas de la maison du docteur Joseph-Arthur Gagnon, grand-père d’André Mathieu, où son petit-fils passait ses vacances.

Après le succès de son Concerto n°3 dit Concerto de QuĂ©bec dont le plan inspire le scĂ©nario du film La forteresse, Mathieu affirme alors un tout autre climat dès le dĂ©but de son nouveau Concerto n°4: l’angoisse ou Ă  dĂ©faut, un sentiment nouveau d’inquiĂ©tude sourde, portĂ© par une verticalitĂ© affirmĂ©e. LiĂ© Ă  son destin personnel la musique bascule dans l’aspiration d’une tragĂ©die personnelle.
Ainsi, le troisième mouvement qui pointe, tendu, inexorable vers le vide et le nĂ©ant ; il atteint un sentiment d’incandescence quasi angoissĂ©, mĂŞme de terreur intĂ©rieure, Ă  peine maĂ®trisĂ©e. Il n’est que le deuxième mouvement pour affirmer un Ă©quilibre recouvrĂ©, serein, enfin apaisant. Le jeu entier, clair et puissant aussi de Jean-Philippe Sylvestre rend justice Ă  une oeuvre Ă  la fois foisonnante et très construite.

Rhapsodie sur un thème de Paganini opus 43 de Rachmaninov. Il est d’autant plus légitime de rapprocher les deux écritures Mathieu / Rachmaninov, sur le plan du style et de l’intensité mélodique, mais aussi parce que Mathieu écrit lui-même une Rhapsodie en 1958, célébrant à nouveau le génie de celui qui semble constamment l’inspirer.
De la révolution bolchévique de 1917 à sa mort en 1943, Rachmaninov ne crée que six partitions dont la Rhapsodie sur un thème de Paganini, créée le 7 novembre 1934 à Baltimore, avec Stokowski pilotant Philadelphia Orchestra.
Libre et inventive dans son Ă©coulement formel, la partition de Rachmaninov affiche une tranquille modernitĂ© surtout un geste fluide et sans contrainte qui repousse les limites de l’exercice rhapsodique trouvant un Ă©quilibre idĂ©al entre plan architectural qui prĂ©serve le dĂ©roulement dramaturgique, et la souple expression d’un flux musical quasi abstrait ou brillent les qualitĂ©s de timbre, couleurs, espace d’un clavier …symphonique. Pour noyau et prĂ©texte de ce dĂ©lire poĂ©tique, le dernier des vingt-quatre Caprices pour violon seul de Paganini (1782-1840).
Le pianiste Jean-Philippe Sylvestre s’engage avec un zèle idĂ©al dans la dĂ©fense et le rayonnement des Ĺ“uvres de Mathieu ; tout coule de source et avec un naturel manifeste sous ses doigts, qu’il s’agisse des Ă©lans parfois angoissĂ©s du concerto n°4, ou de l’éblouissante confession nostalgique que constitue la Rhapsodie de Rachmaninov.
Le jeu sinueux très sensuel et brillant du clavier danse avec l’orchestre dans le l’énoncĂ© superposĂ© au motif de Paganini, du thème du Dies irae (fa-mi fa-rĂ©-mi-do rĂ©-rĂ©) dans la 6ème variation puis la 10ème. L’Ă©nergie de feu se dĂ©ploie grâce au pianiste qui sait articuler en maints endroits, son approche très directe et aussi ciselĂ©e, mĂŞlant avec finesse et lyrisme, dĂ©tail et puissance, le gĂ©nie mĂ©lodique de Rachma, Ă  son panache Ă©tourdissant ; telle approche emporte toute la rhapsodie dans un bain organiquement continu, chaque sĂ©quence/variation se succĂ©dant Ă  l’autre avec une Ă©vidente souplesse lĂ  encore.

CLIC D'OR macaron 200Le scintillement debussyste et ravĂ©lien de la 11ème redouble d’Ă©clats millimĂ©trĂ©s, comme la frivolitĂ© ancien rĂ©gime de la 12ème (menuet), avant le trait virtuose et percutant du piano rĂ©pondant aux saillies sarcastiques de l’orchestre dans la 13ème, … façonne un jeu contrastĂ© et tout en souplesse ; De mĂŞme la parodie du Concerto de Tchaikovski (2ème mouvement) dans la 15ème y est subtilement Ă©noncĂ©e elle aussi. Autre filiation qui enrichit encore ce jeu des styles qui se rĂ©pondent de siècle en siècle. Mais rien n’Ă©gale la sĂ©duction dansante de la 18ème (faite par Rachma pour plaire Ă  son impressario et lui donner le moyen de mieux « vendre » le style du compositeur pianiste qu’il dĂ©fendait alors…). Jean-Philippe Sylvestre sait dĂ©ployer une sĂ©duction manifeste tout en soignant les Ă©clats intĂ©rieurs. Le pianiste n’en oublie pas pour autant l’humeur fantasque, l’idĂ©e du caprice et de la libre fantaisie liĂ©s au genre rhapsodique… ainsi cette conclusion imprĂ©visible qui s’efface, fugitivement, dans une ultime mesure jouĂ©e piano. La libertĂ© et la force Ă©vocatoire du jeu pianistique sont très convaincants.

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Track listing – Programme dĂ©taillĂ© du cd :

André MATHIEU (1929-1968)

Concerto no 4 en mi mineur

(arr. pour piano et orchestre par Gilles Bellemare) Concerto No. 4 in E Minor

(arr. for piano and orchestra by Gilles Bellemare)

1 • I. Allegro

2 • II. Andante

3 • III. Allegro con fuoco

SergueĂŻ RACHMANINOV(1873-1943)

Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43

Rhapsody on a Theme of Paganini, Op. 43

4• Introduction: Allegro vivace

5• Variation 1: (Precedente)

6• Theme: L’istesso tempo

7• Variation 2: L’istesso tempo

8• Variation 3: L’istesso tempo

9• Variation 4: Più vivo

10• Variation 5: Tempo precedente

11• Variation 6: L’istesso tempo

12• Variation 7: Meno messo, a tempo moderato 13• Variation 8: Tempo I

14• Variation 9: L’istesso tempo

15• Variation 10: [Poco marcato]

16• Variation 11: Moderato

17• Variation 12: Tempo di minuetto

18• Variation 13: Allegro

19• Variation 14: L’istesso tempo

20• Variation 15: Più vivo: Scherzando 21• Variation 16: Allegretto

22• Variation 17: [Allegretto]

23• Variation 18: Andante cantabile 24• Variation 19: L’istesso tempo

25• Variation 20: Un poco più vivo

26• Variation 21: Un poco più vivo

27• Variation 22: Un poco più vivo (alla breve) [0:19] 28• Variation 23: L’istesso tempo

29• Variation 24: A tempo un poco meno messo [0:32]

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1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018

Jean-Philippe Sylvestre, piano
Orchestre MĂ©tropolitain
Alain Trudel, direction

Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43

https://www.atmaclassique.com/Fr/Albums/AlbumInfo.aspx?AlbumID=1614

PARIS, 5 et 15 nov. RĂ©citals de JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, piano.

sylvestre-jean-philippe-piano-majeur-portrait-annonce-concerts-par-classiquenewsPARIS, 5 et 15 nov. JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, piano. “Poète du piano” (selon les propres mots du chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin), jeu incarnĂ© et pourtant clair et dĂ©taillĂ©, engagĂ© et lumineux, le pianiste quĂ©bĂ©cois Jean-Philippe Sylvestre est l’honneur de l’art musical de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique. En 2008, il se voyait remettre le prestigieux prix Virginia Parker, la plus haute distinction dĂ©cernĂ©e par le Conseil des Arts du Canada. C’est assurĂ©ment la grande technicitĂ© associĂ©e Ă  une imagination nuancĂ©e qui font la diffĂ©rence : l’artiste Ă  l’écoute de la nature se rĂ©vèle ainsi, dans un chatoiement de couleurs personnelles d’une rare justesse. En plus d’être expressif, Jean-Philippe Sylvestre sait exprimer le feu singulier de chaque partition, tout en apportant son propre Ă©clairage. La pensĂ©e se joint Ă  la digitalitĂ©. VoilĂ  l’alchimie qui se rĂ©alise sous ses doigts magiciens. Solitaire Ă  l’écoute de la Nature matricielle (cf. les forĂŞts canadiennes et la cĂ´te maritime quĂ©bĂ©coise), l’interprète rĂ©vise chaque jour sa propre acuitĂ© artistique en se ressourçant dans l’écoute des « grands » qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, ou de ceux qui jouent encore aujourd’hui et qui ne cessent de l’inspirer par leur propre imaginaire sonore et poĂ©tique : Vladimir Horowitz, Glenn Gould, Samson François, György Cziffra, Grigory Sokolov, Martha Argerich et Andras Schiff… gĂ©nĂ©alogie de tempĂ©raments Ă©loquents auxquels le pianiste sait apporter sa contribution contemporaine.

mathieu andre piano j p sylvestre concerto de quebec annonce par classiquenewsRĂ©cemment, on a pu juger sur pièce, dans le Concerto pour piano de son compatriote AndrĂ© Mathieu – lors du dernier Festival Classica (mai et juin 2018), oĂą l’interprète rapprochait non sans pertinence le style de Mathieu (Concerto n°4) de sa source originelle, …Rachmaninov Ă  travers Variations sur un thème de Paganini (LIRE notre compte rendu du concert Mathieu / Rachmaninov par Jean-Philippe Sylvestre au Festival Classica 2018 / 31 mai 2018). Le feu direct, la franchise et la sincĂ©ritĂ© du jeu avaient convaincu, rĂ©vĂ©lant tout ce que les deux compositeurs avaient en partage comme en spĂ©cificitĂ©. Puissance, finesse, intĂ©rioritĂ© et projection… le jeu du pianiste est complet. Ses prochains concerts en Europe, Ă  PARIS, les 5 et 15 nov, le 19 Ă  Barcelone, puis – consĂ©cration auprès des mĂ©lomanes les plus affĂ»tĂ©s, Ă  Vienne (Musikverein, le 21 nov), sont des Ă©vĂ©nements Ă  ne pas manquer.

 

 

 A PARIS

A Paris, Jean-Philippe Sylvestre joue d’abord à GAVEAU (le 5 nov, 20h) : JS BACH, SCHUBERT, MOZART, BEETHOVEN, évidemment CONCERTO DE QUEBEC de MATHIEU, enfin Islamey de BALAKIREV
http://www.sallegaveau.com/spectacles/jean-philippe-sylvestre-piano

puis,

le 15 nov, 20h (Centre Culturel Canadien : Festival Jazzycolors 2018 / 130 rue du Fbg St-HonorĂ©) : GERSHWIN, …
https://canada-culture.org/event/jean-philippe-sylvestre-3/

 

 

A BARCELONE
19 novembre 2018, Sala 2 Oriol Martorell, 20h
JS BACH, MOZART, SCHUBERT, BEETHOVEN
https://www.auditori.cat/es/jean-philippe-sylvestre

 

 

A VIENNE
21 novembre 2018, Musikverein, Brahms Saal, 19h30
JS BACH, SCHUBERT, MOZART, BEETHOVEN, MATHIEU, BALAKIREV

 

 

 

 

Plus d’infos sur le site de JEAN-PHILIPPE SYLVESTRE, page concerts / agenda 2018
https://jeanphilippesylvestre.com/fr/concerts